D’en haut / Dall’alto (seconda parte)

Le Grand Veymont et Mont Aiguille

Mohamed Mbougar Sarr

Représenter la montagne, c’était la préserver de l’oubli mais également de la malveillance: c’était traduire dans l’acte artistique à la fois un amour et un sacerdoce. Mais, surtout, c’était refuser qu’elle demeurât simplement un paysage: les signes lui donnaient vie, ils rendaient audible sa parole, et éclatante son action. Droite, grande, imposante, majestueuse, la montagne pour lui était une vigie dont les paroles étaient toujours propitiatoires, puisqu’elles disaient (mais que sacrifiait la montagne pour jouir de cette faveur?) ce qui arrivait, ce qui était au loin encore.

D’en haut
(Août 2014)

Dall’alto
(Agosto 2014)

Pour Yves
(Per Yves
)

La rencontre

Le vieil homme était poète et peintre. Le jeune homme écrivait des romans, et c’est pour cela qu’il ne croyait pas en l’indicible. Ils s’étaient rencontrés quelques mois auparavant, lors d’un colloque dont le thème était «La soif d’une poétique de l’espace», qu’un professeur du jeune homme, qui connaissait le vieux poète, avait organisé. Le vieil homme devait intervenir. Sa communication avait été intitulée «L’horizon de mon verbe est toujours vertical».

Ce titre énigmatique qu’il lui donna – et dont il refusa malicieusement de rien dire qui pût l’expliciter, hormis que c’était un bel alexandrin- assura à la conférence du vieil homme un grand succès, d’audience et de critique. Le vieux poète y avait émis cette idée, provocatrice et paradoxale, mais qu’il défendit avec courage, talent et érudition: que la poésie n’était rien d’autre qu’une géométrie sans espace. Le jeune homme avait été intrigué et, après les mille et une questions qui fusèrent lorsque le poète eût conclu, s’était timidement rapproché de lui.

– Bonjour, Monsieur.

– Bonjour, Monsieur.

– Je m’appelle Hamidou, je suis étudiant. Mr Arsène est mon professeur.

– Ah! Jean m’a en effet beaucoup parlé de vous. Enchanté de vous rencontrer enfin, Hamidou.

– Tout l’honneur est pour moi, Monsieur Alexandre.

– Appelez-moi Raphaël.

– Je voulais, Monsieur Alexandre…

– Allons, je vous en prie.

– … Je voulais, Raphaël, parvint à articuler le jeune homme, vous dire rapidement quelque chose au sujet de votre merveilleuse intervention.

– A deux conditions: que vous ménagiez ma dignité de vieillard et que vous soyez indulgent envers ma susceptibilité de vieux poète.

– Oui, oui, bien sûr… Je n’oserai pas, vous savez. Je voulais simplement vous dire que ce que j’ai compris de votre conférence, c’est que l’espace de la poésie, c’est la parole pleine: ce qui nomme tout le monde en se déplaçant partout en lui. Et que la géométrie sans espace, c’est toute l’action de la parole libre dans tout le monde: non seulement le monde tel qu’on peut le tracer, mais aussi le monde qui n’a pas de géométrie. J’ai compris que la poésie, c’est le déplacement de la parole dans un grand espace dont la poésie seule peut esquisser le cadastre. Est-ce que j’ai bien compris?

Le vieil homme avait regardé Hamidou par-dessus ses lunettes quelques secondes, puis avait souri avec malice avant de répondre d’une voix enjouée.

– Eh, Hamidou, c’est plutôt moi qui devrais demander si j’ai bien compris. Il faut que nous parlions plus longuement pour répondre chacun à l’autre. Vous voulez bien? Vous êtes disponible demain pour un café ? On peut se tutoyer?

Le dialogue était né ainsi. Le soir même, Raphaël invita le jeune homme à lui rendre visite chez lui, dans la montagne, quelques semaines plus tard. Hamidou, quoiqu’intimidé par cet honneur, avait accepté.

L’incontro

Il vecchio era poeta e pittore. Il giovane scriveva romanzi, ed è per questa ragione che non credeva nell’indicibile. Si erano incontrati qualche mese prima, durante un convegno il cui tema era «L’esigenza di una poetica dello spazio», organizzato da un professore del giovane che conosceva il vecchio poeta. Costui era uno dei relatori e la sua comunicazione aveva per titolo «L’orizzonte della mia parola è sempre verticale».

Il titolo enigmatico che aveva scelto – e di cui maliziosamente rifiutò di dire qualcosa che potesse spiegarlo, tranne che si trattava di un bel verso alessandrino – assicurò un grande successo, di pubblico e di critica, al suo intervento. Il vecchio poeta vi aveva espresso l’idea, provocatrice e paradossale, ma da lui difesa con coraggio, talento ed erudizione, che la poesia non fosse nient’altro che una geometria senza spazio. Il giovane ne era rimasto affascinato e, dopo le tantissime domande che gli erano state rivolte quando ebbe concluso, cercò timidamente di avvicinarlo.

– Buon giorno, signore.

– Buon giorno a lei, signore.

– Mi chiamo Hamidou, sono uno studente. Il signor Arsène è il mio professore.

– Ah! In effetti Jean mi ha parlato molto di lei. Felice di incontrarla alla fine, Hamidou.

– L’onore è tutto mio, signor Alexandre.

– Mi chiami Raphaël.

– Io volevo, signor Alexandre…

– Andiamo, la prego.

– … Io volevo, Raphaël, riuscì a dire il giovane, illustrarle brevemente una mia idea in merito al suo meraviglioso intervento.

– A due condizioni: che lei tratti con riguardo la mia dignità di anziano e che sia indulgente nei confronti della mia suscettibilità di vecchio poeta.

– Sì, sì, certamente… Non oserei mai, glielo assicuro. Volevo semplicemente esporle quello che ho capito della sua conferenza, e cioè che lo spazio della poesia è la parola nella sua pienezza, è ciò che dà nome a ogni cosa muovendosi ovunque. E che la geometria senza spazio è l’azione della parola libera nel mondo: non solo il mondo che è possibile descrivere, ma anche quello privo di geometria. Ho capito che la poesia è lo spostamento della parola in uno spazio sconfinato di cui essa soltanto è in grado di tracciare la mappa. Ho compreso bene?

Il vecchio aveva scrutato per qualche secondo Hamidou da sopra i suoi occhiali, poi aveva sorriso in modo malizioso prima di rispondere con voce allegra.

– Eh, Hamidou, mi sa che sono io che dovrei chiedere se ho capito bene. E’ necessario che ne parliamo più a lungo se vogliamo dare una risposta ai nostri reciproci dubbi. Le può andar bene? E’ disponibile domani per un caffè? Possiamo darci del tu?

E’ così che era nato il loro dialogo. La sera stessa Raphaël invitò il giovane a fargli visita a casa sua, in montagna, nel giro di qualche settimana. Benché fosse intimidito da un tale onore, Hamidou aveva accettato.

***

Temple incliné

C’était le quatrième jour depuis le début de leur dialogue. Ils s’accordaient pendant la marche sur un thème qui avait trait à un événement, une sensation, une vue de la journée. Puis ils faisaient une halte pour dialoguer. Le vieil homme peignait, puis écrivait directement, sur le carton où la peinture avait séché, quelques aphorismes à l’encre de chine. Le jeune homme écrivait sur un petit carnet quelques lignes en prose, qu’il reportait plus tard sur le carton, à côté des mots du poète. C’est ainsi qu’ils tentaient chacun de répondre aux questions de l’autre, tout en lui en posant d’autres. Aujourd’hui, ils s’étaient arrêtés au bord d’un torrent.

Le premier jour, la montagne leur était apparue sous la forme d’un temple. De grandes colonnes de pierre le soutenaient et, entre ces piliers, le soleil filtrait. Le sommet de la montagne-temple s’inclinait légèrement vers la terre, comme si elle faisait preuve d’humilité malgré sa grandeur. Cette vision les avait emplis d’un mystérieux sentiment de déférence; l’alliance du silence, des colonnes de pierre et des rayons du soleil qui se glissaient dans leur espacement transformait la montagne en frontispice d’un temple grec. Cela les avait émus. Hamidou avait proposé, comme titre pour leur thème: «vivants piliers», mais Raphaël avait dit que cela renverrait trop systématiquement à Baudelaire. Il avait ensuite proposé «temple incliné», et le jeune homme avait trouvé l’idée bonne.

Tempio inclinato

Era il quarto giorno dall’inizio del loro dialogo. Si accordarono, durante la marcia, su un tema che avesse attinenza con un avvenimento, una sensazione, un’immagine particolare della giornata. Poi avrebbero fatto una sosta e ne avrebbero discusso. Il vecchio spazzolava, poi scriveva direttamente, sul cartoncino dove il colore si era asciugato, qualche aforisma con l’inchiostro di china. Il giovane scriveva su un piccolo blocco qualche riga in prosa, che più tardi riportava sul foglio accanto alle parole del poeta. E’ cosi che ognuno di loro cercava di rispondere alle domande dell’altro, proponendogliene di nuove. Oggi si erano fermati sulla riva di un torrente.

Il primo giorno la montagna gli era apparsa sotto forma di tempio. Grandi colonne di pietra lo sostenevano e, tra quei pilastri, filtrava la luce del sole. La vetta della montagna-tempio si inclinava leggermente verso la terra, come se desse prova di umiltà nonostante la sua grandezza. Quella visione li aveva pervasi di un misterioso sentimento di rispetto; l’unione del silenzio, delle colonne di pietra e dei raggi del sole che scivolavano tra le loro spaziature trasformava la montagna nella facciata di un tempio greco. Lo spettacolo li aveva emozionati. Hamidou aveva suggerito, come titolo del loro tema, «pilastri viventi», ma Raphaël aveva detto che rimandava con troppa immediatezza a Baudelaire. In seguito aveva proposto «tempio inclinato» e il giovane l’aveva trovata una buona idea.

Yves Bergeret, Temple incliné

Le souffle et le vide

Le deuxième jour, Emmanuelle les avait accompagnés. Cela faisait longtemps qu’elle n’était plus allée dans montagne, mais avait décidé d’y retourner. Le vieux poète s’en était réjoui, même s’il demanda à Emmanuelle si elle ne craignait pas de souffrir du manque d’entraînement.

– Elle commence à trop me manquer, avait-elle simplement répondu. J’espère n’avoir pas encore perdu mes réflexes, et qu’il me reste un peu d’endurance. Je ne voudrais pas être un poids pour vous.

Raphaël avait raconté à Hamidou qu’Emmanuelle, quelques années auparavant, avait été sa camarade de randonnée, et qu’ils allaient tous explorer la montagne chaque jour, sans relâche, avec une excitation juvénile. Un jour, malheureusement, Emmanuelle avait commencé à ressentir de vives douleurs dans le bas du dos, qui l’empêchèrent bientôt de soutenir un effort de marche trop important. A l’époque, elle avait même été contrainte par Monsieur Vassili, le médecin qu’ils voyaient tous deux, à un arrêt complet de toute marche en montagne pendant six mois au moins. Depuis cette période, Emmanuelle ne retournait que très peu en montagne, et pour de courtes promenades. Lorsqu’elle prit la décision d’accompagner Raphaël et Hamidou, cela devait faire presque dix mois qu’elle n’y était pas allée.

Elle avait marché entre les deux hommes. Hamidou, qui fermait la marche, avait soudain remarqué qu’elle était plus grande qu’elle en donnait l’air. Elle avait de grandes jambes fines, et sa démarche était agréable à regarder; elle semblait marcher au ralenti, quoiqu’elle avançât à belle allure. Elle avait attaché sa chevelure, et le jeune homme voyait sa nuque nue. Quelques mèches de cheveux s’y mêlaient à une fine sueur. Derrière le petit groupe, Caro, le chien d’Emmanuelle, trottinait.

Elle avait demandé au vieux poète qu’ils aillent sur un sommet qu’elle aimait. Le vieil homme avait protesté.

– Tu n’y penses pas, Emmanuelle. C’est l’une des montées les plus difficiles de la région. Tu n’es pas en état d’y aller. Je ne suis même pas certain de l’être moi-même.

– Je t’en prie, Raphaël. Cela fait dix mois que je me repose. C’était pour cette occasion. Ce sera peut-être ma dernière montée avant longtemps. Je ne sais pas si j’aurai l’occasion d’en refaire une. J’aimerais, peut-être pour la dernière fois, qu’on y aille ensemble. J’ai toujours aimé cet endroit.

Le vieil homme accepta, mais à condition qu’ils fassent plusieurs haltes pour permettre à Emmanuelle de reposer son dos.

Le sommet était une mince plate-forme sur laquelle ils ne tenaient qu’en file indienne. Autour, c’était le vide. Non pas le néant, mais le vide: le temps et l’espace qui entrecoupent un dialogue entre deux montagnes. De là-haut, ils voyaient toutes les montagnes, tous les alpages, tous les petits villages alentour, minuscules au fond des vallées. Le ciel semblait être quelques mètres au-dessus; les nuages allaient l’amble.
Autour, c’était le vide. C’était le souffle du vent qui leur portait le mugissement des torrents en contrebas, la rumeur du balancement des forêts qu’ils avaient traversées, et auquel se mêlait le grisollement des alouettes qu’ils voyaient furtivement s’élancer verticalement dans les airs, avant de retomber vertigineusement, comme si elles s’écrasaient. Qu’étaient-ils, au milieu de tout cela, de ce monde ignoré des hommes, en train de parler et de se faire?

Autour, c’était la montagne qui vivait et faisait vivre. Les hommes étaient loin, là-bas, avec leurs idées, leur bruit, leurs passions. Ils étaient loin, on ne les voyait pas.

– Tu vois Hamidou, dit le poète alors qu’une percée du soleil dégageait la vue vers le plus grand sommet de la région: la montagne n’est pas qu’un paysage, c’est aussi une action.

Caro s’agitait en remuant la queue. Emmanuelle s’était mise à l’écart, et ne disait rien. Le vent avait détaché ses longs cheveux blonds. Elle semblait heureuse.

Raphaël proposa qu’ils travaillent sur le thème du vide. Hamidou souhaitait plutôt qu’ils s’intéressent au souffle. Ils se rendirent vite compte que les deux étaient liés, et choisirent donc de dialoguer autour du souffle et du vide.

Sur le chemin du retour, il sembla à Hamidou qu’Emmanuelle, qui s’était rapprochée de Raphaël, pleurait silencieusement.

Il soffio e il vuoto

Il secondo giorno Emmanuelle li aveva accompagnati. Era da parecchio tempo che non andava più in montagna, ma aveva deciso di ritornarvi. Il vecchio poeta ne era stato felice, ma allo steso tempo le aveva chiesto se non temesse di soffrire per la mancanza di allenamento.

– La montagna comincia a mancarmi troppo, aveva semplicemente risposto. Spero di non aver perduto del tutto i miei riflessi e che mi rimanga un po’ di resistenza. Non vorrei essere un peso per voi.

Raphaël aveva raccontato a Hamidou che Emmanuelle, qualche anno prima, era stata sua compagna di escursioni, e che insieme andavano ad esplorare la montagna ogni giorno, senza sosta, presi da un fervore giovanile. Un giorno, malauguratamente, Emmanuelle aveva cominciato ad avvertire dei forti dolori al fondoschiena, che ben presto le impedirono di sostenere uno sforzo di marcia troppo intenso. A quell’epoca era stata anche convinta dal signor Vassili, il medico che entrambi frequentavano, ad astenersi completamente da ogni cammino in montagna per almeno sei mesi. Dopo questo periodo, Emmanuelle vi faceva ritorno solo saltuariamente, e per brevi passeggiate. Quando prese la decisione di accompagnare Raphaël e Hamidou, erano quasi dieci mesi che non vi era più andata.

Aveva camminato tra i due uomini. Hamidou, che serrava la fila, aveva spesso notato che era più grande di quella che sembrava. Aveva delle forti gambe sottili, e la sua andatura era gradevole da guardarsi; sembrava marciare al rallentatore, nonostante avanzasse con passo sostenuto. Aveva i capelli raccolti, e il giovane vedeva la sua nuca nuda. Qualche ciocca vi si mescolava a un sottile filo di sudore. Alle spalle del piccolo gruppo, Caro, il cane di Emmanuelle, trotterellava.

Aveva chiesto al vecchio poeta di recarsi su una cima che amava particolarmente, ma il vecchio si era mostrato in disaccordo.

– Tu non ci pensi, Emmanuelle, ma è una delle scalate più difficili della regione. Tu non sei in condizione di andarci, e io stesso non sono tanto sicuro di esserlo.

– Ti prego, Raphaël. Sono dieci mesi che sono a riposo, e proprio in previsione di un’occasione del genere. Probabilmente questa rimarrà la mia ultima ascesa per chissà quanto tempo. Mi piacerebbe, forse per l’ultima volta, andarci insieme. Ho sempre amato quel luogo.

Il vecchio si convinse, ma a patto che facessero parecchie soste per permettere a Emmanuele di riposare la sua schiena.

La cima era una sottile piattaforma sulla quale potevano stare solo in fila indiana. Intorno c’era il vuoto. Non il nulla, ma il vuoto: il tempo e lo spazio che intervallano un dialogo tra due montagne. Da lassù vedevano tutte le montagne, tutti gli alpeggi, tutti i piccoli villaggi intorno, minuscoli in fondo alle vallate. Il cielo sembrava essere appena qualche metro sopra di loro; le nuvole si muovevano in sincrono. Intorno c’era il vuoto. Il soffio del vento gli portava il suono intenso dei torrenti più in basso, il rumore del riequilibrio delle foreste che avevano attraversato, al quale si mescolava il canto delle allodole che essi vedevano furtivamente slanciarsi in verticale nell’aria, prima di ripiombare vertiginosamente come se dovessero schiantarsi. Che cos’erano, loro, in mezzo a tutto questo, in questo mondo ignorato dagli uomini, in procinto di parlare e di manifestarsi?

Intorno c’era la montagna che viveva e faceva vivere. Gli uomini erano lontani, laggiù, con le loro idee, il loro brusio, le loro passioni. Erano lontani, scomparsi alla vista.

– Vedi, Hamidou, disse il poeta non appena un varco di luce liberò la vista verso la più grande cima della regione: la montagna non è che un paesaggio, ma è anche movimento.

Caro si agitava dimenando la coda. Emmanuelle si era messa in disparte, e non diceva niente. Il vento aveva sciolto i suoi lunghi capelli biondi. Sembrava felice.

Raphaël propose di lavorare sul tema del vuoto. Hamidou preferiva invece che si occupassero del soffio. Si resero ben presto conto che i due temi erano strettamente connessi, e scelsero quindi di dialogare sul soffio e sul vuoto.

Sulla strada del ritorno, Hamidou ebbe l’impresione che Emmanuelle, che si era avvicinata a Raphaël, pregasse in silenzio.

***

Le signe

Ils étaient donc près d’un torrent situé au cœur de la montagne. L’eau bruissait de ressacs infinis; quelques rochers hérissaient sa surface, et autour de leurs arêtes, une écume rebelle s’agitait. Ils créèrent.

Pendant qu’ils travaillaient, Hamidou regardait attentivement le poète. Il le regardait parce qu’il espérait naïvement parvenir à percer à jour le secret de sa création poétique. Il s’éloignait pour n’avoir pas à le gêner, et, tout en écrivant ses quelques lignes en prose, ne quittait pas des yeux le vieil homme. Il était torse nu, comme toujours, et était agenouillé sur les galets qui bordaient le torrent.

Le vieux poète peignait la montagne, puis l’écrivait. Ce double état de la parole, graphique et littéraire, pictural et poétique, semblait être, pour le vieil homme, l’expression d’un désir: celui de rendre aux signes leur puissance incantatoire. Les poèmes qu’il composait, il ne les jugeait achevés qu’après les avoir lus à haute voix face à la montagne; les peintures qu’il réalisait n’étaient à ses yeux que l’inscription graphique par laquelle il appelait la montagne. Sa démarche n’était à l’évidence pas une simple démarche esthétique; et chacun de ses gestes, par sa précision, son ampleur et sa densité, était chargé d’une fonction autre. La montagne l’obsédait. Il était le dépositaire de son histoire, de son passé et de son présent; son geste n’était pas celui d’un collectionneur ou d’un simple esthète. Son geste était bien plutôt un geste de transmission d’une présence sacrale qu’il déchiffrait en permanence et partout.

Représenter la montagne, c’était la préserver de l’oubli mais également de la malveillance: c’était traduire dans l’acte artistique à la fois un amour et un sacerdoce. Mais, surtout, c’était refuser qu’elle demeurât simplement un paysage: les signes lui donnaient vie, ils rendaient audible sa parole, et éclatante son action. Droite, grande, imposante, majestueuse, la montagne pour lui était une vigie dont les paroles étaient toujours propitiatoires, puisqu’elles disaient (mais que sacrifiait la montagne pour jouir de cette faveur?) ce qui arrivait, ce qui était au loin encore. Hamidou avait l’impression que le poète croyait solidifier chaque pierre à chaque fois qu’il apposait un signe. Sa main, et le signe qu’elle traçait, était semblable à celui du chamane, qui agit par le mystère du signe cabalistique, en lequel est contenue toute la puissance de la parole magique, protectrice, révélatrice, fécondatrice.

Il y avait sans doute tout cela dans le geste du vieux poète, ce geste d’une noblesse pure, et qu’il exécutait depuis des décennies, et qui était au cœur de sa liturgie. Car toute création n’est qu’une liturgie, qu’aboutit la vibration d’une parole commune avec un lieu, un homme, une énergie. Agenouillé sur les galets qui bordaient le torrent, écoutant la parole en mouvement de l’eau, écoutant la parole minéralisée et fossilisée de la pierre, il recueille et transmet par son geste l’exceptionnelle densité de cet espace polyphonique. Il n’est pas que le lecteur de cet espace; qu’il le veuille ou non (car il est modeste), il en est aussi la mémoire nécessaire.

Ils finirent de créer après quatre heures de travail. Et alors qu’ils prenaient une collation, le vieux poète avait soudain dit à son jeune ami:

– Demain, Hamidou, il faut que je te montre une chose à laquelle je tiens beaucoup, et que je ne montre qu’à peu de gens. Je crois que tu dois la voir, tu as gagné ce droit. Rentrons. Il faudra se lever tôt si on veut y aller. Ca nous demandera des forces, et il faudra bien récupérer cette nuit.

Le jeune homme regarda longuement le poète. Il était partagé entre l’honneur qu’il ressentait à l’idée d’accéder une part d’intimité de cet être secret, et le désir pressant d’abreuver son ami de questions sur la nature de cette chose à laquelle il tenait tant. Il choisit finalement de ne rien dire, mais une lueur de gratitude profonde illuminait son visage juvénile.

Le vieil homme la remarqua et sourit avec une grande tendresse; puis, ayant fini leur petit repas, ils prirent leurs affaires et rentrèrent.

Il segno

Si erano fermati dunque vicino a un torrente che scorreva nel cuore della montagna. L’acqua sciabordava di risacche infinite; qualche roccia affiorava in superfice, e intorno alle sue sporgenze si agitava una schiuma irrefrenabile. Si dedicarono alle loro creazioni.

Mentre lavoravano, Hamidou guardava con grande attenzione il poeta. Lo guardava nella speranza ingenua di riuscire a far luce sul segreto della sua creazione poetica. Si teneva distante per non recargli intralcio, e, anche mentre era intento a scrivere qualche sua riga in prosa, non distoglieva gli occhi da lui. Era a torso nudo, come sempre, e inginocchiato sui sassi che costeggiavano il torrente.

Il vecchio poeta pettinava la montagna, poi la scriveva. Questa duplice modalità di parola, grafica e letteraria, pittorica e poetica, sembrava rappresentare, per lui, l’espressione di un desiderio: quello di restituire ai segni la loro potenza incantatrice. I poemi che componeva, non li giudicava compiuti se non dopo averli letti ad alta voce di fronte alla montagna; le pitture che realizzava, ai suoi occhi non erano che l’iscrizione grafica attraverso la quale si rivolgeva alla montagna. Il suo procedimento non era evidentemente solo un percorso estetico; e ogni suo gesto, nella sua precisione, ampiezza e densità, era portatore di una funzione altra. La montagna era la sua ossessione. Egli era il depositario della sua storia, del suo passato e del suo presente; il suo gesto non era quello di un collezionista o di un esteta, ma un’operazione di trasmissione di una presenza sacrale che egli leggeva costantemente e dappertutto.

Rappresentare la montagna significava preservarla dall’oblio e nello stesso tempo dalla malevolenza: era tradurre nell’espressione artistica, ogni volta, un amore e un sacerdozio. Ma, soprattutto, era rifiutare l’idea che rimanesse semplicemente un paesaggio: i segni le davano vita, rendevano udibile la sua parola, e scintillante il suo movimento. Dritta, grande, imponente, maestosa, la montagna era per lui una sentinella le cui parole erano sempre propiziatorie, poiché riferivano (ma cosa sacrificava la montagna per godere di questo privilegio?) ciò che era in arrivo, ancora lontano. Hamidou aveva l’impressione che il poeta credesse di rafforzare ciascuna pietra ogni volta che vi apponeva un segno. La sua mano, e il segno che essa tracciava, era simile a quella dello sciamano che opera attraverso il mistero del segno cabalistico, nel quale è contenuta tutta la potenza della parola magica, protettrice, rivelatrice, fecondatrice.

Certamente tutto questo era presente nel gesto del vecchio poeta, un gesto di nobiltà pura, che egli eseguiva da decenni, e che era il cuore pulsante della sua liturgia. Perché ogni atto creativo non è altro che una liturgia, che ha per fine la consonanza di una parola comune con un luogo, un uomo, un’energia. Inginocchiato sui sassi che costeggiavano il torrente, in ascolto della parola mobile dell’acqua, della parola minerale e fossile della pietra, egli raccoglie e trasmette col suo gesto l’eccezionale profondità di quello spazio polifonico. Egli non è che il lettore di quello spazio, e che lo voglia o meno (vista la sua modestia), egli ne è anche la memoria necessaria.

Portarono a termine le loro opere dopo quattro ore di lavoro. E mentre facevano uno spuntino, il vecchio poeta aveva subito detto al suo giovane amico:

– Domani, Hamidou, devo farti vedere una cosa alla quale tengo molto e che mostro solo a poche persone. Credo sia venuto il momento che tu la veda, te ne sei guadagnato il diritto. Rientriamo. Bisognerà alzarsi presto se vogliamo andarci. Il viaggio richiederà energie, e sarà bene recuperarle questa notte.

Il ragazzo guardò lungamente il poeta. Era diviso tra l’onore che provava all’idea di accedere a una parte intima di quell’essere segreto e il desiderio pressante di tempestare il suo amico di domande sulla natura di quella cosa alla quale teneva tanto. Scelse alla fine di non chiedere niente, ma una luce di profonda gratitudine illuminava il suo giovane volto.

Il vecchio la notò e sorrise con grande tenerezza; poi, consumato un piccolo pasto, raccolsero i loro oggetti e rientrarono.

Mohamed Mbougar Sarr

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Il testo originale di Mohamed Mbougar Sarr, nato in Senegal
nel 1990 e recente vincitore del prestigioso Prix Kourouma,
è tratto da qui.
Traduzione di Francesco Marotta.
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