Emergenze-Risorgenze (IV)

Henri Michaux

Henri Michaux

Henri Michaux
Emergences-Résurgences
Genève, Editions d’Art Albert Skira
“Les sentiers de la création”, 1972

Né, élevé, instruit dans un milieu et une
culture uniquement du «verbal» [1]
je peins pour me déconditionner.

[1] et avant l’époque de l’invasion des images

Henri Michaux, 1955-56

[da qui…]

     Signes revenus, pas les mêmes, plus du tout ce que je voulais faire et pas non plus en vue d’une langue – sortant tous du type homme, où jambes ou bras et buste peuvent manquer, mais homme par sa dynamique intérieure, tordu, explosé, que je, soumets (ou ressens soumis) à des torsions et des étirements, à des expansions en tous sens.
     En forme de racine? Homme tout de même, un homme qui compte sur l’aveugle souterrain pour plus tard aller au grand jour.
     Dans des centaines de pages, un à un, comme énuméré (quatre ou cinq par feuille, chacun à part dans une invisible niche, sans communiquer l’un avec l’autre), l’homme m’arrive, me revient, l’homme inoubliable.

     Sur la page blanche je le malmène, ou je le vois malmené, flagellé, homme-flagellum.
     Sans tête, tête en bas, tête massue, tête à l’emporte-pièce, homme écartelé se ruant vers on ne sait quoi, pour on ne sait quoi, cinglé par on ne sait quoi.
     En expansions fluidiques, érigé, devenu triple, devenu rateau, fin, déroulé, déplié, débobiné, éperdu, longiligne, plus rarement massif (ça arrive), capsule, ou étalé, répandu comme goudron.

     Puis on en a vu venir deux à deux.

     Les rassemblant judicieusement, aurait-on pu en faire un catalogue (avec beaucoup de répétitions), catalogue d’attitudes intérieures, une encyclopédie des gestes invisibles, des métamorphoses spontanées, dont l’homme à longueur de journée a besoin pour survivre…? Douteux. Trop incomplet.

     Beaucoup plus tard des interactions entre les formes, entre les personnages commencent… et tableau, il y a.

henri-michaux

     A quel moment ai-je cessé de les dessiner au pinceau? Du temps s’écoule avant que je me serve de l’encre avec sans-gêne. Enfin un jour j’y vais carrément. Par gestes saccadés je la fais déboucher en flots de la bouteille ouverte. Qu’elle se répande maintenant…

     Fini le pinceau.
     Le flot qui coule, souverain, semble impudent. Plutôt – car il coule assez mollement – il me rend impudent par son noir barbare.
     Noir de mécontent. Noir sans gêne. Sans compromis. Noir, qui va avec l’humeur coléreuse.
     Noir qui fait flaque, qui heurte, qui passe sur le corps de…, qui franchit tout obstacle, qui dévale, qui éteint les lumières, noir dévorant.
     L’emportement ici, décidément plus grand que l’abandon, devient de plus en plus nécessaire, plus impérieux, plus à sa place.
     Noir mauvais du refuseur, du négateur. De l’envahisseur qui va franchir les frontières.

     PEINDRE POUR REPOUSSER!

     Ce sale flot noir, qui se vautre, démolissant la page et son horizon, qu’il traverse aveuglément, stupidement, insupportablement, m’oblige à intervenir.

     Aux mouvements de colère qu’il suscite en moi je me reprends, je le reprends, le divise, l’écartèle, l’envoie promener. La grosse tache naturellement baveuse je n’en veux pas, je la rejette, la défais, je l’éparpille. A mon tour! Les grands gestes que je fais pour me débarrasser des flaques aident naturellement à exprimer de grands dégoûts, de grandes exaspérations. Ils sont expressifs. Il faut faire vite. Les sombres pseudopodes qui en quelques instants sortent des taches gonflées d’encre me somment de voir clair tout de suite, de décider à l’instant.
     Me débattant avec la tache, il y a des combats. Promptement réifiés, les rages, les emportements sont devenus des combattants, des silhouettes de combattants partant à l’escalade, à l’assaut, sont devenus des fuyards, ou desunités défaites, en débandade générale.
     Je repousse.
     Est-ce cela que sent et voit celui qui regarde ces encres? Non.

henri-michaux x

     Combien de fois quelqu’un m’y a décrit cequ’il ressentait et qui en était presque le contraire. D’ailleurs repousser c’est également se dégager, briser les chaînes, recouvrer sa liberté, c’est l’envol.
     Ne pas prendre, «repousser» pour ce que ça n’est pas et ce que ça ne va pas rester.

     Noyau d’énergie (c’est pourquoi son objet ou son origine n’importe) il est l’obstacle et le tremplin magique qui va me donner ma vitesse de libération.
     L’art est ce qui aide à tirer de l’inertie.
     Ce qui compte n’est pas le repoussement, ou le sentiment générateur, mais le tonus. C’est pour en arriver là qu’on se dirige, conscient ou inconscient, vers un état au maximum d’élan, qui est le maximum de densité, le maximum d’être, maximum d’actualisation, dont le reste n’est que le combustible – ou l’occasion.
     C’est elle maintenant, cette densité, qui attire et excite, loin de causer de la répulsion (chez certains pourtant, si – plus clairvoyants!).
     Aussi contre ma naturelle inertie, à quoi il m’arrache, c’est le plus énergétique moyen intérieur dont je dispose contre le proche ou le lointain entourage, celui qui me recharge le plus, qui donne réponse à cent situations, car je suis assez souvent débordé, dans la vie, ou plutôt le serais, sans cela.
     Mais là non plus je ne veux pas le savoir; sur le moment je suis en campagne, j’ai autre chose à faire que de penser.

     Et après?

     Eh bien, je vois surtout leur mouvement. Je suis de ceux qui aiment le mouvement, le mouvement qui rompt l’inertie, qui embrouille les lignes, qui défait les alignements, me débarrasse des constructions. Mouvement, comme désobéissance, comme remaniement.

     Par mon incapacité, riche au moins en surprises, je me donne des surprises. Plus qu’ail-leurs, jeune par jeune savoir. Par les chocs, les bévues. (Et non pas fixé au résultat tel quel, mais pour savoir ce qui viendra après. Peinture-étape.)
     Peindre pour manipuler le monde (ses formes), le tâter de plus près, directement. Je devais sans doute rencontrer la peinture. La peinture est une base où on peut commencer à zéro. Support qui doit moins aux ancêtres. Au moins je fais éclater un des couvercles qui me retenait.

……………………

Henri Michaux, Eclatements

     Aller de l’avant, vivement et sans reprise, le trait dans la pâte colorée, légèrement s’y enfonçant, avançant comme un soc de charrue qui ne serait pas du tout lent – mais qui pareillement va soulever à gauche et à droite la molle glaiseuse surface, laquelle s’éclaire sur les bords… et un imperturbable et impératif sillon est tracé qui ne sera plus comblé.

     Une fois de plus je peux être spontané, totalement, sans corrections, sans deuxième état, sans avoir à y revenir, à retoucher. D’emblée, là.
     L’immédiat, les immédiats… Le nouveau venu… in statu nascendi… débloquant en moi un je ne sais quoi, rompant des retenues, des réserves, fêtant un devenir, un inattendu «devenir»: gouaches.

     Trait hors des chemins, sûr de son chemin, qu’avec nul autre on ne saurait confondre.

     Trait comme une gifle qui coupe court aux explications.

     Peinture pour l’aventure, pour que dure l’aventure de l’incertain, de l’inattendu. Après des années toujours encore l’aventure.

     Opération-création.
     Au départ: insularité.
     Puis une certaine tension. Une tension grandissante. Une tension qui ne finit pas. Naissante nécessité d’expansion.

     Premier problème: Où trouver le terrain pour l’expansion? (Papier, pierre, argile, toile, scène.)
     Trouver son terrain, le terrain pour l’exercice d’une vie, d’une autre vie en instance, d’une nouvelle vie à accomplir, hic et nunc, une vie qui n’était pas là avant.

     Terrain trouvé, vient l’opération déplacement.

     Pas pour embrouiller. Pas par recherche de sublimation ni même d’avilissement, ni non plus par compensation, mais par essentiel déplacement. Seule et unique nécessaire opération.
     Pour pouvoir s’y intéresser vraiment, pour une vie actualisée. Un auteur n’est pas un copiste, il est celui qui avant les autres a vu, qui trouve le moyen de débloquer le coincé, de défaire la situation inacceptable. Même raté, jamais raté, parmi les myopes satisfaits. En débloquant sa situation, il en débloque des centaines d’autres, des situations d’époque, ou de l’époque qui ne fait encore que poindre.
     L’artiste est d’avenir, c’est pourquoi il entraîne.
     Voir toujours ses arrières, c’est comprendre un mobile en se trompant de sens!

[…]

Emergenze-Risorgenze

Nato, cresciuto, educato in un ambiente e una
cultura esclusivamente «verbali», [1]
dipingo per decondizionarmi.

[1] e prima dell’epoca dell’invasione delle immagini

Henri Michaux, 1955-56

 

    Segni ricorrenti, mai gli stessi, diversi da quelli che volevo fare e non certo in funzione di un determinato linguaggio: segni tutti riconducibili a una figura umana, dove gambe o braccia e busto possono mancare, ma che resta tale per il suo dinamismo interno, contorta, esplosa, che io sottopongo (o immagino sottoposta) a torsioni e stiramenti, a espansioni in tutte le direzioni.
     Figure simili a radici? Comunque umane, che covano nell’oscurità sotterranea per poi erompere in piena luce.
     In centinaia di fogli, in sequenza, uno dopo l’altro (quattro o cinque per pagina, ognuno confinato in una invisibile nicchia e senza nessun legame con gli altri), ecco comparire l’uomo, manifestarsi a me l’uomo indimenticabile.
     Sulla pagina bianca lo maltratto, o lo vedo già straziato, flagellato, uomo-flagello: senza testa, con la testa in giù, con la testa a mazza, con la testa acuminata, uomo dilaniato, scagliato verso chi sa dove, per chi sa quale ragione, sferzato da non si sa cosa.
     In espansioni fluide, in posizione eretta, triplicato, trasformato in rastrello, assottigliato, spiegato, srotolato, smarrito, longilineo, raramente massiccio (ma può accadere), incapsulato, o sdraiato, sparso come catrame.
Poi ne ho visti sopraggiungere due per volta.

     Raccogliendoli con estrema cura, sarebbe stato possibile farne un catalogo, pur con molte ripetizioni, una rassegna di atteggiamenti interiori, un’enciclopedia di gesti invisibili, di metamorfosi spontanee di cui l’uomo, nel corso della giornata, ha bisogno per sopravvivere…?

     Ne dubito, risulterebbe troppo incompleto.

     Molto più tardi, nascono delle interazioni tra le forme, tra i vari personaggi… il quadro ormai c’è.

henri-michaux

     Quand’è che ho smesso di disegnare a pennello? Passa un bel po’ di tempo prima che cominci a usare l’inchiostro con disinvoltura. Fino a quando un giorno non mi ci metto con decisione: a scatti, lo faccio gocciolare dalla bottiglia aperta, e che si sparga pure, adesso…

     Smetto con il pennello.
     Il fiotto che cola, sovrano, appare sfrontato. O forse, dal momento che gocciola assai mollemente, è il suo nero grezzo a rendere me sempre più ardito.

     Un nero di insoddisfazione, sfrontato, senza compromissioni, che va di pari passo con l’umore collerico.
     Un nero che fa chiazze, che contrasta, che passa su qualunque corpo, che supera ogni ostacolo, che precipita giù, che estingue ogni luce: un nero famelico.
     Il coinvolgimento qui, decisamente superiore al distacco, diventa sempre più necessario, urgente, adeguato.
     Nero malvagio di chi rifiuta e nega, dell’invasore che sta per varcare i confini.

     DIPINGERE PER RESPINGERE!

     Questo sporco flutto nero che si rotola distruggendo la pagina e il suo orizzonte, attraversandoli in modo cieco, ottuso e insopportabile, mi costringe ad intervenire.

     Mi riprendo subito da ogni accesso d’ira che mi provoca, lo riprendo, lo suddivido, lo lacero, lo elimino. Quella grossa macchia filamentosa non mi piace, la rifiuto, la disfo, la sparpaglio. Ora tocca a me! I gesti ripetuti che compio per eliminare quelle chiazze mi consentono di esprimere il massimo del disgusto e dell’esasperazione, sono particolarmente significativi. Ma bisogna fare in fretta. Gli oscuri pseudopodi che in pochi attimi fuoriescono dalle macchie colme d’inchiostro, mi costringono a vederci chiaro subito, a decidere all’istante.
     Mi batto con la macchia in uno scontro diretto. Immediatamente reificati, rabbia e slanci diventano dei combattenti, profili di combattenti che si arrampicano, vanno all’assalto; oppure diventano fuggiaschi, unità sbaragliate, completamente allo sbando.
     Respingo tutto.
     E’ questo ciò che sente e vede l’osservatore di questi inchiostri? Certamente no.

henri-michaux x

     Ogni volta che qualcuno mi ha descritto quello che provava, si trattava quasi sempre del contrario. D’altronde, respingere significa anche liberarsi, spezzare le catene, riprendersi la propria libertà: volare.
     Non bisogna intendere “respingere” per quello che non è e per quello che non resterà.

     Quel grumo di energia, proprio perché il suo oggetto o la sua origine non hanno importanza, è l’ostacolo e il trampolino magico che accelera la mia liberazione.
     L’arte è ciò che aiuta a tirar fuori dall’inerzia.
     Quello che conta davvero, non è il respingere, non è l’accensione creatrice, ma il tono. E’ per raggiungerlo che si cerca, in modo cosciente o inconsciamente, una condizione di massimo slancio, che è il massimo di densità possibile, il massimo di concentrazione e adeguatezza dell’essere, e di cui tutto il resto non è che il combustibile, o l’occasione.
     E questa densità, che attira ed eccita, è ben lontana dal creare repulsione, anche se ciò può avvenire in qualcuno, più chiaroveggente!
     Anche contro la mia naturale inerzia, alla quale mi strappa, si rivela il movente interiore più energetico di cui dispongo per difendermi dall’ambiente che mi circonda, quello che mi ricarica al massimo, che mi fornisce risposte in mille frangenti, perché spesso nella mia vita mi sento sopraffatto o probabilmente lo sarei se non lo avessi.
     Ma qui non mi interessa neppure saperlo, in questo momento sono in campagna e ho ben altro da fare che pensare.
     E dopo?

     Ebbene, considero soprattutto il loro movimento. Sono di quelli che amano il movimento, il movimento che rompe l’inerzia, ingarbuglia le linee, disfa l’uniformità, spazza via ogni costruzione: un movimento che è disubbidienza, rimescolamento.

     La mia inesperienza mi regala delle vere sorprese, visto che almeno di quelle è ricca. Più che d’età, mi sento giovane per la mia conoscenza in formazione, per gli inciampi e le sviste, non per la speranza di un risultato quale che sia, ma per il piacere di scoprire cosa verrà dopo: la pittura diventa una tappa di questo percorso.
     Dipingo per manipolare le forme del mondo, per toccarlo più da vicino, in presa diretta. La pittura è uno spazio dove si può cominciare da zero, una base che è meno debitrice nei confronti della tradizione. A me consente, se non altro, di far saltare uno dei coperchi che mi trattenevano.

………

Henri Michaux, Eclatements

     Vado avanti nella mia opera, con intensità e senza apportare modifiche: il segno si imprime con leggerezza nella pasta colorata, avanza con la rapidità del vomere di un aratro e, in egual misura, solleva a sinistra e a destra la molle superficie argillosa che va schiarendosi sui margini, lasciando un solco fermo e perentorio che non sarà più riempito.
     Una volta ancora posso agire con la più assoluta spontaneità, senza correggere, senza ripensamenti, rifacimenti o ritocchi.
     Con immediatezza, senza interposizioni: ciò che compare, allo stato nascente, sblocca qualcosa di sconosciuto dentro di me, frantuma riserve e indugi, celebra il divenire, un inatteso “divenire” – pitture a guazzo.

     Un segno fuori da ogni percorso predefinito, ma sicuro del suo cammino, impossibile da confondere con qualsiasi altro.
     Un segno simile a una sberla, che rende superflua ogni spiegazione.
     Una pittura votata all’avventura, affinché continui l’avventura dell’incerto, dell’imprevedibile. E dopo anni, ancora e sempre l’avventura.

     Operazione-creazione.
     All’inizio: isolamento.
     Poi una certa tensione, una tensione che cresce e non ha mai termine, una risorgente necessità di espansione.

     Un primo problema: quale supporto utilizzare – carta, pietra, argilla, tela, scenario – per l’espansione?
     Devo trovare quello adatto, il terreno per l’esercizio di una vita, di un’altra vita in attesa, di una nuova vita da produrre, qui e ora, che prima non esisteva.

     Trovato il terreno, inizia l’operazione di spostamento.
     Uno spostamento essenziale, la sola e unica operazione necessaria: non per confondere, non per cercare una sublimazione o un abbassamento di livello, tanto meno una compensazione, ma per una vita attualizzata, per potersene interessare veramente.
     Un autore non è un copista, è uno che vede prima degli altri, che trova il modo di sbloccare ciò che è immobilizzato, di disfare una disposizione inaccettabile. Anche quando fallisce, tra i miopi soddisfatti egli non è mai vinto. Sciogliendo la sua, egli sblocca centinaia d’altre situazioni, quelle che si trascinano da sempre o quelle di un tempo prossimo a venire.
     L’artista è già nel futuro, ed è per questo che è capace di farsi trascinatore.
     Volgersi sempre all’indietro, è come voler capire un oggetto in movimento confondendosi sulla sua direzione.

(Traduzione di fm)

***

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