Emergenze-Risorgenze (III)

Henri Michaux

Henri Michaux

Henri Michaux
Emergences-Résurgences
Genève, Editions d’Art Albert Skira
“Les sentiers de la création”, 1972

 

Né, élevé, instruit dans un milieu et une
culture uniquement du «verbal» [1]
je peins pour me déconditionner.

[1] et avant l’époque de l’invasion des images

Henri Michaux, Trois figures, 1946

[da qui…]

     J’avais déjà fait des aquarelles.
     Cependant il restait en moi une retenue. Je n’y étais pas précipité. Or ce n’est que, moi précipité dedans, qu’elles valent, qu’elles répondent. Mais j’ignorais que je gardais de la retenue.

     Un accident. Grave. Très grave. Touchant une personne qui m’est proche. Tout s’arrête. Ça n’a plus beaucoup de sens, le réel, l’autre réel, le réel de distraction, qui n’a pas affaire à la Mort.
     Dans un hôpital le sort ne se décide pas. Ni à guérison, ni à abandon.
     Mes journées se passent là, j’essaye de ne pas voir, de ne pas laisser voir que la Mort… mais ce nom ne sera jamais prononcé. Je dois donner espoir, donner courage.

     Au retour d’une journée à l’hôpital, un soir de lassitude et d’épuisement, je songe à regarder des images. Du moins je pense que c’est ça que je vais faire. J’ouvre un carton. Quelques reproductions d’oeuvres d’art s’y trouvent. Au diable! Je les écarte vivement. Je ne peux plus entrer dedans. Quelques feuilles de papier blanc viennent ensuite.  Changées elles aussi. Immaculées, elles m’apparaissent sottes, odieuses, prétentieuses, sans rapport avec la réalité. L’humeur sombre, je commence, en ayant attrapé une, à fourrer dessus quelques obscures couleurs, à y projeter au hasard, en boudant, de l’eau, par giclées, non pour faire quelque chose de spécial, ni surtout pas un tableau. Je n’ai rienà faire, je n’ai qu’à défaire. D’un monde de choses confuses, contradictoires, j’ai à me défaire. A la plume, rageusement raturant, je balafre les surfaces pour faire ravage dessus, comme ravage toute la journée est passé en moi, faisant de mon être une plaie. Que de ce papier aussi vienne une plaie!

     «Pourquoi pas plutôt avoir essayé d’écrire?»
     Ecrire!
     Des mots? Je ne veux d’aucun. A bas les mots. Dans ce moment aucune alliance avec eux n’est concevable. Je suis au-delà. J’ai besoin de me laisser aller, de tout laisser aller, de me plonger dans un découragement général, sans y résister, sans vouloir l’éclaircir, en homme étourdi par les chocs, qui aspire à s’étourdir davantage… J’ai besoin de me déchaîner de la chaîne des mensonges et de mon maintien faussement calme, des affirmations d’espérance ou de confiance en l’avenir que j’ai données alors que j’ai perdu confiance. De nouveau tout est retombé.
     De nouveau l’inanité de la vie qui tient à un rien, l’absurdité et la fausseté de toute harmonie, la sottise de toute entreprise s’impose et le monde effroyable et immense de la souffrance jamais loin, qui ferme la bouche à tout le reste.

     Pour cela, pour m’en soulager un peu, la peinture convient mieux. Mon impréparation presque totale. Mon manque de savoir-faire, mon incapacité à peindre, préservée jusqu’à cet âge avancé, me permettent de me laisser aller, de laisser aller tout – et sans me forcer – dans le désordre, dans la discordance et le gâchis, le mal et le sens dessus dessous, sans malice, sans retour en arrière, sans reprise, innocemment.

     Je lance l’eau à l’assaut des pigments, qui se défont, se contredisent, s’intensifient ou tournent en leur contraire, bafouant les formes et les lignes esquissées, et cette destruction, moquerie de toute fixité, de tout dessin, est soeur et frère de mon état qui ne voit plus rien tenir debout.
     Amenées par les gestes saccadés, désordonnés, par les arrivées de liquide lancé à la diable sur les couleurs aussitôt dispersées en gerbes ou en dégoulinades, par le souvenir des malades livides, décharnés, dans des salles abominables du piteux hôpital, entrevus dans la journée (et par le récit que j’avais écouté de leur cas tragique), des têtes malheureuses, au comble de la détresse, apparaissent sur le papier, têtes ou fragments de têtes, désolations d’être, comme si elles avaient été toutes prêtes, n’attendant que mon geste brouillon d’homme affolé pour venir, apportant leur misère à elles, en vrac, me rejoignant, en lambeaux.

……….

Henri Michaux, Aquarelle, 1962

     La voie vers le soulagement une fois trouvée, je devais dans la suite m’y adonner.
     Cette façon de peindre aurait dû cesser petit à petit, mais ne cessa pas – n’a plus cessé.
     Chargées de dizaines d’années d’inharmonie, de gênes, de heurts en des milieux inacceptés, mes peintures devaient se faire, avaient besoin de se faire, par le chemin du désordre, de la sauvagerie, de l’annihilation.
     Toujours à la dissolution, comme à un préalable nécessaire, je dois avoir recours.

     De tous les ratages de ma vie cette peinture à l’eau en étant le rappel, en est également l’issue. Triomphe par le ratage même, puisque non sansun certain scandale que je ressens, ils deviennent réussite (!) où, en plus, je me dégage de ce que j’ai haï le plus, le statique, le figé, le quotidien, le «prévu», le fatal, le satisfait.

     Jamais je n’ai pu faire une peinture à l’eau valable, sans absence, sans quelques minutes au moins de véritable aveuglement.
     Spontanée. Surspontanée. La spontanéité, qui dans l’écriture n’est plus, s’est totalement reportée là, où d’ailleurs elle est plus à l’aise, la réflexion plus naturellement pouvant être tenueà l’écart.
     Je ne délibère pas. Jamais de retouches, de correction. Je ne cherche pas à faire ceci ou cela; je pars au hasard dans la feuille de papier, et ne sais ce qui viendra. Seulement après en avoir fait ces quatre ou cinq à la suite, parfois je m’attends à voir venir par exemple des visages.Il y a des visages dans l’air. De quel genre? Aucune idée.

     Mais après des mois, des semaines, si je les regarde…
     Non, je ne veux pas faire le détective.
     L’oeuvre doit rester le «black box». Vivante ou pas. C’est tout. Si elle ne l’est pas, au panier!

     Le problème de celui qui crée, problème sous le problème de l’oeuvre, c’est peut-être – qu’il en ait fierté ou bien honte secrète – celui de la renaissance, de la perpétuelle renaissance, oiseau phoenix renaissant périodiquement, étonnamment, de ses cendres et de son vide.

     A contretemps, avec l’incessant espoir de le tuer – et qui arrivent à le réduire – des incapables de création se présentent et proposent l’analyse de l’oeuf.

     Lavis. Il y faut le trouble. Au moins le trouble. Je trouble d’abord le papier. Puis, autre trouble, un je ne sais quoi dont je ne tiens pas à prendre conscience ni en mots, ni en pensées, ni en vagues souvenirs.
     De quoi je me rapproche je ne veux pas le savoir, pas le chercher. Heureusement j’ai une mauvaise mémoire, souvent au calme ou dans l’indécis.
     Papier troublé, visages en sortent, sans savoir ce qu’ils viennent faire là, sans que moi je le sache. Ils se sont exprimés avant moi, rendu d’une impression que je ne reconnais pas, dont je ne saurai jamais si j’en ai été précédemment traversé. Ce sont les plus vrais.

…………

[…]

Emergenze-Risorgenze

Nato, cresciuto, educato in un ambiente e una
cultura esclusivamente «verbali», [1]
dipingo per decondizionarmi.

[1] e prima dell’epoca dell’invasione delle immagini

Henri Michaux, Trois figures, 1946

     Avevo già dipinto degli acquerelli.
     Tuttavia doveva essermi rimasta qualche remora e non avevo approfondito la materia. Ciò non significa che se vi fossi stato più addentro i miei dipinti avrebbero avuto valore o avrebbero corrisposto ai miei intendimenti. Ignoravo, comunque, di nutrire tali riserve.

     Successe un fatto grave, un gravissimo incidente che vide coinvolta una persona a me vicina. Tutto si ferma di colpo. Il reale, ogni altra realtà e ogni possibile distrazione, tutto quanto non attiene alla Morte, perde qualsiasi significato.
     In un ospedale non si decide il destino, né con la guarigione né con la rassegnazione.
     Trascorro là le mie giornate, cerco di non vedere, di non lasciar trasparire che la Morte è nei miei pensieri, ma non pronuncerò mai questo nome. Devo portare speranza, infondere coraggio.

     Di ritorno da una giornata in ospedale, una sera in cui mi sentivo completamente a pezzi, decido di mettermi a guardare delle immagini. Almeno credo sia quello che farò. Apro una cartella. Vi trovo conservate delle riproduzioni di opere d’arte. Al diavolo! Le allontano bruscamente, non riesco più a interessarmene. Ci sono anche dei fogli di carta bianchi. Anche loro mi appaiono diversi: nel loro nitore, mi sembrano assurdi, odiosi, pretenziosi, senza nessun rapporto con la realtà. Di pessimo umore, dopo averne preso uno, comincio a cacciarci sopra qualche colore scuro e a versarci, a caso, di malavoglia, dell’acqua a spruzzi, non per fare qualcosa di particolare, tanto meno un quadro. Non ho proprio niente da fare, solo disfare. Devo disfarmi di un mondo di cose confuse, contraddittorie, disfarmi di me stesso. Cancellando rabbiosamente con una penna, sfregio la superficie per devastarla, proprio come il giorno appena passato ha devastato me, riducendo tutto il mio essere a una piaga. Che anche questo foglio di carta diventi tale!

     “Perché non aver cercato di scrivere, invece?”
     Scrivere!
     Parole? Non voglio alcuna parola. Abbasso le parole. In questo momento non riesco a concepire nessun rapporto con loro.
     Io sono al di là. Ho bisogno di lasciarmi andare, di lasciar perdere tutto, di sprofondare in uno scoramento totale, senza opporvi resistenza, senza cercare spiegazioni, come un uomo tramortito da un duro colpo che aspira solo a stordirsi ancora di più… Ho bisogno di liberarmi dalla catena delle menzogne e dalla mia posa falsamente rassicurante, dalle frasi di speranza e di fiducia nel futuro dette proprio quando quella fiducia l’ho perduta. Di nuovo è tutto precipitato.
     Di nuovo mi si fa sentire l’inutilità della vita che si regge su un nulla, l’assurdità e la falsità di ogni armonia, la stupidità di ogni impresa – di fronte al mondo terribile e immenso della sofferenza che ci circonda, che riduce al silenzio ogni altra cosa.

     Per risollevarmi un po’ da questa condizione, niente di meglio della pittura, nonostante la mia quasi totale impreparazione. La mancanza di una tecnica specifica, la mia incapacità di dipingere rimasta tale fino all’età adulta, mi permettono di lasciarmi andare e, senza nessuno sforzo particolare, di lasciare che tutto scivoli nel disordine, nell’indistinto e nella confusione, nell’errore e nel capovolgimento di ogni senso, senza malizia, senza ripensamenti o correzioni, con estremo candore.

     Prendo d’assalto con l’acqua i pigmenti di colore, che si disfano, si confondono, si intensificano o si rovesciano nel loro contrario, scompigliando le forme e le linee abbozzate; e quest’opera di distruzione, che si fa beffe di ogni fissità e di ogni disegno, è strettamente connessa alla mia condizione psico-fisica che non accetta più niente che stia in piedi.
     Prodotte dall’azione dei miei gesti bruschi e disordinati, dal liquido lanciato a casaccio sui colori, subito dissolti in zampilli e gocciolii, dal ricordo dei malati pallidi e smagriti intravisti durante il giorno nelle ignobili sale di quel pietoso ospedale (e dal racconto dei loro tragici casi), ecco apparire sul mio foglio teste sventurate al culmine della disperazione, teste o frammenti di teste, creature desolate che sembravano da sempre in attesa, come non aspettassero altro che il gesto confuso di un uomo sconvolto per affiorare con tutto il loro carico di miseria e ricongiungersi a me coi loro brandelli alla rinfusa.

……….

Henri Michaux, Aquarelle, 1962

     Trovato il modo per risollevarmi, in seguito mi ci dedicai con continuità.
     Un po’ alla volta avrei dovuto mettere da parte questa tecnica pittorica, invece non ho più cessato di praticarla.
     I miei dipinti, sovraccarichi di decenni di disarmonie, di imbarazzi, di contrasti con ambienti ai quali sono stato sempre refrattario, avevano bisogno, per maturare, di trovare la loro strada nel disordine, nella rozzezza, nella distruzione.
     Devo sempre far ricorso alla dissoluzione, come a una necessaria condizione preliminare.

     Testimonianza di tutti i fallimenti della mia vita, questa pittura ad acqua ne rappresenta al tempo stesso la risoluzione. Un esito davvero eclatante scaturito dalla stessa sconfitta, perché, non senza un certo scandalo, le opere si trasformano in un successo e, in più, mi danno la possibilità di liberarmi di quello che odio maggiormente, cioè di tutto quanto è statico, fossilizzato, usuale, “prevedibile”, inevitabile, appagato.

     Non ho mai potuto fare un dipinto ad acqua di un certo valore, senza almeno qualche momento di autentica cecità.
     Quest’arte è spontanea, sopra tutte. La spontaneità, che nella scrittura ormai quasi non esiste, si è interamente trasferita là, dove, d’altronde, si trova più a suo agio e dove la riflessione può più facilmente essere tenuta a distanza.
     Infatti io non penso a delle soluzioni, non rifaccio né correggo mai. Non cerco di realizzare questo o quell’altro, mi muovo a caso sul foglio di carta e non so che cosa verrà fuori. Solo dopo quattro o cinque tentativi di seguito, mi aspetto talvolta di vedere apparire dei volti, ad esempio. Ci sono volti nell’aria, anche se non ho idea di quale genere.

     Ma dopo mesi, dopo settimane, se li riguardo…
     No, non ho nessuna voglia di fare il detective.
     L’opera deve restare nient’altro che una “scatola nera”, viva o meno che sia. Se non lo è, va buttata via!
     Il problema dell’artista, un problema da cui dipendono le ragioni stesse dell’opera, rimane forse – che ne vada orgoglioso o ne provi un segreto imbarazzo – proprio quello di sapersi rinnovare, di rimettersi continuamente in gioco, come la fenice che rinasce periodicamente, e straordinariamente, dalle sue ceneri e dal suo vuoto.

     Succede invece che persone assolutamente prive di creatività, animate soltanto dalla speranza di ucciderla – e capaci di sminuirne l’importanza – si presentino e in modo inopportuno ti propongano l’analisi dell’uovo.

     L’acquerello: richiede in prima istanza il contrasto, il disordine, ed io provvedo inizialmente a intorbidare il foglio. Seguono altri scompigli, qualcosa di indefinibile di cui non intendo prendere coscienza né a parole né in pensieri e nemmeno facendo ricorso a lontani ricordi.
     Non voglio sapere o cercare di capire a cosa mi sto avvicinando. Per fortuna mi ritrovo una cattiva memoria, spesso assopita o esitante.
     Imbrattato il foglio, cominciano ad emergere volti, ignari, al pari di me, delle ragioni della loro presenza in quel luogo. Sono apparsi indipendentemente dalla mia volontà, frutto di un lavoro di riproduzione che non saprei definire e di cui non saprò mai se in precedenza sono stato in qualche modo consapevole. Sono i volti più veri.

***

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