Emergenze-Risorgenze (II)

Henri Michaux

Henri Michaux

Henri Michaux
Emergences-Résurgences
Genève, Editions d’Art Albert Skira
“Les sentiers de la création”, 1972

 

Né, élevé, instruit dans un milieu et une
culture uniquement du «verbal» [1]
je peins pour me déconditionner.

[1] et avant l’époque de l’invasion des images

Henri Michaux, Clown, 1939

[da qui…]

      Les écrits manquent de rusticité.
     Quelques hommes ont pu en poèmes, dictons, aphorismes, utiliser seulement un petit nombre de mots et peu de liens, «se faisant» pauvres. Le Riche jouant au pauvre.
     Immense préfabriqué qu’on se passe de génération en génération, la langue, pour condamner à suivre, à être fidèle, qui pousse à montrer un important standing.
     La flûte de roseau, quittée pour l’orchestre.

     Dans la peinture, le primitif, le primordial mieux se retrouve.
     On passe par moins d’intermédiaires et qui ne sont pas vraiment intermédiaires, n’étant point partie d’un langage organisé, codifié, hiérarchisé.
     On peut peindre avec deux couleurs (dessiner avec une). Trois, quatre au plus, ont pendant des siècles suffi aux hommes pour rendre quelque chose d’important, de capital, d’unique, qui autrement eût été ignoré.
     Des mots, c’est autre chose. Même les moins évoluées des tribus en ont des milliers, avec des liaisons complexes, des cas nombreux demandant un maniement savant.
     Pas de langue vraiment pauvre. Avec l’écriture en plus, c’est pire. Encombrée par l’abondance, le luxe, le nombre de flexions, de variations, de nuances, si on la fait «brute», si on la parle brute, c’est malgré elle.

     Généralement décontenancés, lorsqu’ils y songent, les hommes de partout, même ceux de grandes civilisations, concluaient qu’un dieu autrefois leur en avait dû faire cadeau.
     Cadeau empoisonné.
     L’écriture comme seul pilier, c’était le déséquilibre.
     Ecriture trop près d’autres domaines, des philosophies (dont parfois elle ne se distingue pas, qu’elle englobe, ou dans les quelles elle est englobée…), des sciences de l’homme, de son comportement, des réactions de son corps.
     Quand on reconnaissait que j’avais en telle ou telle page bien décrit quelques traits rares, moi, j’aurais préféré avoir trouvé l’anaphylaxie.

     Problème nouveau: la place qui manque, le local.
     A trente-cinq ans, ai encore peur de posséder. Un atelier ou une chambre qu’on meuble, déjà du stable, c’est changer en sédentaire le semi-nomade qu’on est resté.
     Autre menace de fixation: la peinture elle-même créant, bien connu des peintres, un état de besoin. Voilà qui mettrait fin à mes voyages soudains, à mes departs en coup de vent.
     Gare à l’assujettissement!

     Hèsitation. Transition.

     Dans une pièce prêtée, entourée d’arbres… je couvre de dessins des feuilles de papier. Puis je les déchire. J’en refais. A l’aventure. Je les déchire encore. Je les déchire. Conserver est vite agaçant.
     Mon plaisir est de faire venir, de faire apparaître, puis faire disparaître.

     Le lieu: un petit garage désaffecté, en banlieue, chez J. F. Pas connaisseur en peinture, connaisseur en commencements, il sait reconnaître les bourgeons.
     Secret, ne se révélant pas, se refusant à «paraître».
     Pas comme ceux qui agissent, écrivent, viennent en surface, en qui n’apparaît plus que la surface, il sait rester en deçà. Semblant seulement se parler à lui-même, d’où quelques mots viennent plutôt comme des repères, des impressions de base, seulement de base.

     Le livresque n’a pas laissé de trace en lui.
     Le lever du jour, le crépuscule, et ailleurs, la marée montante, le jusant, la brise qui se lève, ces grands offices de la nature, on y assiste avec lui comme au premier jour de l’être.
     Cela se passe dans les années d’avant-guerre, une guerre qui avec des cris, des hurlements, des menaces, des invasions, des encerclements, des infiltrations, se faisait son cocon, son immense continental cocon qui grandit encore.
     Son énorme extension va bientôt tout arrêter.

     En attendant, viennent quelques personnages et des têtes, irrégulières, inachevées surtout. Tiens! Pourquoi pas des plantes, des animaux?
     Dans tous les inachèvements, je trouve des têtes. Têtes, rendez-vous des moments, des recherches, des inquiétudes, des désirs, de ce qui fait tout avancer, et tout combine et apprécie… dessin y compris. Tout ce qui est fluide une fois arrêté devient tête. Comme têtes je reconnaistoutes les formes imprécises.

     «Pourquoi, dit quelqu’un, ne pas peindre plutôt sur fond noir? Ou même simplement sur des feuilles de papier noir?»

     Dès que je commence, dès que se trouvent mises sur la feuille de papier noir quelques couleurs, elle cesse d’être feuille, et devient nuit. Les couleurs posées presque au hasard sont devenues des apparitions… qui sortent de la nuit.

     Arrivé au noir. Le noir ramène au fondement, à l’origine.

     Base des sentiments profonds. De la nuit vient l’inexpliqué, le non-détaillé, le non-rattaché à des causes visibles, l’attaque par surprise, le mystère, le religieux, la peur… et les monstres, ce qui sort du néant, non d’une mère.

     Ce sans quoi la lumière n’a pas de vie intéressante. Dans des pays de forte lumière comme les pays arabes, l’émouvant c’est l’ombre, les ombres vivantes, individuelles, oscillantes, picturales, dramatiques, portées par la flamme frêle de la bougie, de la lampe à huile ou même de la torche, autres disparus de ce siècle.

     Obscurité, antre d’où tout peut surgir, où il faut tout chercher.
     Sous des peaux, des cuticules, sous une gaine, sous des tôles, des capots, des bordés, des murs, sous des façades, sous une coque, sous un blinage, tout ce qui compte, ce qui est organes, fonction, ou machine, et ce qui est secret, est à l’abri de la lumière.

     Dans le noir ce qu’il importe de connaître, et c’est dans la nuit que l’humanité s’est formée en son premier âge, et où elle a vécu son moyen âge.

     Plus tard, l’époque est venue du jour à volonté, du jour toujours… finie la soumission, libre pensée, libre d’appréhension, libre de respect.

……….

[…]

 

Emergenze-Risorgenze

Nato, cresciuto, educato in un ambiente e una
cultura esclusivamente «verbali», [1]
dipingo per decondizionarmi.

[1] e prima dell’epoca dell’invasione delle immagini

Henri Michaux, Clown, 1939

      I testi scritti mancano di rusticità.
     Qualcuno è stato capace di utilizzare, in poesie, sentenze, aforismi, solamente un ristretto numero di parole e di nessi, “rendendosi” in questo modo povero. Il Ricco che gioca a fare il povero.
     La lingua è un’immensa costruzione che ci tramandiamo di generazione in generazione, condannandoci a seguirla e a esserle fedeli, spinti a esibire competenze sempre più elevate.
     E’ il flauto di canna sostituito dall’orchestra.

     In pittura è più facile ritrovare il primitivo, il primordiale.
     Ci si imbatte in poche mediazioni, che poi non sono nemmeno tali, dal momento che non fanno parte di un linguaggio organizzato, codificato, gerarchizzato.
     Si può dipingere con due colori (disegnare con uno solo). Nel corso dei secoli, agli uomini ne sono bastati tre, al massimo quattro, per esprimere qualcosa di importante, di essenziale, di unico, che altrimenti ci sarebbe rimasto sconosciuto.
     Tutta un’altra faccenda, con le parole. Anche le tribù meno evolute ne posseggono a migliaia, con nessi complessi e regole specifiche che richiedono una elaborazione colta.
     Non ci sono lingue veramente povere. Con la scrittura, poi, le cose diventano ancora più complicate. Essa è talmente ingombra di vocaboli, di artifici, di flessioni, di sfumature, che se la si utilizza, o la si parla, a uno stadio elementare, ciò avviene sempre suo malgrado.

     Ogni volta che pensavano alla scrittura, dappertutto, in particolare presso le grandi civiltà, gli uomini ne rimanevano generalmente turbati, arrivando a ritenere che si trattasse di un dono ricevuto anticamente da qualche divinità.
     Un dono avvelenato.
     Come supporto unico, la scrittura risultava squilibrata. Troppo attigua ad altri campi del sapere, alle filosofie (dalle quali a volte non si distingue, incorporandole o venendone inglobata), alle scienze dell’uomo, al suo comportamento, alle reazioni del suo corpo.
     Quando mi si riconosceva che in questa o in quella pagina avevo descritto in modo chiaro qualche passaggio particolarmente arduo, io avrei preferito essere allergico alla cosa.

     Un nuovo problema: la mancanza di un posto adatto, di un locale.
     A trentacinque anni ho ancora paura a possederne uno: uno studio o una camera da ammobiliare trasformerebbero in un sedentario il semi-nomade che sono.
     Un’altra fissazione: che la pittura, come ben sanno gli artisti, generi uno stato di dipendenza. Evenienza, questa, che avrebbe posto fine ai miei viaggi improvvisi, alle mie partenze fulminee.
     Attenzione alla dipendenza!

     Esitazione. Transizione.

     In un locale che era stato messo a mia disposizione, circondato da alberi… riempio di disegni fogli e fogli di carta. Poi li strappo. Li rifaccio. Così come viene. Li strappo ancora. E ancora. Conservare mi si rivela da subito una cosa irritante.
     Il mio piacere è quello di far emergere, di far apparire, poi eliminare.

     Il luogo: un piccolo garage in disuso, in periferia, di proprietà di J. F.: non un esperto di pittura, ma di esordi, capace di riconoscere le potenzialità.
     Se ne rimane nascosto, non si rivela, si rifiuta di “apparire”.
     Non è di quelli che agiscono, scrivono, si mettono in mostra, e di cui non si nota altro che la presenza, sa restarsene in disparte. Sembra parlare solamente a se stesso, e se da lui qualche parola viene fuori è sempre sotto forma di riferimento, nient’altro che un’impressione di base.

     Il libresco non ha lasciato nessuna traccia in lui.
     L’alba, il crepuscolo e, altrove, la marea montante, il riflusso, la brezza che si leva, queste grandi manifestazioni della natura, insieme a lui si offrono allo sguardo come nel primo giorno dell’essere.

     Tutto questo accadeva negli anni d’ante-guerra, una guerra che tra grida, urla, minacce, invasioni, accerchiamenti, infiltrazioni, filava il suo bozzolo, il suo immenso bozzolo continentale che ancora cresce a dismisura.
     La sua enorme estensione ben presto porrà fine a tutto.

     Nell’attesa, cominciano a fare la loro comparsa dei personaggi e delle teste, irregolari, manifestamente incomplete. Ecco qua! Perché non delle piante, degli animali?
     In tutti quegli abbozzi, ritrovo sempre delle teste. Teste, coaguli di attimi, di ricerche, di inquietudini, di desideri, di tutto quanto fa progredire e spinge a combinare e a valutare… disegno compreso. Tutto ciò che è fluido, una volta che se ne arresta il moto, diviene una testa. E tutte le forme imprecise le riconosco come teste.

     “Perché”, mi dice qualcuno, “non dipingere direttamente su sfondo nero? O, molto più semplicemente, su fogli di carta carbone?”
     Non appena comincio, non appena depongo dei colori sulla superficie nera, il foglio cessa di essere tale e diventa notte. I colori posati quasi a caso diventano apparizioni… scaturite dalla notte.

     Sono giunto al nero. Il nero riporta al fondamento, all’origine.

     E’ la base di sentimenti profondi. E’ dalla notte che arriva l’inspiegabile, l’informe, quanto non è legato a cause visibili, l’imprevedibile, il mistero, il religioso, la paura… e i mostri, tutto quello che non nasce da una madre ma dal nulla.
     Tutto quello in mancanza del quale la luce non avrebbe una vita significativa. Nei paesi dove la luce è più intensa, come i paesi arabi, sono le ombre a commuoverci, le ombre viventi, individuali, oscillanti, pittoriche, drammatiche, suscitate dalla flebile fiamma della candela, dalla lampada a olio o anche dalla torcia e da altri oggetti scomparsi in questo secolo.

     Oscurità: antro da cui tutto può scaturire, in cui tutto bisogna cercare.
     Tutto ciò che è ricoperto da pelli, membrane, guaine, lamine, manti, ornamenti, muri, facciate, gusci o corazze, tutto ciò che è davvero importante, che è organi, funzione o macchina, tutto ciò che è segreto, è al riparo dalla luce.

     Nel nero c’è tutto quanto è necessario sapere, ed è nella notte che l’umanità si è formata nella sua prima età, e dove ha vissuto la sua età di mezzo.

     Più tardi, finita la soggezione, libero nel pensiero, libero dall’ansia e dal timore, è venuto il tempo della luce a volontà, del sempre-giorno.

……….

[Traduzione di fm]

***

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7 pensieri riguardo “Emergenze-Risorgenze (II)”

  1. ancora una volta, Francesco, semplicemente, grazie. preziosissima lettura da centellinare nella mia estate di ombra.
    un abbraccio, annamaria

  2. L’ha ribloggato su Le Fil d'Or (777)e ha commentato:
    L’alba, il crepuscolo e, altrove, la marea montante, il riflusso, la brezza che si leva, queste grandi manifestazioni della natura, insieme a lui si offrono allo sguardo come nel primo giorno dell’essere.

    Le lever du jour, le crépuscule, et ailleurs, la marée montante, le jusant, la brise qui se lève, ces grands offices de la nature, on y assiste avec lui comme au premier jour de l’être.

  3. Le “risorgenze” nascono dai decondizionamenti. “Il mio piacere è quello di far emergere, di far apparire, poi eliminare”. Il far affiorare alla mente il pensiero sedimentato, farlo apparire in una guache per poi eliminarlo dai condizionamenti. E’ così la luce si libera, si “stacca” dal carbone del foglio intriso di oscurità, “antro da cui tutto può scaturire, in cui tutto bisogna cercare”. affinché si manifesti nella propria corporeità: “Più tardi, finita la soggezione, libero nel pensiero, libero dall’ansia e dal timore, è venuto il tempo della luce a volontà, del sempre-giorno”.
    Stupenda anche questa parte del testo. Grazie per averlo bloggato. Merita tanto, come tutti gli scritti di Henri Michaux. Non posso che farlo “venire alla luce” rebloggando!

  4. “….nell’ombra il molteplice si rappresenta come indifferenza senza fiato che si invera denudandosi”.La scrittura di Henri Michaux mi procura una felicità di cui sono per sempre riconoscente .Grazie .

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