Volcan gauche

Piton de la Fournaise, Isola della Réunion

Yves Bergeret
Thomas Cantens

Volcan gauche

 

Poèmes-peintures de l’ïle de La Réunion décembre 2013.
Yves Bergeret, peintures et aphorismes à l’encre de Chine.
Thomas Cantens, poèmes sur papier Japon.

Poemi-pitture dell’isola di La Réunion, dicembre 2013.
Yves Bergeret, pitture e aforismi con inchiostro di China.
Thomas Cantens, poemi su carta Giappone.

 

volcan gauche (1)

 

1.

– Ville du Port, bar PMU d’une cité populaire puis église du centre-ville où se déroule une cérémonie de confession collective, mercredi 18 décembre 2013.

– Città di Port, bar PMU di un quartiere popolare, poi la chiesa del centro dove si svolge una cerimonia di confessione collettiva, mercoledì 18 dicembre 2013.

 

Battre coulpe
battre destin
forger forge
pour qui?

 

      Battersi il petto
      contrastare il destino
      preparare gli strumenti
      per chi?

 

*

 

Le petit peuple des âmes attend
Sous des arcs de fer
Arrachés aux navires
D’étreindre le murmure de la répétition

Dehors les chevaux des comptoirs
Battent
La même terre noire
Les hommes y jettent argent et graines

Et si de l’île le volcan seul était le hasard?

 

      La piccola folla di anime attende
      Sotto arcate di ferro
      Strappate alle navi
      Di immergersi nel mormorio cantilenante

      Fuori i cavalli degli empori
      Calpestano
      La stessa terra nera
      Gli uomini vi gettano denaro e biade

      E se il vulcano fosse l’unico imprevisto dell’isola?

 

volcan gauche (2)

 

2.

– Regardant sur la côte à Rivière des Galets, les énormes bombes volcaniques devenues galets sombres et poreux, le vendredi 20 décembre 2013.

– Osservando sul costone della Rivière des Galets gli enormi massi vulcanici divenuti ciottoli scuri e porosi, venerdì 20 dicembre 2013.

 

Qui tombe
avec soi renverse
la moitié sanguinaire de tout homme
et les bombes qu’en partage
le volcan nous lance

 

      Chi cade
      rovescia insieme a se stesso
      la metà sanguinaria di ogni uomo
      e i massi sparpagliati
      che il vulcano ci lancia

 

*

 

Les pierres noires
Que le volcan lance à terre
Que l’océan n’attrape pas
A l’entre deux
La plante colon les ronge en lumière

Ici
Ce qui ne bouge pas
La peau de l’île le prend

D’un enclos l’autre
Les corps transitent
Aux limites du longtemps

 

      Le pietre nere
      Che il vulcano dissemina
      Che l’oceano non raccoglie
      A metà strada
      La coltura arborea le consuma in luce

      Qui
      La pelle dell’isola assorbe
      Quello che non è in movimento

      Da un terreno all’altro
      I corpi transitano
      Sul limitare dei tempi

 

volcan gauche (3)

 

3.

– Ville de Saint André, dans un bar populaire entre mairie et église, pendant plusieurs mariages simultanés dont chacun a choisi deux couleurs sans signification que tous portent sur leurs vêtements, jeudi 19 décembre 2013.

– Città di Saint André, in un bar popolare tra municipio e chiesa, durante la celebrazione di parecchi matrimoni in contemporanea, in cui ognuno ha scelto due colori senza un particolare significato che tutti portano sui loro vestiti, giovedì 19 dicembre 2013.

 

Un tambour deux gorges
ils recousent la fraternité tant broyée
que du fond de l’océan
à reculons remonte
le volcan gauche

 

      Un tamburo due gole
      ricusano la fraternità polverizzata
      che dal fondo dell’oceano
      a ritroso risale
      il vulcano sghembo

 

*

 

La paume des rues
Porte haut ceux qui s’accouplent
Leurs corps de tissus défilent
Au pas de deux couleurs
Qui n’ont rien à se dire

Ceux qui ont soif
S’effacent des cortèges nuptiaux
Vers les autels d’urine et d’alcool
Leurs corps lents
Tendent le verre
Avalent des traits de lumière

Et s’en vont
Les doigts passés sur les lèvres

 

      Il palmo delle strade
      Sorregge gli sposi
      I loro corpi ammantati sfilano
      Al passo di due colori
      Che non hanno niente da dirsi

      Quelli che desiderano bere
      Svicolano dai cortei nuziali
      Verso altari di urina e di alcool
      I loro corpi lenti
      Sollevano il bicchiere
      Trangugiano tratti di luce

      Poi se ne vanno
      Le dita passate sulle labbra

 

volcan gauche (4)

 

4.

– Remontant à pied depuis son embouchure la Rivière des Galets, très profonde ravine par où réussissaient à maronner les esclaves vers le Cirque de Mafate, en altitude, le samedi 21 décembre 2013.

– Risalendo a piedi dalla sua imboccatura la Rivière des Galets, un burrone profondissimo attraverso il quale gli schiavi riuscivano a dileguarsi verso il Cirque de Mafate, in altura, sabato 21 dicembre 2013.

 

Jet du volcan
syllabe veuve à fond de ravin
ceux qui maronnent
remontent à fond de ravin
mille syllabes

 

      Getto del vulcano
      sillaba vedova al fondo del burrone
      gli schiavi fuggiaschi
      riportano dal fondo del burrone
      sillabe a migliaia

 

*

 

Par le bas
Lance toi
Au vide de l’île

Pieds de force sur galets,
Cours enfin
Dans la chaleur en mémoire

Salive d’écumes de langues,
Crie nu
A la gueule du volcan qui s’ouvre

L’eau, la pierre qui descend,
Tourne sans plus voir
Ni l’avant ni l’arrière

Corps à l’inconnu
Cherche
La terre en suspens
Pour être à l’invisible sans mesure.

 

      Dal basso
      Lanciati
      Nel vuoto dell’isola

      Coi piedi puntati sui sassi
      Corri infine
      Nella calura immemoriale

      Saliva schiumosa di lingue,
      Un grido nudo
      Alla gola del vulcano che s’apre

      L’acqua, la pietra che precipita,
      rotola senza più vedere
      né davanti né indietro

      Corpo teso verso l’ignoto
      Cerca
      La terra sospesa
      Per essere parte dell’invisibile a dismisura

 

volcan gauche (5)

 

5.

– Le Port, quartier Titan, lieu dit Epuisement. Philippe, Tamoul, construit lui-même, d’années en années, un temple familial, chez lui, quelques statuettes chrétiennes, vingt grandes effigies hindouistes. Il peint ses dieux de couleurs vives, les entoure de carreaux de céramique aussi vifs. Il est également guérisseur; le dimanche 22 décembre 2013.

– Città di Port, quartiere Titan, un posto denominato Sfinimento. Philippe, un tamil, si costruisce da sé, anno dopo anno, a casa sua, un tempio familiare, qualche statuetta votiva cristiana, venti grandi immagini induiste. Dipinge i suoi dèi con colori vivi, li circonda di piastrelle di ceramica particolarmente brillanti. Egli è allo stesso tempo un guaritore; domenica 22 dicembre 2013.

 

Entre océan fuyant
et volcan avalant
il remercie les couleurs
et leur salut à mille voix
où il fond

 

      Tra l’oceano in fuga
      e il vulcano che avvalla
      rende grazie ai colori
      e al loro vociante saluto
      mentre prepara l’amalgama

 

*

 

Par des mains fermes
Du sang animal qu’elles versent
Surexistent
A la peau de l’île
Des couleurs

Couleurs font dieux
Mains de cale
Les alignent
En multitude plane
Et roulent
Au pied de leur hypnose
Des pierres de mer
Repos des dieux à couvert

Mangeuses du regard
Contre l’oubli paria
Mains de couleurs
Effacent
Les ressacs de l’ordre
Et posent
Calmes
Une matière égale à toucher

 

      Mani rassodate
      Dal sangue animale che versano
      Imprimono
      Colori
      Sulla pelle dell’isola

      I colori creano divinità
      Mani esperte
      Le allineano
      A schiere livellate
      E fanno rotolare
      Ai piedi delle icone estatiche
      Pietre marine
      Riparo per il riposo degli dèi

      Divoratrici di sguardi
      Nemiche dell’oblio degli esclusi
      Mani colme di colori
      Cancellano
      Le risacche dell’ordine
      E depongono
      Calme
      Una materia uniforme al tatto

 

volcan gauche (6)

 

6.

– Remontant une nouvelle fois à pied la ravine de Rivière des Galets; énigme – lorsque la pente raidit avec son dédale d’arêtes, comment l’esclave fuyant retrouve-t-il les marrons déjà installés, libres, en haut; le lundi 23 décembre 2013.

– Risalendo ancora una volta a piedi il burrone della Rivière des Galets; un enigma – quando il pendio si irrigidisce nel suo dedalo di creste, come fa lo schiavo fuggitivo a ritrovare i compagni che hanno già trovato rifugio, liberi, lassù in altura; lunedi 23 dicembre 2013.

 

Dans l’histoire la révolte
dans la cendre la ravine
et tout ce chemin de parole
à remonter
et dix ans encore pour l’accepter radical
comme carrelage de couleur
contrejour sur océan en feu

 

      Nella storia la rivolta
      nella cenere la voragine
      e tutto questo sentiero di parola
      da risalire
      e dieci anni ancora per accoglierlo nella sua essenza
      come rivestimento di colore
      controluce su un oceano in fiamme

 

*

 

Ceux qui s’échappent
Ne fuient pas
Cherchent
Les traces à venir

En fin de ravine
Dans la paroi noire
Une veine marron
Diagonale inflexible
Espère la mer, montre les cimes
A ceux qui dansent
Sur le labyrinthe de la pente

A l’entre deux des galets
Ni volcan ni mer
Ceux qui ne bougent pas
Tendent aussi des lignes claires
Au dessus de l’épuisement
Y montent avec leurs dieux
Mais n’y dansent pas

Ceux qui s’échappent
Marchent
Sur les murmures de langues nouvelles
Retrouvent les autres
Et ne sont qu’à eux
Une mémoire de mêmes gestes

 

      Quelli che si liberano
      Non fuggono
      Cercano
      Tracce future

      Al termine del burrone
      Sulla parete nera
      Una vena marrone
      Diagonale inflessibile
      Sogna il mare, indica le cime
      A quelli che danzano
      Sul labirinto del pendio

      Tra i due, alcuni ciottoli
      Né vulcano né mare
      Quelli che non rotolano
      Tendono così delle linee chiare
      Al di sopra dello sfinimento
      Vi salgono coi loro dèi
      Ma non vi danzano

      Quelli che scappano
      Camminano sul mormorio di lingue nuove
      Ritrovano gli altri
      Per i quali non sono
      Che una memoria dei medesimi gesti

 

volcan gauche (7)

 

7.

– Après avoir marché sur les quais le long des darses du port de la ville Le Port; le lundi 30 décembre 2013.

– Dopo aver camminato sulle banchine lungo le darsene del porto della citta di Le Port; lunedì 30 dicembre 2013.

 

Adossé à l’horizon
nourri par l’étranger
le port tremble quai et vague
donne salut fier
à qui?

 

      Appoggiato all’orizzonte
      nutrito dallo straniero
      il porto agita banchina e onda
      porge il suo fiero saluto
      a chi?

 

*

 

Surplus de galets et de fers
Répond déjà
A la pente en lambeaux de possibles

L’imagination à genoux
Devant le volcan
Ne renonce jamais

Mains acharnées
Creusent
Empilent
Scarifient
A la face du grand mouvement
Cuves, entrepôts

Sculptent
L’insuffisance du nombre
En arrachant à ce qui circule
Son tribut à l’ombilic volcan

Pointe de l’archipel en absence
Tient
L’armature du vide, l’escale

 

      Un’eccedenza di ciottoli e ferro
      Contraltare
      Al pendio franato dei possibili

      L’immaginazione in ginocchio
      Davanti al vulcano
      Non cessa mai di operare

      Mani ostinate
      Scavano
      Ammucchiano
      Costruiscono
      Di fronte al grande movimento
      Serbatoi, magazzini

      Scolpiscono
      L’insufficienza del numero
      Strappando a ciò che circola
      Un tributo per il vulcano ombelico

      Punta dell’arcipelago in assenza
      Sostiene
      L’armatura del vuoto, lo scalo

 

***

 

Thomas Cantens
Eléments de La Réunion

     Habiter un lieu de cratères, cirques, ravines, falaises et «remparts», être perché sur la partie émergée d’un massif qui plonge à quatre kilomètres de profondeur sous la surface de l’océan, et, aux marches du monde, parvenir encore à se situer dans le temps et l’espace des circulations lointaines entre l’Asie, l’Afrique, l’Europe et les Amériques; être à la Réunion c’est se mettre à l’épreuve de mouvements vertigineux.
     En l’absence de traces antérieures, ce sont douze mutins exilés depuis Madagascar qui constituent le premier peuplement de l’île, provisoire, de 1646 à 1649. Auparavant, l’île était comme une rafraichissante aiguade, escale sur la route des Indes. Les exilés reviennent à Madagascar, sous domination française, leur description de l’état d’abondance de l’île de Mascareigne (premier nom de l’île de la Réunion) en déclenche la colonisation. La naissance sociale de l’île date de 1663 quand les premiers colons comptent aussi des femmes, esclaves malgaches ou «indo-portugaise». L’île naît métissée, et révoltée puisque les esclaves malgaches fuient très rapidement leurs maîtres français et s’installent dans les hauts de l’île, formant ainsi les premières communautés de «marrons».
     Ces îles coloniales loin de leur métropole sont des espaces économiques par nature, où la politique est avant tout pragmatique. L’île est reconnue pour son climat, ses sols et ses eaux, les colons y développent des cultures vivrières pour les navigateurs en escale, avant qu’apparaissent d’autres ambitions: y cultiver ce qu’on va chercher en Asie et dont le coût de transport est élevé. Jusqu’au milieu du 19ème siècle l’espace de l’île porte de nombreux espoirs de plantations et de cultures de rente: muscade, girofle, café, cacao, vanille, tabac, blé, canne à sucre plus résistante aux cyclones.  Certaines sont rapidement abandonnées. D’autres, dont la vanille et le café sont oubliées avant de renaître récemment, sans toutefois être les leviers d’un essor économique propre. La canne à sucre demeure, elle représente plus de la moitié de la surface cultivée dans les départements d’outre-mer français, mais elle subit depuis longtemps la concurrence d’autres cultures sucrières. Cette imagination économique au travail pendant deux siècles sur un relief complexe, autant fertile que difficile, a peuplé la Réunion.
     Différentes communautés sont amenées, de force en esclaves ou par contrats dits d’engagisme, de Chine, d’Inde, de Madagascar et d’Afrique pour travailler comme artisans ou ouvriers agricoles.  L’histoire sociale de l’île est celle d’hésitations, entre l’évidence de sols fertiles et d’eaux abondantes et la difficulté des pentes et le hasard des éruptions, entre la nécessité d’avoir de la main d’œuvre et les mauvais traitements qui lui sont infligés pendant la période esclavagiste et après celle-ci, entre la volonté d’assimiler les immigrants notamment par la conversion religieuse et la nécessité de laisser perdurer leurs pratiques animistes ou polythéistes.
     Les immigrants, volontaires ou forcés, qui se révoltent ne peuvent que rester sur l’île, certains repartiront, mais à l’issue de leur «contrat». Le marronnage réussit grâce au relief et c’est une exception à notre connaissance dans les îles sous domination française. Les esclaves dits marrons ont trouvé refuge dans les cirques de l’intérieur où des cavernes et des plateaux facilitaient leur vigilance pour prévenir les assauts de leurs anciens maîtres et opportunité de culture et de survie en collectivité. Ces communautés seront pourchassées avec plus ou moins d’intensité et de régularité. Au 19ème siècle, les travailleurs indiens organisent des grèves et portent plaintes contre les conditions d’emplois, forment des syndicats qui sont interdits mais l’élite des fonctionnaires et des planteurs est divisée, les planteurs se font aussi concurrence pour attirer de la main d’œuvre. Les hésitations sont celles de la domination politique dans un contexte économique fragile, leurs effets sont des plus intéressants, confortant les populations dans leurs choix idéologiques ou religieux.
     «Nous sommes tous des parias», des Réunionnais construisent des temples domestiques où ils pratiquent des cérémonies hindouistes, tout en étant également catholiques. L’intégration de figures chrétiennes dans le panthéon hindouiste témoigne de la belle capacité d’absorption des polythéismes.  Les rituels forment une part importante de la vie «malbar» (nom donné aux immigrants originaires du Tamil Nadu), parfois en opposition avec les temples collectifs (temples à société), anciennement construits près des usines sucrières, ou des nouveaux temples communautaires louant les services de brahmanes venus d’Inde. «Nous sommes tous des parias», l’affirmation d’une identité propre, «malbar» réunionnaise avec son histoire et ses rituels, se perpétue contre les tentatives d’instaurer un hindouisme «moderne», importé récemment avec la crainte que se construisent des hiérarchies sociales tout aussi importées des sociétés indiennes.
     Dans les rues de Saint Denis, de vieux bâtiments demeurent muets et clos, ils ont les formes simples d’entrepôts. Peu importait l’île mais la route. En 1664, la Compagnie des Indes Orientales reçoit le privilège exclusif de la navigation et du commerce depuis le Cap de Bonne Espérance jusqu’aux Indes, par édit royal pour des périodes de dix ans, renouvelées jusqu’en 1769. Un dernier soubresaut l’activera de 1785 jusqu’à la liquidation de 1793. L’île n’a pas de port naturel, mais elle a un climat sain, on y dépose ses malades au passage, on y construit aussi des entrepôts, elle fait partie d’un vaste espace de routes et de marchandises, un réseau «d’établissements français». Aujourd’hui le port de la Réunion est un des grands ports français.

 

Elementi dell’isola di Réunion

     Abitare in una terra di crateri, di conche, di burroni, di falesie e bastioni rocciosi, trovarsi sulla parte emersa di un massiccio che si inabissa per quattro chilometri nelle profondità dell’oceano, e, alla periferia del mondo, riuscire ancora a situarsi nel tempo e nello spazio di lontani traffici tra Asia, Africa, Europa e Americhe: vivere a La Réunion è confrontarsi con movimenti vertiginosi.
     In assenza di testimonianze più antiche, sono dodici ammutinati esiliati dal Madagascar a costituire, dal 1646 al 1649, la prima provvisoria popolazione dell’isola. In precedenza, l’isola era solo un approdo per fare riserva d’acqua fresca, uno scalo sulla rotta delle Indie.  Gli esiliati fanno ritorno nel Madagascar, sotto la dominazione francese, e la loro descrizione dello stato di abbondanza dell’isola di Mascarena (primo nome dell’isola della Réunion) fa scattare la colonizzazione. La nascita sociale dell’isola data al 1663, quando tra i primi coloni si contano anche donne, schiave malgasce o indo-portoghesi. L’isola nasce meticcia e rivoltosa, poiché gli schiavi malgasci sfuggono molto velocemente ai loro padroni francesi e si insediano sulle alture dell’isola, dando vita alle prime comunità di «marrons».
     Queste isole coloniali lontane dalla loro metropoli rappresentano degli spazi economici naturali, dove la politica è prima di tutto pragmatica. L’isola è riconosciuta per il suo clima, il suo suolo e le sue acque, i coloni vi impiantano delle colture alimentari destinate ai naviganti che vi fanno scalo, prima che si manifestino altre ambizioni: coltivarvi i prodotti che si vanno a cercare in Asia e il cui trasporto ha costi molto elevati. Fino alla metà del diciannovesimo secolo lo spazio dell’isola è tutto un fiorire di piantagioni e di coltivazioni di alta resa economica: noce moscata, chiodi di garofano, caffé, cacao, vaniglia, tabacco, cereali, canna da zucchero particolarmente resistente ai cicloni. Alcune sono ben presto abbandonate. Altre, tra cui la vaniglia e il caffé, vengono dismesse, anche se sono state riprese in tempi recenti. La canna da zucchero vi si insedia stabilmente, essa copre più della metà della superficie coltivata nelle colonie francesi d’oltremare, ma ha subìto per molto tempo la concorrenza di altre piante zuccherifere. E’ questa immaginazione economica, operante per due secoli su un rilievo tanto fertile quanto impervio, che ha contribuito a popolare la Réunion.
     Differenti comunità vi sono condotte, con la forza in quanto schiave o con regolari contratti, dalla Cina, dall’India, dal Madagascar e dall’Africa per lavorare come artigiani o come operai agricoli. La storia sociale dell’isola è fatta di esitazioni: tra l’evidenza della fertilità del suolo e dell’abbondanza d’acqua e la difficoltà dei pendii e il rischio di eruzioni; tra la necessità di avere manodopera a disposizione e gli iniqui trattamenti che le vengono inflitti durante il periodo dello schiavismo e anche in seguito; tra la volontà di assimilare gli immigrati soprattutto attraverso la conversione religiosa e la necessità di lasciar perdurare le loro pratiche animiste o politeiste.
     Gli immigrati, volontari o coatti, che si ribellano, non possono che rimanere sull’isola; alcuni ripartiranno, ma solo alla fine del loro «contratto». Il fenomeno della vita in clandestinità si diffonde grazie al particolare rilievo del territorio e rappresenta, per quanto ne sappiamo, una vera eccezione tra le isole sotto il dominio francese. Gli schiavi alla macchia, soprannominati «marrons», trovano rifugio nelle conche vulcaniche dell’interno, dove caverne e altopiani facilitano l’opera di vigilanza per prevenire gli assalti degli antichi padroni e offrono l’opportunità di coltivare e di sopravvivere in comunità, anche se queste ultime continueranno ad essere perseguitate con più o meno intensità e regolarità. Nel diciannovesimo secolo gli operai di origine indiana organizzano degli scioperi e delle rivendicazioni contro le condizioni di lavoro, formano dei sindacati che vengo dichiarati illegali, ma l’élite dei funzionari e dei proprietari terrieri è divisa al suo interno e gli stessi piantatori si fanno concorrenza per attirare manodopera. Le esitazioni sono quelle tipiche di ogni dominazione politica in un contesto economico fragile, ma i loro effetti sono particolarmente interessanti perché confermano le popolozaioni nelle rispettive scelte ideologiche o religiose.
     All’insegna di «siamo tutti dei paria», alcuni abitanti della Réunion costruiscono templi domestici dove praticano cerimonie induiste, pur nel contesto di un mondo formalmente cattolico. L’inserimento di figure cristiane all’interno del panteon induista testimonia della mirabile capacità sincretistica dei politeismi. I rituali formano una parte importante della vita della comunità dei «malbars» (nome dato agli immigrati originari della regione del Tamil Nadu), talvolta in opposizione a quelli dei templi collettivi, dei veri e propri templi-azienda anticamente costruiti vicino agli stabilimenti zuccherieri, o dei nuovi templi comunitari gestiti da bramini venuti dall’India. «Siamo tutti dei paria»: l’affermazione di una identità propria, malbar-reunionese, con la sua storia e i suoi riti, si perpetua contro ogni tentativo di instaurare un induismo «moderno», importato di recente, nel timore che si vengano a creare, contemporaneamente, le stesse gerarchie che caratterizzano le società indiane.
     Per le strade di Saint Denis si trovano vecchi edifici inutilizzati e sbarrati, le forme più primitive di magazzini. Non era importante l’isola in sé, quanto il fatto che fosse sulla rotta. Nel 1664, la Compagnia delle Indie Orientali ebbe il privilegio esclusivo della navigazione dal Capo di Buona Speranza alle Indie, attraverso un editto reale e per periodi di dieci anni, rinnovati fino al 1793. L’isola non ha porti naturali ma un clima salubre, vi si lasciano i malati di passaggio e vi si costruiscono dei depositi; essa fa parte di un vasto spazio di rotte e commerci, una rete di «imprese francesi». Oggi il porto della Réunion è uno dei più grandi porti francesi.

 

***

 

Qualche articolo recente sulla Réunion e la sua storia.

– Alessandro Stanziani: «Travail, droits et immigration. Une comparaison entre l’île Maurice et l’île de La Réunion, années 1840-1880», Le Mouvement Social 4/2012 (n° 241), p. 47-64.

– Hélène Paillat-Jarousseau e altri: «Elevage caprin, rituel hindou et réglementation sanitaire française: tradition, concertation et régulation sur l’île de La Réunion», Norois 2/2012 (n° 223), p. 93-104.

– Jacqueline Andoche, Laurent Hoarau, Jean-François Rebeyrotte et Emmanuel Souffrin: «La Réunion», Hommes et migrations, 1278 | 2009, 218-231.

– Gérard Le Bouedec: «Philippe Haudrère, Les Compagnies des Indes orientales, trois siècles de rencontre entre Orientaux et Occidentaux», Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 114-2 | 2007, 202-205.

– Thierry Simon et Jean-Cyrille Notter: «Les «îlets»: enjeux pour un «archipel» au cœur de la Réunion», Les Cahiers d’Outre-Mer, 245 | 2009, 111-122.

 

Opere più antiche (accessibili su Gallica-France)

– Anonyme, 1883: Histoire abrégée de l’île Bourbon ou de la Réunion, depuis sa découverte jusqu’en 1880, par un professeur d’histoire, Impr. de G. Lahuppe (Saint-Denis)

– Pavie, 1845: Une chasse aux nègres-marrons. Texte paru dans La Revue des Deux Mondes le 1er avril 1845.

– Maillard, 1862: Notes sur l’île de la Réunion (Bourbon), Editeur Dentu (Paris).

– Héry, 1883: Fables créoles et Explorations dans l’intérieur de l’île Bourbon: esquisses africaines. Éditeur J. Rigal (Paris).

 

Isola della Réunion. Il tempio familiare sincretistico di Philippe.
Isola della Réunion.
Il tempio familiare sincretistico di Philippe.

 

__________________________
Testi di Yves Bergeret (il primo di ogni sezione)
e di Thomas Cantens (il secondo di ogni sezione).
Il saggio “Eléments de La Réunion” è di Thomas Cantens.
Traduzioni (e trasduzioni) di Francesco Marotta
__________________________

 

***

 

3 pensieri riguardo “Volcan gauche”

  1. L’ha ribloggato su ilcollomozzoe ha commentato:
    Traduzioni (e trasduzioni) di Francesco Marotta
    Testi di Yves Bergeret (il primo di ogni sezione)
    e di Thomas Cantens (il secondo di ogni sezione).
    Il saggio “Eléments de La Réunion” è di Thomas Cantens.

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