Vacilla, oscilla

Busto di Sant'Agata

Yves Bergeret

Vacille, oscille
début février 2014 à Catane, en Sicile

Vacilla, oscilla
Catania, Sicilia, primi di febbraio del 2014

Deux pierres plates dans ses mains, l’une rouge, l’autre jaune, il a redressé son torse, les genoux toujours à terre. Il a observé attentivement à droite l’archipel volcanique sombre et net sur l’horizon du Nord. Certaines îles fument. Au sol de la petite pièce qui servira de vestiaire aux commanditaires de sa mosaïque il a collé il y a deux mille ans, ici sur le haut promontoire de Tindari au dessus de la mer, les petites pièces de céramique noire qui allongent les trois jambes d’une Trinacrie: symbole de la grande île qui s’étire en triangle dans trois directions opposées les unes aux autres. Mais, voici, ce petit archipel juste au Nord, sa dizaine d’îles posées sur la mer hors toute harmonie, hors toute claire consécution… Un caprice hors l’ordre des dieux coutumiers, une ruade ludique du grand volcan, l’Etna, qui n’en finit pas d’exhausser la grande île: ses enfants fous, îlots qui jaillissent de la mer salée comme autant de cris.

Lui, le mosaïste, il ne parle pas, ne chante pas, ne crie jamais. Esclave talentueux ou affranchi venu il ne sait même plus d’où, il pose au sol les petits carreaux qui re-créeront le monde, en tout petit, là où les maîtres se dévêtiront avant d’entrer dans la future grande pièce. Alors il décide que c’est ici qu’il posera, et uniquement ici, les petites pierres de couleur qu’il a tranchées, limées, gardées en secret. La re-création du monde au sol n’est plus l’affaire des bouts de céramique cuite et teinte uniment en noir. Elle n’est plus affaire de figuration symbolique. Ici pas de cuisson, ici pas de noir uni. Ici la seule couleur de la pierre tranchée vive. Le mosaïste regarde le petit archipel au large et pose calmement, méthodiquement autour de la banale Trinacrie, une double bordure orthogonale de menus rectangles, de losanges et de carrés de couleurs naturelles; aucune pièce de couleur n’en touche une autre. Rectangulaire archipel de couleurs. Couleurs qui font le tour du vestiaire, le tour du dévêtement, le tour du monde re-créé. Aucune lettre, aucun mot. La couleur taillée à vif, à cru, posée rythmiquement au sol, ceignant les vêtements laissés là, les âmes errantes, les mots embryons.

Con due pietre piatte nelle mani, una rossa e una gialla, si è risollevato sul busto, tenendo le ginocchia sempre a terra. Ha osservato attentamente alla sua destra l’oscuro arcipelago vulcanico che si staglia sull’orizzonte in direzione nord. Alcune isole fumano. Qui, sull’alto promontorio di Tindari a picco sul mare, sul pavimento della piccola stanza che servirà da guardaroba per i committenti del suo mosaico, duemila anni fa ha incollato i piccoli pezzi di ceramica nera che servono ad allungare le tre gambe di una Trinacria, simbolo della grande isola che si distende a forma di triangolo in tre direzioni opposte l’una all’altra. Ed eccolo là, quel piccolo arcipelago a settentrione, una decina di isole adagiate sul mare in modo disarmonico, senza alcuna riconoscibile simmetria, quasi un capriccio sfuggito al disegno ordinario degli dèi, una scalciata giocosa del grande vulcano, l’Etna, che non smette di espandere la grande isola: sono i suoi figli pazzi, gli isolotti che si levano all’improvviso dal mare salato come tante grida.

Liparic Islands

Lui, il mosaicista, non parla, non canta, non grida mai. Schiavo talentuoso o uomo affrancato che non ricorda più nemmeno il suo paese d’origine, posa per terra le piccole piastrelle con le quali ricreerà il mondo, in miniatura, là dove i padroni si svestiranno prima di entrare nella futura grande sala. Allora decide che è qui, unicamente in questo posto che sistemerà le piccole pietre colorate che ha tagliato, levigato, conservato in segreto. Il mondo non sarà più ricreato sul suolo con pezzi di ceramica cotta e tinta uniformemente di nero; non si tratta più di una questione di rappresentazione simbolica. Qui nessuna cottura, nessun nero compatto, l’unico colore sarà quello della pietra tagliata di netto. Il mosaicista osserva il piccolo arcipelago al largo e con estrema calma, metodicamente, dispone intorno a quella semplice triscele un doppio bordo ortogonale di sottili rettangoli, losanghe e quadrati di colori naturali, in modo che nessun lembo di colore sfiori l’altro, fino a ottenere un variopinto arcipelago rettangolare. Colori che girano tutt’intorno al vestiario, intorno allo spogliatoio, intorno al mondo ricreato. Nessuna lettera, nessuna parola: solo il colore tagliato di netto, a vivo, deposto ritmicamente al suolo, a contenere i vestiti lasciati là, le anime erranti, le parole embrioni.

Yves Bergeret, Mosaico di Tindari

***

Ce mois de février, deux jours plus tôt, avant ma visite à Tindari, une amie me conduit au cœur de l’île, à Enna. Bourgade médiévale au centre géographique même de la Sicile. Encore un promontoire. Avec ses constructions médiévales qui cernent des placettes muettes ou plongent des regards obliques vers les vallées et les vallées et les chaînes calcaires et les chaînes calcaires de toute l’île qui n’est que plis et plis et plis de terre et de roche d’où se dresse à l’Est le grand bubon du volcan grondant. Bourgade de plein ciel, et de large vent glacé en ce mois d’hiver, on parle très peu, on ne sourit guère, au centre de l’île qui se contracte dans le vent glacial au centre de la Méditerranée entre les deux continents. Ceux qui ont succédé dans les siècles au mosaïste de Tindari, ceux qui ont posé signes dans le vent, dans la pierre, dans le sol revêche que le vent du cœur du monde racle si crûment, qu’ont-ils ici dit, à Enna, nœud serré jusqu’à l’étouffement?

Les bars? Rien ou presque, la parole y serpente à peine. Le palais de justice? Trop vaste, l’ordre du monde ébranlé, secoué par les conflits, les délits et les crimes se recompose sûrement ailleurs qu’entre ses très hauts murs aveugles. La cathèdrale? Originale, belle, grave et ludique à la fois par ses sculptures, ses ors et ses retables peints puis mangés par la peu sacrée pénombre. Mais voici: dans sa très simple nef à plafond plat et au plan rectangulaire de basilique ancienne, les bases des colonnes sont creusées de très étranges figures. Les artisans médiévaux y ont dégagé avec la plus inattendue irrévérence par dizaines, à peine visibles, à ras du sol, des figures ironiques de petits diables griffus, de monstres contorsionnés, de personnages populaires encapuchonnés de travers. Et tout ce petit peuple de pierre sombre porte en riant les colonnes et le plafond et le toit et puis le monde venteux de l’île tandis que les notables et les pieux habitants de la bourgade vaquent à leurs mornes prières.

Questo mese di febbraio, due giorni prima della mia visita a Tindari, un’amica mi ha portato nel cuore dell’isola, a Enna. E’ un borgo medievale situato proprio nel centro geografico della Sicilia, anch’esso su un promontorio, con i suoi edifici medievali che circondano piccole piazze silenziose o affondano sguardi obliqui in un susseguirsi di valli e valli, di catene calcaree e catene calcaree per tutta l’isola, che è pieghe e pieghe e pieghe di terra e roccia da cui si leva, a est, il grande bubbone del rombante vulcano. Un borgo a cielo aperto percorso da lunghi venti freddi nei mesi invernali, dove si parla poco e si sorride anche meno, al centro dell’isola che si contrae nel vento glaciale in pieno Mediterraneo, tra i due continenti. Gli artisti che nel corso dei secoli si sono avvicendati al mosaicista di Tindari, quelli che hanno deposto segni nel vento, nella pietra, nel suolo ruvido che il vento del cuore del mondo raschia così aspramente, che cosa hanno detto qui a Enna, in questo nodo stretto fino al soffocamento?

Enna

E i bar? Poco o nulla, la parola vi circola a fatica. Il palazzo di giustizia? Troppo vasto: il vacillante ordine del mondo, scosso da conflitti, crimini e delitti, di certo si ricompone altrove piuttosto che tra i suoi altissimi muri ciechi. La cattedrale? Originale, bella, a un tempo austera e giocosa con le sue sculture, gli ori, le grandi pale dipinte e poi rovinate da una poco sacra penombra. Si nota infatti, nella sua semplicissima navata a soffitto piatto e pianta rettangolare, tipica delle antiche basiliche, che le basi delle colonne sono scavate da stranissime forme in rilievo. Gli artigiani medievali ne hanno ricavato, con la più inaspettata irriverenza, decine di figure ironiche di piccoli diavoli grifagni, di mostri contorti, di personaggi popolari incappucciati di traverso, tutti a malapena visibili, quasi all’altezza del suolo E tutte queste piccole creature di pietra scura sorreggono ridendo le colonne e il soffitto e il tetto e poi il mondo ventoso dell’isola, mentre i notabili e i devoti abitanti del paese sono intenti alle loro tristi preghiere.

Duomo di Enna

***

Dès la veille au soir de la sortie des reliques de Santa Agata de la cathédrale de Catane une foule radieuse se réunit devant le vieil aéroplane rouge dressé en statue de ferraille au milieu d’un carrefour près de l’aéroport. Je viens d’arriver de Milan et avec les amis venus me chercher nous prenons comme d’habitude un vigoureux café au bar de ce carrefour. Ce soir des enfants courent en tout sens, une fanfare très rustique fait éclater ses cuivres, la nuit n’arrive pas à tomber, des motos n’arrivent plus à se faufiler, le bruit est partout et si fort qu’on ne peut plus se parler. Et soudain à droite du bar dans le tumulte se met à osciller une énorme construction rutilante de bois, de ferraille dorée, de lumignons, d’étendards, de figurines nues ou casquées et drapées. Non, pas le vieil aéroplane rouge. Mais quatre ou cinq mètres de rocaille ligneuse qui roule et tangue au milieu de la foule. C’est un des candélabres massifs qui dès demain ira parcourir en cortège avec une douzaine d’autres les rues du centre de Catane. Des gaillards aussi costauds qu’énormes soulèvent au milieu de coups de sifflets stridents l’énorme masse de bois, la font vaciller, avancer de sept ou huit mètres, la font soudain danser d’une danse de l’ours extrêmement lourde, parodique. Puis reposent au sol la masse peu pieuse. Tout le monde applaudit et rit, les enfants crient encore plus fort, les cuivres et les cymbales cisaillent l’air et la nuit qui insiste pour venir.

Et en effet le lendemain dans les rues du centre de Catane une foule plus nombreuse encore et plus ordonnée accompagne lentement le cortège bouffon des candélabres géants de bois qui avancent à coups de sifflets toujours aussi perçants, avec des fanfares intermittentes peu mélodiques. Et les gaillards des corporations et des métiers qui affrètent ces masses de bois décorées en tous sens, qui les bouchers, qui les charpentiers, qui les marchands de poisson, etc., soulèvent les masses décorées, les font avancer de quelques mètres, chacune son tour, vacillantes, oscillantes, dansant parfois quelques pas lourds et fantasques à l’écart avant de reprendre l’axe du lent cortège. Et la douzaine de gaillards qui s’occupe de chaque candélabre, laids, énormes, sérieux comme des bourreaux, massifs, souvent jeunes, sérieux comme de plus vrais papes, soulève et soulève dix mètres par dix mètres l’archipel de bois qui dérive dans les rues de la ville.

La sera della vigilia dell’uscita delle reliquie di Sant’Agata dal Duomo di Catania, una folla raggiante si riunisce davanti al vecchio aeroplano rosso eretto come una statua di ferraglia in mezzo a un bivio nei pressi dell’aeroporto. Sono appena arrivato da Milano e con gli amici che sono venuti a prendermi beviamo come al solito un vigoroso caffè al bar di questo incrocio. Stasera i bambini frottano in tutte le direzioni, una banda strapaesana fa partire i suoi ottoni, la notte non riesce a calare, i motocicli non sono più in grado di farsi largo, il rumore è ovunque e così assordante che non è più possibile parlarsi. All’improvviso, a destra del bar, in pieno tumulto, comincia ad oscillare un’enorme rilucente costruzione fatta di legno, rottami dorati, candele, stendardi, statuine nude o ricoperte di cuffie e drappi. No, non si tratta del vecchio aeroplano rosso, ma di quattro o cinque metri di roccaglia legnosa che rotola e beccheggia in mezzo alla folla: un candelabro massiccio che da domani andrà in processione insieme a un’altra dozzina attraverso le strade del centro di Catania. Uomini vigorosi, tanto robusti quanto grossi, sollevano tra lo stridore dei fischietti l’enorme massa di legno, la fanno vacillare, la fanno avanzare di sette o otto metri, e di colpo la fanno muovere come in una danza dell’orso pesantemente sgraziata, parodica. Poi depongono per terra quell’ammasso poco devoto. Tutti applaudono e ridono, i bambini gridano ancora più forte, gli ottoni e i cembali sferzano l’aria e la notte, che insite a voler fare il suo corso.

I ceri di Sant'Agata
E infatti il giorno dopo, per le vie del centro di Catania, una folla ancora più grande e più ordinata accompagna lentamente il buffo corteo di candelabri giganti di legno, che avanza tra salve sonore di fischi sempre più acuti, intervallati da stridenti fanfare. I gagliardi rappresentanti delle corporazioni e dei mestieri che finanziano la realizzazione di queste enormi masse di legno completamente decorate, i macellai, i carpentieri, i pescivendoli etc., le sollevano, le fanno avanzare di qualche metro, ognuna col suo movimento, vacillanti, oscillanti, improvvisando di tanto in tanto, in disparte, qualche pesante e bizzarro passo di danza, prima di rientrare sull’asse del lento corteo. La dozzina di forzuti che si prendono cura di ogni candelabro, brutti, enormi, seriosi come carnefici, massicci, in genere giovani, compunti come dei veri papi, solleva di dieci metri ad ogni alzata l’arcipelago di legno che va alla deriva per le strade della città.

I ceri di Sant'Agata

***

Soulevé par la laideur, soulevé par la force brute le monde vacille. Soulevée par la pression du magma la croûte terrestre éclate et la lave fuit par le cratère. Soulevé par la laideur et la force primaire le monde oscille. Pour tomber? Pour avancer quand même? Sans ce soulèvement avance-t-il? Danse-t-il? Tout simplement parle-t-il?

Dans les rues de Catane je rencontre un vieil ami, poète. Il est l’intuition généreuse faite homme, il flotte comme un nuage sur la vie. Sa langue est fleurie, séduisante, abondante, labile, insaisissable, informe comme le nuage qui très haut échappe au mouvement de soulèvement du monde ou certains soirs s’y évapore. Dans cet autre quartier j’écoute ce jeune couple ami, si fin et si intelligent, si cultivé et si attentif dont la lucidité critique cherche et cherche le levier pour soulever le monde et l’alléger de sa pesanteur d’injustice et de violence. Si prêt à soulever cette pesanteur et cette violence pour transmettre son art et sa parole claire aux enfants à venir, aux enfants qui ne sont pas là et sont là, pages blanches dans le vacillement, dans l’oscillation.

Ensuite je suis allé quatre jours sur la colline tant aimée du Mont Alveria, à Noto Antica. Nuits de pleine lune, vent froid très vif. La pinède de la colline craque dans les foucades du vent qui la soulèvent. C’est la mer qui la nuit chante dans les branches. La colline est un bateau entre deux continents, au centre de la mer. Le sommeil ne vient pas. La colline est soulevée.

Sollevato dalla bruttezza, sollevato dalla forza bruta il mondo vacilla. Sollevata dalla pressione del magma, la crosta terrestre esplode e la lava fuoriesce dal cratere. Sollevato dalla bruttezza e dalla forza primigenia, il mondo oscilla. Per cadere? Per andare avanti comunque? Potrebbe avanzare, senza questa pressione? Danzare? Più semplicemente: potrebbe parlare?

Per le strade di Catania incontro un vecchio amico, un poeta. Egli è l’intuizione generosa fatta persona, galleggia sulla vita come una nuvola. Il suo linguaggio è fiorito, seducente, ricco, labile, inafferrabile, informe come la nuvola che, altissima, sfugge al movimento che solleva il mondo o, qualche sera, vi si scioglie evaporando. In un altro quartiere, ascolto una giovane coppia di amici particolarmente fini e intelligenti, colti e attenti, la cui lucidità critica cerca e cerca la leva per sollevare il mondo e alleggerirlo del suo gravame di ingiustizia e violenza. Sempre pronti ad alleggerire questo peso e questa violenza per trasmettere la loro arte e la loro parola chiara ai bambini non ancora nati, ai bambini che non ci sono eppure sono là, pagine bianche nel vacillamento, nell’oscillazione.

In seguito sono andato per quattro giorni sulla collina, da me paricolarmente amata, del Monte Alveria, a Noto Antica. Notti di luna piena, vento freddo molto pungente. La pineta della collina crepita sotto le folate di vento che la sollevano. E’ il mare che di notte canta tra i rami. La collina è una barca tra due continenti, al centro del mare. Il sonno non arriva. La collina è sollevata.

Monte Alveria, Noto Antica

***

Le troisième et dernier jour des processions de la Santa Agata de nombreux groupes de quinze à vingt hommes jeunes, en longues blouses blanches et bonnets noirs, «dévots de Sainte Agate», remontent dans la foule et avec la foule depuis le vieux port de Catane jusqu’en haut de la ville ancienne. A l’épaule ils portent d’énormes cierges allumés, parfois même faisceaux de cierges dont la cire dégouline sur les pavés noirs de la rue. Ils ont un vœu secret très cher et en demandent à la sainte la réalisation en accomplissant ces pesants rites de cire. Soudain le groupe de dévots enflammés s’arrête devant un petit autel, une église, un crucifix, une chapelle, s’agenouille, dresse droit sur le sol les énormes flambeaux, psalmodie en mélange d’italien et de sicilien une exhortation à la sainte. Cinq à dix minutes de psalmodie à genoux dans la foule immobile, psalmodie entraînée par un des dévots qui prend une voix de fausset.

Puis le groupe se relève, reprend à l’épaule les énormes cierges enflammés. Repart à vive allure en chargeant presque la foule. La flamme agressive et trop sainte remonte des eaux du port vers les hauts de la ville, en direction du volcan qui menace la ville et la nuit. Le rite est complètement théâtralisé, intense possession animiste dont l’initié conducteur de rite, proche de la transe, fausse sa voix pour exalter les autres initiés et la foule impressionnée. Cette nuit Catane est bacchique. La chaussée est jonchée d’un mélange de sciure humide et de sable salé, afin d’empêcher la cire de s’incruster partout. La sueur, la cire, les cris, les voix éraillées. Les fumées très âcres des marchands de viande rôtie et de brochettes. Les marchandes de fruits et de sucreries dont le caramel fond en bouillant dans des casseroles de fortune. La foule qui avance lentement, remontant des eaux du port vers la bouche du volcan. Pas de verbe, pas de phrase. La force brute. La violence partout, remontant à contre pesanteur les pentes de la ville, remontant avec les candélabres géants qui n’ont pas cessé le vacillement de leur danse lourde.

Il terzo e ultimo giorno di processioni di Sant’Agata molti gruppi di quindici-venti giovani uomini, in lunghi camicioni bianchi e cappelli neri, i «devoti di Sant’Agata», risalgono tra la folla e insieme alla folla dal vecchio porto di Catania fino alla parte alta della città antica. Trasportano a spalla enormi candele accese, talvolta anche interi fasci di candele la cui cera gocciola sul selciato nero della strada. Hanno un desiderio segreto particolarmente sentito e chiedono alla Santa di realizzarlo, mentre portano a termine questi pesanti rituali di cera. All’improvviso il gruppo dei devoti infervorati si ferma davanti a un piccolo altare, a una chiesa, a un crocifisso, a una cappella, si inginocchia, pianta al suolo le enormi torce, inizia a salmodiare in un miscuglio di italiano e siciliano un’esortazione alla santa: cinque-dieci minuti di canto, in ginocchio in mezzo alla folla immobile, guidato da uno dei devoti che imprime alla sua voce una tonalità in falsetto.

Fercolo di Sant'Agata

Poi il gruppo si rialza, riprende in spalla le enormi candele accese e riparte a velocità sostenuta travolgendo quasi la folla. La fiamma aggressiva e santissima risale dalle acque del porto alle alture della città, verso il vulcano che incombe sulla città e sulla notte. Il rito è totalmente drammatizzato, un’intensa possessione animista in cui il principale officiante, quasi in trance, distorce la sua voce per infervorare gli altri iniziati e la folla impressionata. Stanotte Catania è un baccanale. Il fondo stradale è cosparso di un miscuglio di segatura bagnata e di sabbia salina, per evitare che la cera si incrosti dappertutto. E intorno sudore, cera, grida, voci arrochite; l’acre fumo dei venditori di carne arrosto e di spiedini, dei venditori di frutta candita e dolciumi da cui cola il caramello bollente preparato in pentole di fortuna. La folla si muove lentamente, risale dalle acque del porto verso la bocca del vulcano. Non una parola, non una frase; solo forza bruta e violenza ovunque, risalendo a prezzo di immensi sforzi le pendici della città, col carico di candelabri giganteschi che non hanno mai smesso di ondeggiare nella loro pesante danza.

***

Juste avant la tombée de la nuit j’ai pu, seul, monter quelques jours plus tard au plateau du massif des Nébrodi, battu par les vents, au nord de l’Etna, où se dressent isolés les uns des autres une dizaine de très grands mégalithes de grès avec leurs boules de grès plus compact, boules ou maintenues telles quelles dans le grès tendre ou disparues en laissant leurs empreintes négatives. Les légendes de jadis se sont abondamment occupées d’eux, les fantasmes new age ne s’en privent pas non plus. De la colline dénudée où ils s’érigent on voit aussi bien l’Etna que les volcans de l’archipel au nord. Ce soir j’y arrive seul. Seul. Vent glacé encore. Malgré lequel j’entends remuer dans la pénombre les animaux qui, de siècle en siècle, se regroupent à l’arrivée de la nuit, un étalon noir, une vingtaine de chèvres, sur et autour du plus large mégalithe, table de sacrifice où la pure violence de l’égorgement rituel pensait faire vaciller le monde jusqu’au désordre absolu, c’est-à-dire jusqu’à la renaissance de l’ordre avant le déluge d’un prochain chaos. Etalon et chèvres savent que chaque soir depuis trois millénaires ils doivent se réunir là acceptant en douceur leur meurtre qui rouvre le flux d’une parole envisageable.

Megaliti dei Nebrodi

Qualche giorno dopo, da solo, poco prima del tramonto, sono salito sull’altopiano spazzato dal vento del massiccio dei Nebrodi, a nord dell’Etna, dove si stagliano, isolati gli uni dagli altri, una decina di enormi megaliti in pietra arenaria, con le loro sfere di arenaria più compatte, sfere conservate invariate nella morbida arenaria o scomparse lasciando le loro impronte infauste. Le antiche leggende se ne sono abbondantemente occupate, le fantasie new age non sono da meno. Dalla collina spoglia sulla quale si ergono, si vedono molto bene tanto l’Etna che i vulcani dell’arcipelago a nord. Stasera ci arrivo da solo. Solo. C’è ancora un vento gelido, nonostante il quale sento muoversi nella penombra gli animali che, secolo dopo secolo, si raggruppano al sopraggiungere della notte: uno stallone nero, una ventina di capre sopra e intorno al megalite più grande, ara sacrificale dove la violenza pura dello sgozzamento rituale pensava di far vacillare il mondo fino al disordine assoluto, vale a dire fino alla rinascita dell’ordine e prima del diluvio del caos a venire. Stallone e capre sanno che ogni sera, da tremila anni, devono riunirsi là accettando con dolcezza il loro sacrificio, che riapre il flusso di una parola degna di considerazione.

Megaliti dei Nebrodi

***

Dans les rues étroites du centre de Catane, pourtant reconstruites après l’éruption et le terrible séisme de 1693, les «dévots» en blouse blanche et bonnet noir au milieu de la foule compacte tirent deux cordes de chanvre épais. Très longues cordes: pour faire avancer la châsse d’argent et d’or des reliques de la sainte. Aussi épaisses avec leurs grosses torsades que celles pour tirer et amarrer les cargos. Ils tirent, les «dévots», centaines d’hommes, très rares femmes, attelés à tirer le charriot rutilant et surchargé de parures épaisses qui porte la châsse reliquaire. Ils tirent ils tirent ils tirent. Extrêmement serrés les uns contre les autres. Parfois une voix de fausset lance la psalmodie centrale, reprise alentour par quelques dizaines de voix plus sourdes: «Gens de la ville, nous sommes tous les dévots de Santa Agata». Mais la harde des tireurs de corde, des haleurs du reliquaire, soudée à elle-même comme un très long serpent humain, se contorsionne lentement, avance lentement, piétine, s’acharne, s’échine lentement lentement lentement.

Ce n’est pas la piété qui se lit sur les visages. Mais l’expression de la force et de l’effort, l’expression de la pression et de l’oppression, l’expression de l’effort vers le mouvement. Ce n’est pas l’expression du recueillement, mais celle de l’élancement incertain vers un très grand vacillement. Ce n’est pas la beauté ni l’élégance qui se lisent sur les visages, sauf sur celui d’un jeune prêtre juché sur le charriot pour l’appétit de la retransmission télévisée; c’est l’effort laid, la difformité, le monde humain rejeté par le goût des raffinés. Et parmi les centaines de tireurs de cordes tirent aussi des handicapés mentaux, des infirmes, des hommes énormes, toute une humanité d’habitude rejetée hors du centre harmonieux de la ville de commerce et de pouvoir. Ce soir ils tirent le monde vers un déséquilibre, ils tirent la sainte qui veille sur la ville et le monde vers un déséquilibre dont personne ne connaît le sens.

Nei vicoli stretti del centro di Catania, quantunque ricostruiti dopo l’eruzione e il terribile terremoto del 1693, i «devoti» in camicione bianco e copricapo nero tirano due corde di canapa spessa nel bel mezzo della folla compatta. Corde molto lunghe, per far avanzare lo scrigno in argento e oro con le reliquie della santa. Corde così robuste, annodate in grosse trecce, come quelle che si usano per trainare e ormeggiare i carghi. Le tirano i «devoti», centinaia di uomini e poche donne, attrezzati a trascinare il fercolo scintillante e sovraccarico di pesanti ornamenti che regge la cassa con le reliquie. Tirano tirano tirano, compattamente serrati gli uni agli altri. Di tanto in tanto una voce in falsetto lancia il canto principale, ripetuto da qualche decina di voci intorno: «Cittadini, siamo tutti devoti di Sant’Agata». Ma la schiera dei tiratori di corda, degli aleggi del reliquiario, saldata a se stessa come un lunghissimo serpente umano, si contorce lentamente, avanza lentamente, segna il passo, insiste, si sfianca lentamente lentamente lentamente.

Non è pietà quella che si legge sui loro volti, ma l’espressione della forza e dello sforzo, l’espressione della pressione e dell’oppressione, l’espressione della tensione estrema verso il movimento. Non è l’espressione del raccoglimento, ma quella dello slancio incerto verso un più grande vacillamento. Non ci sono né bellezza né eleganza sui loro volti, tranne che su quello di un giovane prete appollaiato sul carro per vanità di apparire nella ripresa televisiva: c’è solo lo sforzo che abbrutisce, la deformità, quel mondo umano che il gusto dei raffinati respinge. E tra le centinaia di tiratori di corde si trovano anche disabili mentali, infermi, uomini enormi, tutta quell’umanità respinta ai margini del centro armonioso della città dei commerci e del potere. Stasera essi tirano il mondo verso uno squilibrio, trascinano la santa che veglia sulla città e il mondo intero sull’orlo di uno squilibrio di cui nessuno conosce il significato.

Festa di Sant'Agata

***

La dernière nuit de la grande fête votive d’énormes feux d’artifice crépitent dans le haut de la ville. Depuis plusieurs jours l’Etna ne cesse de laisser couler la lave en deux longues torsades qui dégringolent dans la Valle del Bove. De jour volutes permanentes de fumée d’un bleu intense qu’en s’évaporant émet la neige mêlée de cendres là où descend la lave en fusion. Longues tresses rouges incandescentes la nuit. Le lendemain du retour de la châsse du reliquaire de la sainte dans la cathédrale, jusqu’à l’an prochain, une très puissante explosion pyroclastique fait osciller puis basculer dans la pente de la Valle del Bove un large fragment du cratère sud-est.

Fuochi di Sant'Agata

L’ultima notte della grande festa votiva enormi fuochi d’artificio crepitano nella parte alta della città. Da parecchi giorni l’Etna continua a far rifluire la lava in due lunghe colate che si riversano nella Valle del Bove: di giorno, una spessa coltre di fumo azzurro intenso che, evaporando, rilascia neve mista a ceneri là dove defluisce il magma in fusione; di notte, lunghe trecce rosse incandescenti. Il giorno successivo al ritorno dello scrigno delle reliquie della santa nel duomo, dove rimarrà fino al prossimo anno, una potentissima esplosione piroclastica fa oscillare e poi precipitare lungo il pendio della Valle del Bove un ampio frammento del cratere di sud-est.

Valle del Bove

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Testo di Yves Bergeret.
Traduzione di fm.
Immagini tratte dalla rete, ad eccezione
della triscele di Tindari, opera di Y. B.
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