Attente, couleur

Yves Bergeret, Isola della Réunion, 2013

Yves Bergeret

Attente, couleur
Océan indien, île de La Réunion, décembre 2013

Attesa, colore
Oceano Indiano, Isola della Réunion, dicembre 2013

A pied ou dans un 4X4 brinquebalant on a remonté par une piste le bas de la Ravine de Rivière des Galets; on en a franchi les six larges gués où l’eau court drue. Les pentes de part et d’autre du torrent sont de plus en plus raides et hautes, à nu quelques bouts de falaises sombres, mais surtout immenses flots verticaux de buissons étroitement serrés les uns aux autres: l’eau du torrent et des pluies tropicales a taillé vif dans les couches de scories du volcan. On a remonté la piste. Et ici on butte sur un étranglement de la Ravine: des amoncellements de blocs énormes la barrent, des petites falaises, cendre et cendre encore. Soleil brûlant.

Ici des familles attendent, qui assis  sur des ballots mystérieux, qui assis sur des sacs de ciment, qui sur le sol même. Un rugissement: l’hélicoptère jaillit du repli d’une paroi au dessus, se pose à peine pour décharger divers paquets et voyageurs, pour vite prendre une famille et déjà dans un rugissement encore plus fort l’hélicoptère file là haut. Qui sont-ils eux qui attendent l’hélicoptère, sans peut-être ne plus avoir la force de marcher encore quatre heures pour rejoindre les hameaux cachés beaucoup plus haut?

A piedi o su un fuoristrada traballante abbiamo risalito il sentiero che s’inerpica dal fondo del burrone della Rivière des Galets; ne abbiamo attraversato i sei larghi guadi nel punto dove l’acqua scorre densa. I pendii su entrambi i lati del torrente si presentano sempre più ripidi e alti, completamente spoglie alcune sporgenze di falesie scure, ma soprattutto immense distese verticali di cespugli saldamente avvinghiati gli uni agli altri: l’acqua del torrente e delle piogge tropicali ha inciso a fondo negli strati di detriti del vulcano. Abbiamo fatto tutto il percorso fin dove ci si imbatte in una strettoia del crepaccio: cumuli di blocchi enormi lo sbarrano, piccole falesie, cenere e ancora cenere. Sotto un sole ardente.

Qui troviamo delle famiglie in attesa, alcuni sono seduti su pacchi misteriosi, altri su sacchi di cemento, altri ancora per terra. Poi un rumore sordo: un elicottero compare all’improvviso da una cresta della parete sopra di noi, atterra giusto il tempo di scaricare diversi pacchi e viaggiatori, imbarcare in fretta una famiglia e subito, con un rombo ancora più forte, si leva in volo. Chi sono le persone che attendono l’elicottero? Probabilmente quelli che non hanno la forza di camminare ancora per quattro ore per raggiungere i borghi situati molto più in alto.

***

 Petit bar de la ville du Port, sur une place vide, un bâtiment abandonné, un autre délabré, chaises et tables en plastique avec quelques consommateurs entre deux âges, très pauvres, rincés par la vie. De bon matin, un café pour démarrer. Soudain la patronne du bar fait hurler à toute force dans ses énormes haut-parleurs une musique à rythme brutal. Se parler devient impossible. Des couples se forment et se mettent à danser en se frottant l’un à l’autre, rires lourds, relents d’alcool. Ceux là ont passé la nuit dans une boîte de nuit, saouls, épuisés, ne peuvent décrocher ni quitter leur lourd rêve de pacotille érotique où ils épuisent leurs économies du mois avant de retourner sombrer dans le chômage et le rhum.

Un piccolo bar nella città di Port, una piazza vuota, un edificio abbandonato, un altro fatiscente, sedie e tavolini di plastica con alcuni avventori di mezza età, molto poveri, dislavati dalla vita. Di primo mattino, un caffè per iniziare la giornata. Di colpo la proprietaria del bar fa partire a tutto volume dai suoi enormi altoparlanti una musica dal ritmo forsennato. Scambiare due parole diventa impossibile. Si formano delle coppie che cominciano a ballare strofinandosi l’uno contro l’altra, tra risate pesanti e puzza di alcol. E’ gente che ha passato la notte in discoteca, ubriaca, esausta, incapace di staccare e di lasciar perdere quel greve sogno di paccottiglia erotica nel quale consuma i risparmi del mese, prima di tornare a sprofondare nella disoccupazione e nel rum.

***

Yves Bergeret, Isola della Réunion (3)

Redescendant de la pointe acérée de Roche Verre Bouteille au dessus d’un labyrinthe de très profondes Ravines, voici au bord de la route sinueuse, un étal de fruits et légumes, une machine à café, un petit attroupement. Un bon café, un morceau de pain et deux fruits: cela fera du bien. Assis sur un tabouret un gros homme chante en créole mauricien en s’accompagnant d’un large tambour à peau; son voisin chante avec lui, buvant verre sur verre de rhum. Une dizaine de personnes les entoure, reprenant parfois un refrain. Riant. Respirant. En créole ils chantent parole d’énergie, de résistance et de joie. C’est le jour de la Fête de la Libération des Esclaves. C’est musique, parole: un maloya. Le rythme simple du tambour porte les plissements hardis et profonds des Ravines où l’eau s’est taillé à vif son chemin de vie dans la chair des scories et des laves du volcan. Le chant remonte l’air, le vent, les sursauts de buissons et de roche sombre derrière les maisonnettes. Dans un creux de roche sous une voute de buissons épineux: comme un petit autel animiste. Lorsque la bière, le rhum le demandent des hommes vont là uriner à l’ombre puis reviennent se glisser dans le souffle du chant qui remonte les pentes.

Scendendo dalla cima aguzza di Roche Verre Bouteille, al di sopra di un labirinto di profondissime gole, ecco sul ciglio della strada tortuosa un banco di frutta e legumi, una macchina da caffè, una piccola folla. Un buon caffè, un pezzo di pane e due frutti non ci faranno che bene. Seduto su uno sgabello, un uomo corpulento canta in creolo mauriziano accompagnandosi con un grande tamburo di pelle; il suo vicino duetta con lui tracannando bicchieri su bicchieri di rum. Una dozzina di persone li attornia, ripetendo talvolta un ritornello. Ridono, riprendono fiato. Cantano in creolo parole che esprimono energia, resistenza, gioia. E’ il giorno della Festa della Liberazione degli Schiavi. C’è musica, parola: è una maloya. Il ritmo elementare del tamburo richiama i corrugamenti rischiosi e profondi dei burroni dove l’acqua si è ritagliato a forza il suo percorso vitale nella carne dei detriti e delle lave vulcaniche. Il canto si diffonde nell’aria, nel vento, tra i balzi di cespugli e roccia scura dietro le piccole case. In una roccia cava, sotto una volta di cespugli spinosi, qualcosa di simile a un piccolo altare animista. Quando la birra e il rum lo impongono, gli uomini vanno là a urinare nell’ombra, poi tornano a immergersi nel respiro del canto che risale i pendii.

***

 Contre l’église du Port, sur un socle de pierre de lave, un Christ en bronze fin dix-neuvième sur sa croix de bois. Près du porche d’entrée de la grande église Jeanne d’Arc, de même époque, murs de pierres volcaniques, voûte d’arcs de ferraille venus du chantier naval. Mais le Christ vient sûrement par bateau, faute d’atelier de fonderie sur l’île. Puis son effigie de dieu mort est dressée là, en pleine phase d’évangélisation coloniale. Grands manguiers tout autour. Sur le socle et au sol, multitudes de petites bougies et de petits ex voto de faux marbre avec quelques mots gravés ou peints. Le dieu mort européen dans le réalisme banal de la figuration de son cadavre debout  ne bouge pas. Les cent flammèches à ses pieds, les murmures des ex voto, les murmures de quatre ou cinq croyants priant un instant entourent, encerclent, portent, effacent, reprennent, enchâssent le dieu central mort; dans ses pentes basses, diffuse, humble, banale, émiettée, naïve parole humaine cherche voie, cherche passage vers plus d’espace, vers moins de crainte, vers un ciel plus en paix.

Di fronte alla chiesa di Port, su una base di pietra lavica, si erge un Cristo in bronzo della fine del diciannovesimo secolo sulla sua croce di legno. Vicino al portico d’ingresso della grande chiesa, una Giovanna d’Arco della stessa epoca, muri in pietra vulcanica, archi a volta in ferraglia proveniente dal cantiere navale. Ma il Cristo è stato portato sicuramente in battello, non essendoci fonderie sull’isola. In seguito la sua effigie di dio morto è stata issata là, in piena fase di evangelizzazione coloniale. Grandi alberi di mango tutto intorno. Sulla base e per terra moltitudini di candeline e di piccoli doni votivi in finto marmo con frasi incise o dipinte. Il dio morto europeo, nel realismo scialbo della rappresentazione del suo cadavere ritto, resta immobile. Le centinaia di fiammelle ai suoi piedi, i mormorii degli ex voto e quelli di quattro o cinque devoti che si fermano a pregare un istante, circondano, accerchiano, sostengono, coprono totalmente, riprendono, racchiudono il dio morto posto al centro; lungo i pendii bassi, una parola umana, diffusa, umile, semplice, frantumata, ingenua, si fa strada, cerca il varco verso spazi più ampi e meno paurosi, verso un cielo più sereno.

***

A pied deux fois nous sommes partis de bonne heure remonter la Ravine. Poussière, galets et galets et galets sombres. Pataugeant dans les six gués. Nous enfonçant dans la masse opaque du piémont du volcan. Sinuant avec  le cours du torrent sous les hautes pentes de basalte et de buissons. Sinuant longuement, mais nous pour remonter. Perdant bientôt de vue l’horizon s’ouvrant en aval vers l’océan vide. Ne pouvant non plus voir l’amont. Marchant des heures, de plus en plus chaudes. Par là courraient, fuient, courent les esclaves marronnant. Cherchant salut, fraternité, parole ouverte là-haut, très haut où ils ont entendu parler de quelques fugitifs précédents qui ont enfin gagné des cirques isolés effondrés dans le cône du volcan primaire, presque coupés du monde, marchant, marchant, parlant alors peu, parlant encore peu.

A piedi, per due volte, siamo partiti di primo mattino per risalire la Ravine. Polvere, un’infinità di ciottoli, ciottoli scuri. Abbiamo attraversato sei guadi, affondando nella massa opaca ai piedi del vulcano, seguendo il corso sinuoso del torrente tra le alte pendici di basalto e di cespugli. L’abbiamo seguito a lungo, ma in ascesa, perdendo ben presto di vista l’orizzonte che si distende a valle verso l’oceano vuoto, e senza poter più scorgere il sopramonte. Abbiamo camminato per delle ore, in una calura mano a mano sempre più torrida. E’ lo stesso sentiero dove correvano, fuggono, corrono gli schiavi per sottrarsi alla loro condizione: cercando salvezza, fraternità, la parola aperta delle cime, lassù in alto, dove, come hanno sentito dire, qualche precedente fuggiasco ha alla fine potuto raggiungere le piane circolari scavate nel cono del vulcano primario; camminando, camminando, parlando poco allora, parlando meno anche ora.

***

Yves Bergeret, Isola della Réunion (5)

Le volcan plus jeune est étrange. Sa lave est fluide et légère. Coulées régulières et lentes, non éruptives. En surface une croûte mince, presque fragile et cassante. Du fond de l’océan, à quatre mille mètres, a surgi le volcan, et encore trois mille mètres dans les airs. Très récemment à l’échelle du temps géologique. Aucun plateau continental. En piémont, les Ravines très profondes dans l’épaisseur des scories légères. Tout en haut des flux de lave récente, refroidis en forme de glacier dont les ruptures de pente créent crevasses et séracs, profondes crevasses. Comme un énorme bouchon de matière minérale surgi des eaux salées, tenant droit dans son élan vertical en cours. Gare à qui tombe des flancs de ce bouchon minéral, à qui glisse à la mer! Un jour tout près du sommet je descends dans un tout jeune petit cratère secondaire: tout est instable, glissant, cassant. Autour de lui labyrinthe de crevasses et de blocs de lave. Petit cratère comme une bouche ceinte d’une grosse lèvre surplombante, mais aucun son, strictement aucun son d’aucun dieu mort ou vif, aucune parole, aucun élan de sens, aucun geste oral n’en jaillit.

Il vulcano più giovane è veramente singolare, la sua lava è fluida e leggera, fatta di colate regolari, non eruttive. In superficie una crosta sottile, quasi fragile e franabile. In un’epoca abbastanza recente, stando alla scala del tempo geologico, il vulcano è sorto non da una piattaforma continentale ma dall’oceano, da una profondità di quattromila metri, e si distende per tremila metri ancora verso il cielo. Ai piedi della montagna, burroni profondissimi si aprono nella coltre di detriti leggeri; nella parte superiore, si vedono colate laviche recenti solidificate in forma di ghiacciao, in cui fratture nella linearità del pendio creano crepacci e anfratti, profondi crepacci. E’ simile a un enorme tappo di sostanza minerale sorto dalle acque salate, mantenendosi ritto nello slancio della sua corsa verticale. Guai a chi cade giù lungo i suoi fianchi, a chi precipita verso il mare! Un giorno, nei pressi della vetta, mi sono calato in un giovane piccolo cratere secondario, circondato da un labirinto di crepacci e di massi di lava: tutto era instabile, scivoloso, friabile. Un piccolo cratere simile a una bocca sormontata da un grosso labbro sporgente, ma senza nessun suono, nel senso pieno del termine, nessun suono di divinità morta o vivente, nessuna parola, nessun accenno di senso, nessun movimento orale che ne scaturisse.

***

Dans un quartier pauvre du Port, par-dessus les toits bas et les arbustes des jardinets, soudain un jet de couleurs, nobles, vives et naïves comme un salut d’enfant aux alizés. Un jeu d’enfant hardi et franc face au ciel uni et à l’océan vide. Entre les arbustes se discernent deux pinacles blancs, un dôme jaune d’or, trois lions en plâtre colorés pelage en blanc et gueule en rouge. Jet de couleurs vers le ciel. Je frappe à la porte du jardinet, une femme m’ouvre. Je veux simplement dire mon admiration à qui a l’audace de projeter la couleur, l’humaine couleur avec une jubilation si simple dans le ciel mutique et face à l’océan vide. La femme appelle son mari, qui nous fait entrer. Profusion d’objets hétéroclites, pieux et profanes, brillants, vernis, propres, hindous, chrétiens, musulmans, droits contre les murs de la maisonnette, droits sur le sol carrelé de grands carreaux propres. La porte de la salle de séjour est grand ouverte. Des peluches, des horloges en tout style, des bibelots chinois, européens, des figures de dieux en tout style, des images pieuses de toute religion, des dragons et des chiots de porcelaine. L’homme nous fait contourner sa maisonnette. Et à l’arrière, une extraordinaire installation d’art brut, si l’on était en Europe. L’homme construit là depuis trois décennies un temple familial syncrétique principalement hindouiste. Une vingtaine de divinités drapées de couleurs très vives, quelques objets de culte, et presque à chaque dieu son propre paysage allégorique en carreaux de céramique de couleur crue et vive taillés en forme géométrique simple et collés sur le socle de l’autel.

Ainsi le feu a-t-il cuit la céramique, ainsi la couleur a-t-elle jailli dans le vide du monde et dans l’incertitude de la parole qui se perd dans les Ravines. Ainsi un homme et son épouse, et leur famille, et leurs voisins projettent-ils dans le modeste espace de leur vie l’ardeur nue de la couleur, aube de la parole, parturition du monde dans lui-même jusqu’ici vide. Ainsi se réunit, se ramasse l’acte de parole par le jet premier de la couleur.

In un quartiere povero di Port, al di sopra dei tetti bassi e degli arbusti dei giardinetti, all’improvviso ecco uno zampillo di colori, nobili, vivi e spontanei come il saluto di un bambino agli alisei. Un gioco infantile ardito e schietto di fronte al cielo uniforme e all’oceano vuoto. Tra i cespugli è possibile distinguere due pinnacoli bianchi, una cupola giallo oro, tre leoni di gesso dal pelo colorato di bianco e la gola di rosso. Una spruzzata di colori levati verso il cielo. Busso alla porta del giardinetto e una donna mi apre. Voglio semplicemente manifestare la mia ammirazione a chi ha l’audacia di lanciare il colore, il colore umano, con una gioia tanto semplice nel cielo silenzioso e di fronte all’oceano vuoto. La donna chiama suo marito, che ci fa entrare. Davanti a noi una profusione di oggetti tra i più disparati, devoti e profani, lucidi, verniciati, puliti, indù, cristiani, musulmani, appoggiati alle pareti di casa o ritti sul pavimento piastrellato con grandi mattonelle ordinate. La porta del soggiorno è spalancata: giocattoli, orologi di ogni tipo, chincaglieria cinese, europea, raffigurazioni di divinità in vari stili, immagini pie di ogni religione, draghi e piccoli animali di porcellana. L’uomo ci fa fare il giro intorno alla sua piccola casa, dietro la quale c’è una straordinaria installazione di art brut, come è possibile vederne in Europa. Egli ha costruito là, nel corso di tre decenni, un tempio familiare sincretistico, di foggia sostanzialmente induista: una ventina di divinità, rivestite di colori vivissimi, qualche oggetto di culto, e quasi a ogni dio il suo abituale paesaggio allegorico in mattonelle di ceramica di colore crudo e acceso, intagliate in semplici forme geometriche e incollate sullo zoccolo dell’altare.

Come il fuoco ha cotto la ceramica, così il colore si è librato nel vuoto del mondo e nell’incertezza della parola che si disperde tra le gole. Allo stesso modo, un uomo e la sua sposa, la loro famiglia e i loro vicini, proiettano nel modesto spazio della loro vita l’ardore nudo del colore, alba della parola, parto spontaneo di un mondo fino ad allora vuoto. E’ così che si forma e si raccoglie l’atto della parola, attraverso la prima esplosione del colore.

***

Yves Bergeret, Isola della Réunion (4)

Le volcan pousse seul depuis le fond de l’océan. Continue de pousser. Beige et brun. Avalant le temps. L’océan sans île visible est vide. Horizon neutre. L’espace s’évide. S’élargit. N’a pas de mesure. L’île est trop loin de tout, aucun émigré clandestin n’y peut venir par mer. Le prix des billets d’avion est trop élevé. A la différence des Antilles aucun peuple n’y a été détruit par l’arrivée des Européens. Escale nue sur la route des Indes. Passage bref de portent-conteneurs massifs. Ceux qui naissent et vivent dans les piémonts de ce volcan lent entendent la vie sourdement fuser et se disperser dans un vide atone. Pour signer sa présence dans l’espace: le tambour du chant de maloya. Et surtout la couleur, la couleur, fond de gorge où se formera la parole, un peu plus tard. La couleur pour saluer. La couleur, début ardent d’un yodle.

Il vulcano cresce solitario dalle profondità dell’oceano. Continua a crescere, beige e bruno, divorando il tempo. L’oceano senza nessuna isola visibile è vuoto, è un orizzonte neutro. Lo spazio si svuota, si dilata, smisurato. L’isola è troppo lontana da tutto, nessun emigrato clandestino potrebbe arrivarci per mare e il prezzo dei biglietti aerei è troppo elevato. A differenza delle Antille, qui nessun popolo è stato sterminato dall’arrivo degli europei. E’ un semplice scalo sulla rotta delle Indie, una breve sosta per le gigantesche navi-container. Coloro che nascono e vivono ai piedi di questo vulcano lento, sentono la vita silenziosamente sciogliersi e disperdersi in un vuoto inespressivo. Per segnalare la propria presenza nello spazio c’è il tamburo del canto della maloya. E soprattutto il colore, il colore, il fondo della gola dove, un po’ più tardi, si formerà la parola. Il colore per salutare. Il colore, inizio ardente di uno jodel.

***

 Ile volcan, ample volcan. A-t-elle une peau? un épiderme où dans les ruines, les débris et les vestiges les sédimentations de l’histoire humaine trouvent leur place modeste et éloquente? A-t-elle une peau? Une peau qui puisse se voir, se toucher, se caresser, s’érafler? Est-ce le treillis des crevasses et des séracs des fraîches et légères coulées de lave du piton de la Fournaise, tout au sommet? Est-ce, dans les Ravines et les pentes, le tapis végétal continu, arbustes, buissons, lianes et mousses, arbres denses et sans gloire, ternes, presque atones? Est-ce le flux et le reflux de la rumeur des hommes et des femmes, rumeur bourdonnante dans les marchés et les cours des écoles, dans les églises et les temples, rumeur flottant comme un léger brouillard sonore? Et ce soir la rumeur des hommes et des femmes monte plus claire car un cyclone s’annonce derrière l’horizon et pourrait toucher dans trois jours la côte nord de l’île.

Isola vulcano, ampio vulcano. Ma ha una pelle, un’epidermide dove tra rovine, resti e vestigia le sedimentazioni della storia umana trovano il loro spazio modesto ed eloquente? Ha una pelle? Una pelle che si possa vedere, toccare, accarezzare, graffiare? E’ forse il reticolo di crepacci e anfratti delle recenti e leggere colate di lava del Piton de la Fournaise, lassù in cima? E’, tra burroni e pendii, l’ininterrotto tappeto vegetale di arbusti, cespugli, liane e muschi, alberi fitti e senza gloria, sordi, quasi senza vita? E’ il flusso e il riflusso del brusio di uomini e donne, la voce ronzante nei mercati e nelle aule scolastiche, nelle chiese e nei templi, la voce fluttuante come una leggera nebbia sonora? E stasera la voce di uomini e donne sale più distinta, poiché un ciclone si annuncia al di là dell’orizzonte e potrebbe toccare in tre giorni la costa settentrionale dell’isola.

***

Yves Bergeret, Isola della Réunion (&)

 Assez peu de parole, très peu de livres; et l’oralité: salutations gentilles et labiles, mais sans phrase glorieuse et chatoyante. Peuplement trop frais peut-être, depuis trois ou quatre siècles, pour que mythes et légendes trament dans les bourgs, sur les rives et dans les pentes leur fluidité invisible comme une amère et rude sève nourricière. Non, sur l’île on s’occupe à bâtir son espace, c’est-à-dire sa personne, avec les parpaings, les tôles et les planches qui édifient la demeure familiale. Bricolage sans fin. Très modeste peau, courte phrase de soi. Et soudain sur un mur entier, sur la pente d’un toit on pose un grand aplat de couleur vive, comme lançant son propre yodle. Vers qui? En place de livre, la couleur-lettre, et même la couleur première syllabe d’un mot à venir, d’un nom dont la fin donnera rime à cette chose inconnue que l’espace, le temps et l’océan vides attendent.

Pochissime parole, pochissimi libri; solo oralità diffusa: saluti gentili e fuggevoli, ma senza enfasi e frasi mutevoli. Forse è troppo recente il popolamento, appena tre o quattro secoli, perché miti e leggende tramino nei villaggi, sulle rive e sulle pendici la loro fluidità invisibile come una amara e spoglia linfa nutrice. No, sull’isola non ci si preoccupa di costruire il proprio spazio, vale a dire la propria persona, con i blocchi, le lastre e le tavole con cui si edifica la dimora familiare. E’ un bricolage senza fine. Molto modesta la pelle, breve il dire di se stessi. Poi, improvvisamente, avviene che su un intero muro, sulla sporgenza di un tetto venga collocata una grande copertura di colore vivo, come se si stesse emettendo il proprio jodel. Verso chi? Al posto del libro, il colore-lettera, proprio il colore, prima sillaba di una parola a venire, di un nome che alla fine darà una rima a quella cosa sconosciuta che lo spazio, il tempo e l’oceano vuoti attendono.

***

 Très peu de chants d’oiseaux. Peu de cris d’animaux. Flotte partout cependant le charme léger des conversations en créole. Harmonie légère. Le volcan n’explose jamais. Mais deux nuits l’an, lorsque, soleil disparu, la couleur ne peut plus se percevoir, partout vers minuit on allume des feux d’artifice et de Bengale. Toutes les rues, tous les carrefours, toutes les routes dans le piémont bas du volcan mutique comme un poing fermé sur lui-même, tous les habitats de pente ou de rive giclent d’étincelles, crépitent de pétards et fusent encore et encore de feux d’artifice, Noël et jour de l’an. Paradoxe multiple du jet de lumière immédiatement émiettée, avant même toute couleur, au sein de l’obscurité. Toute la côte et toutes les basses pentes habitées jouent à parodier le volcan, dix mille, cent mille jets d’étincelles comme autant d’effusions de lave, mais d’une lave nocturne cette fois blanche, hors couleur. Ces deux soirs-là on convoque le volcan lourd et massif surgi droit du fond de l’océan. On l’agrafe dans une comédie atone et aphone où l’énigme du vide de l’espace devienne supportable, car théâtralisée dans des flux de crépitements trouant la nuit en attendant le retour de la couleur à l’aube et s’il se peut un jour le retour d’une épopée que l’île égarée cherche en tout sens au fond des Ravines et sur les lèvres des cratères.

Rari canti di uccelli, poche grida di animali. Fluttua per ogni dove, tuttavia, l’incanto lieve delle conversazioni in lingua creola. Come un’armonia leggera. Il vulcano non esplode mai. Ma due volte l’anno, quando, calato il sole, è impossibile distinguere il colore, verso mezzanotte si accendono fuochi artificiali e bengala. Succede a Natale e a Capodanno: tutte le vie, tutti gli incroci, tutte le strade ai piedi del vulcano, muto come un pugno che lo tiene serrato nella morsa, tutti gli abitati del pendio o della riva zampillano di scintille, crepitano di petardi, scoppiettano in continuazione di fuochi artificiali. E’ il paradosso multiplo del getto di luce che immediatamente si sbriciola, prima ancora di ogni colore, nel seno dell’oscurità. Tutta la costa e tutti i bassi pendii abitati giocano a parodiare il vulcano, diecimila, centomila lanci di scintille come tante eruzioni di lava, ma di una lava notturna stavolta bianca, priva di colore. In quelle due sere si convoca il vulcano, pesante e massiccio, emerso dritto dalle profondità dell’oceano. Lo si fa partecipe di una rappresentazione inespressiva e afona nella quale l’enigma del vuoto dello spazio diventa sopportabile, perché teatralizzata nel flusso di crepitii che squarcia la notte in attesa del ritorno, con l’alba, del colore e, possibilmente, un giorno, del ritorno di un’epopea che l’isola smarrita cerca senza posa nel fondo dei burroni e sulle labbra dei crateri.

Yves Bergeret, Isola della Réunion, 2013 [2]

(Testo e immagini di Yves Bergeret.
Traduzione di fm.)

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