D’en haut / Dall’alto (terza parte)

Bouquetin - Grand Veymont

Mohamed Mbougar Sarr

La prétention des hommes ne sert plus à rien, ici. Ils n’y sont plus que des éléments d’un espace qui les déborde, et qu’ils ne maîtrisent pas. Ils y sont l’égal de la marmotte, du loup, de l’alouette, de la pierre. Leur parole n’y est pas plus audible ou plus autoritaire ou plus légitime. Il n’y a rien qu’ils puissent imposer. Il faut accepter que la parole soit ouverte à tout ou se condamner. Il faut écouter ou se perdre. Il faut dialoguer ou mourir.

D’en haut (Août 2014)

Dall’alto (Agosto 2014)

Pour Yves (Per Yves)

Les ombres blanches

Ils avaient commencé l’ascension depuis moins d’une heure lorsque le brouillard commença à s’étendre. Le poète, qui savait ce que pouvait être la marche dans ces conditions, hésita un moment à continuer. Hamidou ne disait rien. Raphaël réfléchit quelques minutes.

– On continue, finit-il par dire. Je pense qu’il se dissipera rapidement. Le vent du sud ouest est souvent fort, pendant cette période de l’année.

Le jeune homme fut soulagé. Il voulait continuer, connaître ce secret que le poète voulait lui montrer, auquel il tenait tant. Ce secret, lui avait confié le poète la veille, se trouvait non loin du plus haut sommet de la région, à presque trois mille mètres d’altitude.

Ils continuèrent donc. Jusqu’à mille mètres, la montée n’avait pas été si différente des précédentes, et ils avaient rencontré d’autres marcheurs. Ceux-ci, pour la plupart, redescendaient. Quelques uns se contentaient de regarder le jeune homme et le poète d’une curieuse façon, sans rien dire; d’autres, cependant, après de joyeuses salutations, les mettaient en garde: «on voulait aller là-haut, mais c’est impossible avec ce brouillard. Le pire, c’est qu’il va s’épaissir au cours de la matinée. Faites attention, les cairnes sont à peine visibles, un peu plus haut, sur les hauts plateaux.»

Ils continuèrent toutefois. Hamidou parvenait encore, comme la marche s’était jusque là faite dans une sorte de sous-bois, à voir ce qu’il y avait immédiatement autour de lui. Le brouillard était là, mais ne voilait pas entièrement le regard; il se manifestait par de fines nappes, nombreuses mais sans grande épaisseur, qui flottaient dans l’air sans l’alourdir. Les formes des arbres, des rochers, des hommes, des montagnes, se voyaient encore assez clairement, même si la vue commençait d’être troublée, et que l’œil devait s’employer, scruter longuement ces formes avant de bien les reconnaître et les situer. Hamidou pensait que l’ombre des canopées du sous-bois, jointe au brouillard naissant, favorisait l’obscurité, et qu’ils y verraient tous deux mieux lorsque le terrain serait plus dégagé.

Il se trompait. Lorsqu’ils sortirent du sous-bois et atteignirent les hauts plateaux sommitaux, le brouillard s’épaissit soudain. Ce qui, quelques centaines de mètres plus bas, n’était que fines nappes que le moindre souffle dissipait, devint, sans sommations, une brume, un grand voile blanc et lourd, tournoyant sur lui-même, mais impossible à bouger. Les hauts plateaux sommitaux, dont, hier encore, les paysages hiératiques et sauvages, dépouillés et rocheux, de pins et de lapiaz, étaient écrasés d’une lumière qui soulignait leur beauté minérale, leur beauté calcaire, étaient désormais recouverts par une ombre blanche qui n’en accentuait plus que l’atmosphère d’angoisse.

Le vieux poète, qui ouvrait la marche, comme à son habitude, était impassible. Mais il savait que les derniers mille cinq cent mètres d’ascension allaient être éprouvants, pour le corps comme toujours, mais aussi, et plus rudement, pour l’âme. Derrière lui, il sentait les pas du jeune homme, qui semblaient être plus proches que lors des précédentes ascensions. Le poète fut content que son jeune ami, par peur ou par réflexe pratique, le talonnât davantage. C’était sa première expérience de marche dans le brouillard. Il devait être inquiet, sans doute. Mais il devait aussi apprendre. Le brouillard, comme le soleil, comme la pluie, comme l’orage, est un langage de la montagne, de la nature, auquel l’homme devait apprendre à répondre avec respect, courage et dignité.

Ils n’avaient plus rencontré personne depuis qu’ils avaient quitté la forêt. Les seuls bruits qu’ils entendaient étaient celui de leurs pas sur la roche, et celui du brouillard, qui était une espèce de rumeur sans origine, présente partout dans l’air, diffuse. Ils ne distinguaient les formes que lorsqu’elles étaient à moins de dix mètres environ; au-delà, elles se perdaient dans le brouillard, indistinctes, invisibles, spectres d’un lieu qui semblait soudain être devenu inamical. Ils ne voyaient plus même les cairnes de loin. Ceux-ci n’apparaissaient plus que brusquement, au détour d’un sentier, étrangement grands et fantomatiques, puis se fondaient dans la grisaille comme ils en avaient surgi. Ces tas de pierre, qui d’habitude les guidaient, semblaient maintenant vouloir les perdre. De temps en temps, ils croyaient apercevoir le sommet de la montagne, mais il était impossible de dire si cela était vrai ou une illusion: l’espace semblait se déplacer dans la brume, et les repères, se brouiller les uns après les autres.

Cela faisait un certain temps – combien, ils ne n’auraient su le dire – qu’ils marchaient dans le brouillard épais. Ils n’avaient plus échangé beaucoup de paroles depuis qu’ils avaient pénétré dans le haut plateau. Régulièrement, d’une voix grave, le poète demandait :

– Ca va, Hamidou?

– Oui, ça va, Raphaël, répondait le jeune homme.

Puis c’était tout, et ils continuaient à marcher dans le désert d’ombres et de brumes. Hamidou croyait parfois entendre –mais était-ce vraiment cela?- le vieux poète murmurer: «oui, c’est par là».

Plusieurs fois, il lui sembla qu’ils passaient par un endroit qu’il reconnaissait, mais comment en être certain? Les repères s’effaçaient ou étaient alors identiques. Ils tombaient sur une couche de glace entourée de roches et, quelques minutes plus tard, une autre couche de glace entourée de roches semblables surgissait, et il fallait la traverser ou la retraverser. Hamidou sentait aussi la proximité du vide: quelque chose, quelques chose de grand, non loin, s’ouvrait, et il y avait comme un appel auquel il avait envie de répondre. Ses pas parfois semblaient le trahir ou ne plus lui obéir, et plusieurs fois il se surprit à quitter le sillage du poète, qui était pourtant la seule chose rassurante et connue de ce lieu. Il devait alors faire preuve d’une grande volonté pour ne pas céder au désir de l’abîme.

Il faisait froid et lourd. Ils commençaient tous deux à respirer bruyamment. Le soleil était mort ou exilé. L’air étouffait. Les cairnes semblaient avoir été détruits; géants tout à l’heure, ils n’étaient plus désormais que timides monticules de pierre, incertains du sens qu’ils indiquaient. Aucun d’eux, pourtant, ne songea un seul instant à s’arrêter – pour faire quoi? – ni à faire demi-tour – pour aller où? -; ils avaient compris qu’il fallait continuer à marcher, malgré tout.

Il y eut soudain une trouée de lumière.

– Arrête-toi un instant et regarde, dit le poète. Regarde la vie qu’il y a autour de nous, malgré ce brouillard.

Le soleil, ressuscité, éclaira tout le plateau. Le corps de la montagne apparut, proche et puissant; son sommet se perdait dans les nuages. A leur droite, des prairies s’étendaient, que tâchaient des nappes de neige. A leur gauche, il y avait un désert de lapiaz: le calcaire, dans cette atmosphère, éclatait, beau et sauvage, semblable aux dernières clartés d’un ciel avant l’orage. Et soudain, au loin, à trois cent ou quatre cent mètres, au milieu de ces roches fendues, ils voient une forme qui bondit, agile et rapide, majestueuse et craintive. Le chamois s’arrête, regarde dans leur direction. Cela dure quelques secondes, mais il s’y exprime une fraternité mystérieuse. Fraternité de condition, de fragilité, de force pourtant. Il n’y a dans ce face-à-face qu’égalité. La prétention des hommes ne sert plus à rien, ici. Ils n’y sont plus que des éléments d’un espace qui les déborde, et qu’ils ne maîtrisent pas. Ils y sont l’égal de la marmotte, du loup, de l’alouette, de la pierre. Leur parole n’y est pas plus audible ou plus autoritaire ou plus légitime. Il n’y a rien qu’ils puissent imposer. Il faut accepter que la parole soit ouverte à tout ou se condamner. Il faut écouter ou se perdre. Il faut dialoguer ou mourir. C’est ce que le chamois demande au jeune homme et au poète de dire aux hommes. Puis, insaisissable, il bondit et disparaît derrière des rochers. La trouée de lumière se referme. Le brouillard retombe dru. La montagne s’y enveloppe, les prairies s’y fondent, les lapiaz s’en recouvrent. Il faut continuer la marche.

Hamidou sait désormais qu’ils ne sont pas seuls, et qu’ils ne l’ont jamais vraiment été. Le brouillard même, qui semble pourtant les isoler, est leur interlocuteur, l’unique oreille de leur épopée.

Ils reprirent la marche vers le sommet de la montagne, et le secret du vieil homme.

– Ca va?

– Oui, ça va, répondit le jeune homme.

– Nous allons bientôt reprendre le chemin vers le sommet. Nous devrions y être dans trois quarts d’heure. Tu as faim?

– Je préfère attendre qu’on y soit pour manger.

– Moi aussi.

Ils se tournerent. Le brouillard semblait encore s’être davantage épaissi, et Hamidou ne voyait plus que le pull rouge du poète à quelques mètres devant lui. Mais étrangement, bien qu’il fût plus épais, le brouillard lui paraissait moins menaçant.

– Hamidou?

– Oui, Raphaël?

– Est-ce que tu as eu peur, même quelques instants, que nous soyons perdus?

– Non, répondit calmement le jeune homme.

– Non? Nous avons pourtant erré, et j’ai moi-même douté un temps de ma mémoire du lieu.

– Moi, je n’en ai pas douté. Pour tout te dire, je ne me suis jamais senti perdu même si je voyais bien que nous errions, parfois. Je ne crois pas que tu puisses te perdre dans cette montagne. Et je t’y suivrai les yeux fermés, même si tu étais toi-même aveugle.

– Je te remercie, dit simplement le poète à voix basse.

Ils marchèrent ainsi, dans le silence et le brouillard, pendant un quart d’heure environ. Puis, progressivement, le brouillard commença à se dissiper, à se déplacer vers le nord.

– Le vent du sud ouest, enfin. Il s’est fait attendre, mais je ne m’étais pas trompé quant à sa venue.

Waxi mag du fanaan ala, daï guddee rek (1), dit le jeune homme dans une des langues de son pays, avant d’expliquer au poète ce que cela signifiait.

Raphaël proposa qu’ils mangent avant d’attaquer la dernière montée. D’ici là, croyait- il, le brouillard serait complètement passé, et ils y verraient plus clair. Ils s’assirent donc à l’orée d’une pente dont on ne voyait pas le sommet. Le vieux poète avait expliqué au jeune homme que le sommet était au bout de la pente, qui n’était pas très longue, mais qui était très difficile et presque raide par endroits. Il lui conseilla de le suivre scrupuleusement, et de mettre ses pas dans les siens. Le jeune homme lui répondit que c’est ce qu’il avait toujours fait depuis le début. Ils mangèrent, et le brouillard, comme Raphaël l’espérait, finit de se dissiper totalement. Ils furent heureux de sentir à nouveau la chaleur du soleil, et de profiter enfin de ces paysages dont le brouillard les avait privés. Ils entendaient de temps en temps le sifflement d’une marmotte quelque part dans une prairie, et cela remplissait le poète d’une joie enfantine.

– Ce sont les premières qui se réveillent!

Hamidou profitait du spectacle, mais son esprit tout entier était déjà tourné vers le secret que le poète voulait lui confier.

[(1) Proverbe wolof (Sénégal) qui, littéralement, dit: «la parole de la personne âgée ne passe jamais la nuit en brousse, même si elle arrive parfois tard.» Dicton pour souligner la sagesse et la clairvoyance d’esprit des personnes âgées, dont les paroles et prévisions se réalisent toujours, longtemps même, parfois, après qu’elles les aient dites.]

Le ombre bianche

Avevano cominciato la salita da meno di un’ora quando la nebbia cominciò a espandersi. Il poeta, che sapeva bene quali rischi comportava la marcia in quelle condizioni, esitò alquanto prima di continuare. Hamidou non diceva niente. Raphaël riflettè per qualche minuto.

– Continuiamo, disse alla fine. Penso che la nebbia si dissiperà rapidamente. Il vento di sud-ovest è sovente forte in questo periodo dell’anno.

Il giovane si sentì risollevato. Aveva voglia di continuare, di conoscere quel segreto che il poeta voleva partecipargli, al quale teneva tanto. Quel segreto, come gli aveva confidato prima della partenza, si trovava non lontano dalla più alta cima della regione, a quasi tremila metri di altezza.

Dunque, continuarono. Fino ai mille metri, la salita non era stata tanto differente dalle precedenti, ed essi avevano incontrato altri marciatori. Una buona parte di loro ridiscendeva. Qualcuno si contentava di guardare il giovane e il poeta con curiosità, senza dire niente; altri, al contrario, dopo festosi saluti, li mettevano in guardia: «volevamo andare fino in cima, ma con questa nebbia è impossibile. La cosa peggiore è che sta ispessendosi nel corso della mattinata. State attenti, le sporgenze sono appena visibili, un po’ più in su, sugli altipiani.»

Tuttavia continuarono. Hamidou riusciva ancora, durante il cammino percorso fin là in una specie di sottobosco, a vedere ciò che c’era nelle sue immediate vicinanze. La nebbia persisteva, ma non impediva completamente la visuale; si manifestava in sottili banchi, numerosi ma poco densi, che flottavano nell’aria senza gravarla particolarmente. Le forme degli alberi, delle rocce, degli uomini, delle montagne, si distinguevano ancora abbastanza chiaramente, anche se la vista cominciava a offuscarsi e l’occhio doveva sforzarsi, scrutare lungamente quelle forme prima di poterle ben riconoscere e posizionare. Hamidou pensava che l’ombra della vegetazione del sottobosco, unitamente alla nebbia montante, favorisse l’oscurità, e che avrebbero avuto una vista migliore non appena il terreno fosse diventato più spoglio.

Si sbagliava. Quando uscirono dal sottobosco e raggiunsero gli altipiani sommitali, la nebbia diventava ancora più fitta. Quella che qualche centinaio di metri più in basso non era che sottili banchi che il minimo soffio dissipava, divenne, senza esagerazione, una bruma compatta, un grande velo bianco e spesso, vorticante su se stesso, ma impossibile da smuovere. Gli alti pianori della cima, i cui paesaggi ieratici e selvaggi, spogli e rocciosi, costellati di pini e lapislazzuli, appena ieri erano investiti da una luce che faceva risaltare la loro bellezza minerale, la loro bellezza calcarea, erano ormai ricoperti da un’ombra bianca che non ne accentuava altro che l’atmosfera angosciante.

Il vecchio poeta che, come al solito, apriva la marcia, rimaneva impassibile. Eppure sapeva che gli ultimi mille e cinquecento metri di ascesa sarebbero stati particolarmente difficili, per il corpo sicuramente, ma anche, e in modo ancora più duro, per l’anima. Sentiva dietro di lui i passi del giovane, che sembravano più vicini che nelle precedenti ascensioni. Fu contento che il suo giovane amico, per paura o per un riflesso istintivo, lo tallonasse più assiduamente. Era la sua prima esperienza di marcia nella nebbia. Doveva essere inquieto, sicuramente. Ma doveva anche imparare. La nebbia, come il sole, come la pioggia, come il temporale, è un linguaggio della montagna, della natura, al quale l’uomo doveva imparare a rispondere con rispetto, coraggio e dignità.

Dopo aver lasciato la foresta, non avevano incontrato più nessuno. Gli unici rumori che sentivano erano quello dei loro passi sulla roccia e quello della nebbia, una sorta di rumore senza origine, presente ovunque nell’aria, diffuso. Non distinguevano le forme se non quando erano a meno di dieci metri di distanza; oltre, si perdevano nella nebbia, indistinte, invisibili, fantasmi di un luogo che sembrava essere diventato improvvisamente ostile. Non scorgevano più nemmeno le sporgenze da lontano. Queste apparivano improvvisamente, a una svolta del sentiero, stranamente grandi ed evanescenti, poi scomparivano nel grigiore così come ne erano spuntate. Quegli ammassi di pietra, che abitualmente gli facevano da punti di riferimento, sembravano ora volerli disorientare. Di tanto in tanto credevano di intravedere la cima della montagna, ma era impossibile dire se si trattasse di verità o di illusione: lo spazio sembrava spostarsi nella nebbia, e i riferimenti confondersi gli uni dopo gli altri.

Era da un bel po’ di tempo – quanto, non avrebbero saputo dirlo – che camminavano nella nebbia fitta. Non avevano più scambiato molte parole dopo che si erano inoltrati sull’altopiano. Di tanto in tanto, con voce decisa, il poeta domandava:

– Tutto bene, Hamidou?

– Sì, tutto bene, Raphaël, rispondeva il giovane.

Poi più nulla, e continuavano ad avanzare nel deserto d’ombre e di brume. Hamidou credeva talvolta di sentire – ma si trattava proprio di questo? – il vecchio poeta mormorare: «sì, è da quella parte».

Più di una volta gli sembrò che stessero attraversando un luogo che riconosceva, ma come esserne certi? I riferimenti scomparivano o erano allora tutti uguali. Scivolavano su uno strato di ghiaccio circondato di rocce e, qualche minuto dopo, un altro strato di ghiaccio simile al primo pareva spuntare, e bisognava attraversarlo o riattraversarlo. Hamidou avvertiva anche la vicinanza del vuoto: qualcosa, qualcosa di grande, non lontano, si apriva, e si percepiva come un richiamo al quale si desiderava rispondere. I suoi passi talvolta sembravano tradirlo o non obbedirgli più e sempre più spesso si sorprese ad abbandonare la scia del poeta, che rimaneva tuttavia la sola presenza rassicurante e conosciuta di quel luogo. Allora doveva fare un grande sforzo di volontà per non cedere all’ebbrezza dell’abisso.

Faceva un freddo opprimente. Entrambi cominciarono ad ansimare. Il sole era morto o esiliato. L’aria era asfissiante. Sembrava che i rilievi fossero stati spianati; giganteschi in ogni altro momento, ora non erano più che timidi tumuli di pietra, inaffidabili per la direzione che indicavano. Nessun di loro, tuttavia, pensò un solo istante di fermarsi – per fare cosa? – né di fare dietro front – per andare dove? -; avevano capito che, malgrado tutto, bisognava continuare a camminare.

All’improvviso si aprì uno squarcio di luce

– Fermati un istante e osserva, disse il poeta. Guarda la vita che c’è intorno a noi, nonostante questa nebbia.

Il sole, resuscitato, rischiarò tutto l’altopiano. Il corpo della montagna apparve, vicino e possente; la sua cima si perdeva tra le nuvole. Alla loro destra si estendevano delle praterie punteggiate di chiazze innevate. Alla loro sinistra, una distesa deserta di lapislazzuli: il calcare, in questo ambiente, brillava, bello e selvaggio, simile agli ultimi chiarori di un cielo prima del temporale. E all’improvviso, in lontananza, a tre o quattrocento metri, in mezzo a quelle rocce piene di crepe, videro una forma che saltava, agile e rapida, maestosa e guardinga. Il camoscio si ferma, guarda nella loro direzione. Dura pochi secondi, ma vi si esprime tutto il senso di una fratellanza misteriosa. Fratellanza di condizione, di fragilità, e tuttavia di forza. In quel faccia a faccia non c’è nient’altro che uguaglianza. Qui la presunzione degli uomini non serve più a niente. Qui essi non sono che elementi di uno spazio che li sovrasta e che non dominano. Qui sono pari alla marmotta, al lupo, all’allodola, alla pietra. La loro parola non vi risuona più udibile o più autoritaria o più legittima. Non vi è niente che possano imporre. Bisogna accettare che la parola sia aperta a tutto o condannarsi. Bisogna ascoltare o perdersi. Bisogna dialogare o morire. E’ questo che il camoscio chiede al giovane e al poeta di riferire agli uomini. Poi, inafferrabile, salta via e sparisce dietro alcune rocce. Il varco di luce si richiude. La nebbia ricade fitta. La montagna vi si avvolge, le praterie vi si sciolgono, i lapislazzuli se ne ricoprono. Bisogna riprendere il cammino.

Hamidou ora sa che essi non sono soli, e che non lo sono mai stati veramente. La stessa nebbia, che pure sembra isolarli, è loro interlocutrice, l’unico orecchio della loro epopea.

Ripresero il cammino verso la sommità della montagna, e verso il segreto del vecchio.

– Tutto bene?

– Sì, tutto bene, rispondeva il giovane.

– Stiamo per rimetterci in marcia verso la cima. Dovremmo esserci in tre quarti d’ora. Hai fame?

– Preferisco aspettare di arrivarci, prima di mangiare.

– Anch’io.

Si voltarono. La nebbia sembrava ancora più fitta di prima, e Hamidou non vedeva altro che il maglione rosso del poeta qualche metro davanti a lui. Ma stranamente, nonostante fosse più spessa, la nebbia gli sembrava meno minacciosa.

– Hamidou?

– Sì, Raphaël.

– Non hai avuto paura, anche per pochi istanti, che ci fossimo perduti?

– No, rispose tranquillamente il giovane.

– Davvero? Eppure abbiamo errato, e io stesso ho dubitato per un po’ della mia memoria del luogo.

– Io non ho mai avuto dubbi. Per dirtela tutta, non mi sono mai sentito perso, anche se vedevo bene che di tanto in tanto erravamo. Io non credo che tu possa perderti in questa montagna. E io ti ci seguirei a occhi chiusi, anche se tu fossi cieco.

– Ti ringrazio, disse semplicemente il poeta a bassa voce.

Camminarono così, nel silenzio e nella nebbia, per un quarto d’ora circa. Poi, progressivamente, la nebbia cominciò a diradarsi, a spostarsi verso nord.

– Il vento di sud-ovest, finalmente. Si è fatto attendere, ma non mi ero sbagliato in merito alla sua venuta.

Waxi mag du fanaan ala, daï guddee rek (1), disse il giovane in una delle lingue del suo paese d’origine, prima di spiegare al poeta cosa significasse.

Raphaël propose di mangiare prima di attaccare l’ultimo tratto di salita. Nel frattempo, supponeva, la nebbia si sarebbe completamente diradata ed essi avrebbero avuto una visuale migliore. Si sedettero dunque al limitare di un pendio di cui non si vedeva la sommità. Il vecchio poeta aveva spiegato al giovane che la cima era alla fine del pendio, che non era molto lungo ma molto difficile da percorrere e qua e là particolarmente ripido. Gli consigliò di seguirlo scrupolosamente e di tenere i passi attaccati ai suoi. Il giovane gli rispose che era proprio quello che aveva sempre fatto fin dall’inizio. Mangiarono, e la nebbia, come Raphaël sperava, si dissolse del tutto. Furono felici di sentire di nuovo il calore del sole, e di godere infine di quei paesaggi di cui la nebbia li aveva privati. Di tanto in tanto sentivano il sibilo di una marmotta da qualche parte in una prateria, e ciò colmava il poeta di una gioia infantile.

– Sono le prime che si risvegliano!

Hamidou si godeva lo spettacolo, ma il suo spirito era già interamente rivolto verso il segreto che il poeta voleva confidargli.

[(1) Proverbio wolof (Senegal) che, letteralmente, significa: «la parola della persona anziana non trascorre mai la notte nella savana, anche se qualche volta rientra tardi». E’ un detto che sottolinea la saggezza e la chiaroveggenza di spirito delle persone anziane, le cui parole e previsioni si realizzano sempre, spesso anche molto tempo dopo che le hanno pronunciate.]

Yves Bergeret, Temple incliné

L’abandon

La dernière montée était difficile, et le jeune homme était bien heureux, finalement, qu’ils aient mangé avant de l’entreprendre. Le sentier était escarpé et tortueux à la fois. Il fallait suivre de grands lacets pour avancer d’une centaine de mètres. Les éclats de calcaire qui pavaient le chemin le rendaient ardu, voire dangereux: la moindre vibration, le moindre pas mal posé déclenchait un petit éboulis qui pouvait entraîner une glissade. Plusieurs fois, Hamidou crut tomber, et autant de fois, il vit Raphaël, devant lui, vaciller malgré l’assurance de son pas. Il n’y avait pas de vide, mais une pente, longue, et sur laquelle se dressaient des rochers aux extrémités acérées. Tomber, là, pouvait être aussi dangereux que s’il se fût agi d’une chute dans le vide.

C’était la montée la plus technique et la plus physique qu’ils avaient eu à faire depuis qu’ils étaient là. Hamidou souffrait. La traversée du brouillard l’avaient nerveusement épuisé, même s’il en était sorti heureux. Il se rendait compte, tandis qu’ils gravissaient la dernière difficulté, que le brouillard l’avait aussi physiquement fatigué. Il ne savait pas combien de temps ils avaient marché dans la brume. Longtemps, peut-être des heures. Ses jambes lui faisaient mal, et il avait l’impression que chaque pas qu’il effectuait pouvait être le dernier. Mais il ne l’était pas, et il avançait, lentement, derrière le vieux poète, entraîné par son sillage. Une forme d’obscure énergie semblait les lier, et leurs pas étaient accordés: ceux de Raphaël tiraient Hamidou, ceux d’Hamidou poussaient Raphaël. Il existe une gémellité de la marche; elle ne s’exprime que dans l’effort le plus ultime, lorsque chaque mouvement est la potentielle explosion du corps, qui ne garde toutefois son équilibre que parce qu’un autre corps, à proximité, le soutient et compte aussi sur lui.

Ce n’est pas de la simple émulation, ni une imbécile lutte pour l’honneur. Lors de ses premières montées, Hamidou avait lutté contre sa faiblesse, mû par la seule crainte de perdre la face devant le défi de la montagne et devant le regard du poète. Il avait refusé la faiblesse par orgueil. Son effort n’était soutenu que par l’émulation que lui inspirait la montagne et Raphaël. Mais au cours des montées suivantes, il avait appris à se déprendre de la tyrannie de cet orgueil solitaire. Il avait peu à peu appris, jusque dans la fatigue, jusque dans la faiblesse, à faire corps avec la montagne et avec le poète. Faire corps: généralement, cela veut dire s’unir; ou plus exactement, cela veut dire refuser que les corps soient des solitudes irrémédiables, mais une unité. Faire corps, c’est donc s’abandonner: abandonner ses forces, ses faiblesses, à l’autre, qui en fait de même. C’est, fondamentalement, se confier. Faire corps est une confession: c’est l’un des derniers actes dans lesquels l’homme cherche encore à éprouver une vérité collective, à découvrir le mystère d’une humanité sans fards, sans masques, fondée sur l’absence du mensonge. Dans cette dernière montée, le poète et le jeune homme faisaient corps: ils se confiaient l’un à l’autre, et il y avait là un seul corps qui marchait à l’assaut de la pente, vers les sommets. Devant l’expérience de la limite et de la souffrance, le corps ne ment jamais; il n’a pas la subtilité de l’esprit, et c’est ce manque de subtilité qui le fait toujours paraître dans sa vérité première. Lorsque deux corps qui souffrent se confient l’un à l’autre, une humanité est de nouveau possible, qui est peut-être plus sûre que l’humanité tissée par le seul esprit ou la seule intelligence.

Il n’y avait pas de place pour les mots. Le dialogue était silencieux, tissé de souffles courts, d’inspirations longues. La montagne elle-même semblait adopter cette économie du langage au fur et à mesure qu’elle s’élevait. Il y avait de moins en moins de végétation. Que de la pierre. Que de la pierre qui montait vers un sommet encore inconnu. Et toute parole désormais devait épouser cette verticalité, se dépouiller des aspérités et ornements, et aller vers les hauteurs nues. Toute parole, ici, semblait ne devoir plus être que précise, droite, liée au sens de la montagne. Sens comme direction, vecteur: la verticalité. Sens comme signification, valeur: la droiture, l’éthique dans l’action dans le monde. «L’horizon de mon verbe est toujours vertical»: Hamidou croyait enfin comprendre, peut-être…

Raphaël tomba soudain. Son pied avait glissé sur une pierre plus friable qu’elle n’en avait l’air, et qui avait cédé. Hamidou se précipita sur lui.

– Monsieur Alexandre!

– Ah, je tombe et… (il était essoufflé) et tu m’appelles de… de nouveau Monsieur Alexandre! Les chutes inspirent rire ou … (il haletait) respectueuse commisération. Je vois que c’est plutôt la seconde… que la mienne… (il dit un mot qu’Hamidou ne comprit pas à cause du halètement) Une fois de plus… tu me vieillis!

Il avait repris son air tragique, ce qui signifiait qu’il faisait la comédie. Hamidou fut soulagé.

– Arr… (lui aussi était essoufflé) Arrête… de dire des bêtises. Ca va?

– Ne t’inquiète pas… Ma cheville n’a pas tourné, et heureusement que je n’ai pas… chuté dans la pente… Re… Regarde, on est bientôt arrivés!

Hamidou leva la tête. Le sentier sur lequel ils étaient s’achevait quelques dizaines de mètres plus haut. Mais à cause de la pente, il ne voyait pas ce qu’il y avait au-delà.

– Qu’est-ce qu’il…

– Tu verras, le coupa le poète, qui reprenait lentement son souffle en se relevant. Pour les derniers mètres, je te laisse passer devant.

Hamidou passa donc devant, et ils repartirent.

L’abbandono

L’ultima salita era difficile, e il giovane era ben felice, alla fine, che avessero mangiato prima di attaccarla. Il sentiero era sconnesso e insieme tortuoso. Bisognava seguire dei grandi tornanti per avanzare di un centinaio di metri. Le schegge di calcare che pavimentavano il sentiero lo rendevano arduo, quando non pericoloso: la minima vibrazione, il minimo passo mal posato smuoveva un piccolo detrito che poteva provocare un ruzzolone. Più di una volta Hamidou credette di cadere, e altrettante vide Raphaël vacillare, davanti a lui, nonostante la sicurezza del suo passo. Non c’era il vuoto, ma un pendio lungo sul quale si ergevano delle rocce dalle estremità appuntite. Cadere, là, poteva essere pericoloso quanto precipitare nel vuoto.

Era la scalata più tecnica e più fisica che avevano dovuto fare da quando erano là. Hamidou soffriva. La traversata della nebbia l’aveva snervato, anche se ne era uscito felicemente. Si rendeva conto, mentre affrontavano quell’ultima difficoltà, che la nebbia lo aveva anche fisicamente provato. Non sapeva quanto tempo avevano camminato nella bruma. A lungo, forse per delle ore. Le gambe gli facevano male, e aveva come l’impressione che ogni passo ulteriore poteva essere l’ultimo. Ma non lo era, ed egli avanzava, lentamente, dietro il vecchio poeta, trascinato dalla sua scia. Una forma di oscura energia sembrava legarli, e i loro passi procedevano accordati: quelli di Raphaël trainavano Hamidou, quelli di Hamidou sospingevano Raphaël. Esiste una gemellanza della marcia; essa si esprime solo nello sforzo più estremo, quando ogni movimento è una potenziale esplosione del corpo, che conserva tuttavia il suo equilibrio perché un altro corpo, nelle vicinanze, lo sostiene e allo stesso tempo conta su di lui.

Non è una questione di emulazione, né una stupida lotta per l’onore. Durante le sue prime scalate, Hamidou aveva lottato contro la sua debolezza, mosso solo dal timore di perdere la faccia di fronte alla sfida della montagna e davanti allo sguardo del poeta. Aveva rifiutato la debolezza per orgoglio. Il suo sforzo non era sostenuto che dall’emulazione che gli suscitavano la montagna e Raphaël. Ma nel corso delle scalate successive aveva imparato a sottrarsi alla tirannia di quell’orgoglio solitario. Egli aveva lentamente appreso, proprio nella fatica, proprio nella debolezza, a fare corpo con la montagna e con il poeta. Fare corpo: in genere significa unirsi; o, più esattamente, rifiutare che i corpi siano delle solitudini irrimediabili, ma un’unità. Fare corpo, dunque, è abbandonarsi: abbandonare le proprie forze, le proprie debolezze, all’altro, che fa la stessa cosa. E’, fondamentalmente, affidarsi. Fare corpo è una confessione: è uno degli ultimi atti nei quali l’uomo cerca ancora di sperimentare una verità collettiva, di scoprire il mistero di un’umanità senza trucchi, senza maschere, fondata sull’assenza di menzogna. In quell’ultima salita, il poeta e il giovane facevano corpo: si affidavano l’uno all’altro, ed era un solo corpo quello che andava all’assalto del pendio, verso le cime. Davanti all’esperienza del limite e della sofferenza, il corpo non mente mai; non ha la sottigliezza dello spirito, ma è proprio questa mancanza che lo fa apparire nella sua verità primigenia. Quando due corpi che soffrono si affidano l’uno all’altro, una umanità è di nuovo possibile, e forse è più sicura dell’umanità tessuta dal solo spirito e dalla sola mente.

Non c’era posto per le parole. Il dialogo era silenzioso, fatto di respiri corti, di lunghe inspirazioni. La montagna stessa sembrava adottare questa economia del linguaggio man mano e a misura che si innalzava. C’era sempre meno vegetazione che pietra. Pietra che saliva verso una sommità ancora sconosciuta. E ogni parola, oramai, doveva sposare questa verticalità, spogliarsi di asperità e ornamenti, e andare verso le altezze nude. Ogni parola, qui, pareva non dovesse più essere meno che precisa, dritta, legata al senso della montagna. Senso come direzione, vettore: la verticalità. Senso come signicato, valore: la dirittura, l’etica in atto nel mondo. «L’orizzonte della mia parola è sempre verticale»: Hamidou era convinto alla fine di aver compreso, forse…

All’improvviso Raphaël cadde. Il suo piede era scivolato su una pietra più friabile di quella che appariva, e aveva ceduto. Hamidou si precipitò su di lui.

– Signor Alexandre!

– Ah, io cado e…(era senza fiato) e tu mi chiami di… di nuovo Signor Alexandre! Le cadute suscitano riso o… (ansimava) rispettosa commiserazione. Vedo che qui c’è più la seconda… che la mia… (disse una parola che Hamidou non capì a causa dell’ansimare). Ancora una volta… tu mi fai sentire vecchio!

Aveva ripreso la sua aria tragica. Ciò significava che stava recitando. Hamidou si sentì sollevato.

– Sme… (anche lui era senza fiato) Smettila… di dire sciocchezze. Va bene?

Non ti preoccupare… La mia caviglia non si è distorta, è per pura fortuna che non sono… precipitato per il pendio… Gua… Guarda, siamo finalmente arrivati!

Hamidou alzò la testa. Il sentiero sul quale si trovavano terminava qualche decina di metri più in alto. Ma, a causa del pendio, non vedeva ciò che c’era al di là.

– Che cosa…

– Lo vedrai, lo interruppe il poeta, che lentamente riprendeva il suo respiro e si rialzava. Per questi ultimi metri, ti lascio stare davanti.

Hamidou passò dunque davanti, e ripartirono.

Yves Bergeret, Temple incliné

D’en haut

Lorsqu’il bascula de l’autre côté de la pente, Hamidou ne vit d’abord rien. Une intense lumière régnait sur le sommet, qui l’aveugla. Il ferma les yeux, surpris. Puis, après quelques secondes, les rouvrit. Il n’y avait rien. C’était une espèce de plateau désertique écrasé par le soleil et balayé par le vent. Les yeux remplis de questions, il se retourna vers le poète, qui venait d’apparaître au sommet de la pente.

– Oui, je sais, fit Raphaël. Tous ceux qui sont venus ont d’abord eu la même réaction, de surprise et de déception mêlées. Mais avance un peu.

Hamidou, machinalement, perplexe, fit quelques pas dans le plateau. Et tout à coup, il s’arrêta, comme pétrifié.

– Tu l’entends? demanda derrière lui le vieux poète.

Hamidou l’entendait, en effet. C’était la voix de la montagne, pleinement entendue enfin, mêlant dans une seule parole les mots du vent, du soleil, de l’eau, des arbres, du chamois et de la marmotte, de l’alouette, de l’homme, du ciel et du buis, de la gentiane, du brouillard, de la pierre, des vallées, des vallons, des alpages, des cols et des torrents, du lapiaz, de chaque pierre de chaque cairne. Ce n’était pas qu’un effet de son imagination, ni une symphonie cacophonique de tous les bruits de cet univers: c’était une véritable voix, mélodieuse et douce. Depuis qu’il le connaissait, Hamidou entendait Raphaël évoquer la parole de la montagne. Le jeune homme croyait qu’il ne s’agissait que d’une parole symbolique, exprimée par ce que la montagne offrait d’états, de déclinaisons, d’expériences. Evidemment, c’était tout cela, mais, Hamidou venait de le découvrir, c’était autre chose encore. La parole de la montagne n’était pas que symbolique: elle était là, remplissant le sommet de sa poésie, audible.

Ce que cette parole disait en ce moment même n’appartient qu’à Hamidou. La montagne, comme la mer, dit toujours quelque chose à chaque homme qui accepte de dialoguer profondément avec elle. Ce quelque chose est une vérité singulière, propre à chaque homme. Hamidou, recueilli, entendait enfin la sienne.

Il se tourna et chercha des yeux Raphaël. Celui-ci n’était plus derrière lui. Affolé, craignant que tout ceci fût un rêve, il s’agita, et fut sur le point de crier.

– Non, ne crie pas. Cet endroit n’a jamais été le théâtre d’un cri.

Raphaël était à deux cent mètres environ devant lui. Comment s’était-il retrouvé là sans qu’Hamidou le remarquât? Le jeune homme l’ignorait. Et comment arrivait-il à entendre si clairement sa voix alors qu’il était à cette distance ? Il l’ignorait aussi.

– Viens, dit la voix du poète. Hamidou avança vers lui. Ce n’est que lorsqu’il arriva à sa hauteur qu’Hamidou vit que Raphaël était au pied d’une espèce de paroi de pierre, de couleur ocre. Hamidou ne l’avait pas remarquée lorsqu’il avait embrassé le plateau du regard pour la première fois. Mais la paroi était là. Elle semblait être le pan d’un grand rocher. Hamidou ne comprenait plus rien, mais il s’abandonna et fit corps avec la montagne…

A côté de lui, Raphaël était d’une rassurante sérénité. Ses cheveux semblaient plus blancs, et ses yeux, plus bleus. Le poète ouvrit son sac, et en sortit un grand pinceau ainsi qu’une palette de couleurs, qu’il tendit à Hamidou.

– Cet espace t’est réservé, lui dit-il. Il t’est réservé depuis très longtemps. Ecris et peins ce que la montagne te dit.

– Est-ce que d’autres ont fait ça avant moi? demanda le jeune homme.

Le vieux poète sourit, et demanda à Hamidou de le suivre. Ils firent le tour du rocher. Hamidou vit des signes inscrits, des poèmes écrits, des dizaines de figurations dont il ne comprenait parfois pas le dessin ni le sens. Il vit aussi des signatures, des noms de personnes qu’il ne connaissait pas pour la plupart, ou dont Raphaël lui avait seulement vaguement parlé. Et, entre toutes ces signatures, il reconnut le nom d’Emmanuelle, ainsi que celui de son professeur, Jean Arsène.

– Maintenant, c’est à toi, lui dit Raphaël.

– Oui, répondit Hamidou. Mais d’abord, j’aimerais voir ce que tu as écrit et peint sur ce rocher.

Le vieux poète sourit. Hamidou comprit aussitôt: Raphaël n’avait rien écrit ou peint sur ce rocher. Il n’en avait pas besoin, car il entendait en permanence la voix de la montagne. Son corps était jumeau de la montagne, et ce que la montagne disait, il l’exprimait chaque jour, dans chaque geste, dans chaque marche, dans chaque œuvre. Ce rocher était pour ceux qui avaient peu à peu, laborieusement, appris la langue de la montagne; lui, Raphaël, ne l’avait pas apprise: c’était, d’une certaine manière, sa langue maternelle.

Le jeune homme, avant de commencer à écrire sur l’espace qui lui était réservé, jeta un regard sur ce qui les entourait. D’en haut, il voyait le monde entier et tellement plus encore.

-C’est beau, murmura-t-il.

Puis il se tourna vers la paroi, et ferma les yeux. La voix de la montagne était toujours là, nette et douce. Sa parole était claire. Hamidou savait parfaitement ce qu’il allait écrire.

Orsay, le 7 août 2014.

Dall’alto

Quando si ritrovò dall’altro lato del pendio, Hamidou in un primo momento non vide niente. Sulla cima dominava una luce intensa che lo accecò. Chiuse gli occhi, sorpreso. Poi, dopo qualche secondo, li riaprì. Non c’era niente. Era una specie di altopiano desertico flagellato dal sole e spazzato dal vento. Con gli occhi pieni di domande, si girò verso il poeta, che stava comparendo alla sommità del pendio.

– Sì, lo so, disse Raphaël. Tutti quelli che ci sono venuti hanno dapprima avuto la stessa reazione, di sorpresa e delusone insieme. Ma prova ad andare più avanti.

Hamidou, meccanicamente, perplesso, mosse qualche passo sull’altopiano. E, di colpo, si fermò, come pietrificato.

– La senti? gli chiese il vecchio dietro di lui.

Hamidou la sentiva, davvero. Era la voce della montagna, pienamente intesa alla fine, che mischiava in una sola parola quelle del vento, del sole, dell’acqua, degli alberi, del camoscio e della marmotta, dell’allodola, dell’uomo, del cielo e del bosso, della genziana, della nebbia, della pietra, delle valli, delle conche, degli alpeggi, dei colli e dei torrenti, dei lapislazzuli, di ogni pietra di ogni ammasso. Non si trattava di un effetto della sua immagnazione, né di una sinfonia cacofonica di tutti i rumori di quell’universo: era una voce vera, melodiosa e dolce. Dopo che l’ebbe conosciuta, Hamidou comprese cosa intendesse Raphaël quando evocava la parola della montagna. Il giovane credeva che non si trattase d’altro che di una parola simbolica, espressa attraverso ciò che la montagna offriva in quanto a condizioni, declinazioni, esperienze. Evidentemente era tutto questo, ma, e Hamidou lo stava scoprendo, era qualcos’altro ancora. La parola della montagna non era solo simbolica: era là, inondava la cima con la sua poesia, udibile.

Ciò che quella parola diceva in quello stesso momento non appartiene che a Hamidou. La montagna, come il mare, dice sempre qualcosa a ogni uomo che accetta di dialogare profondamente con lei. Quel qualcosa è una verità singolare, propria di ciascun uomo. Hamidou, assorto, ascoltava infine la sua.

Si girò e cercò gli occhi di Raphaël. Costui non era più dietro di lui. Sconvolto, temendo che tutto fosse solo un sogno, si agitò e fu sul punto di gridare.

– No, non gridare. Questo luogo non è mai stato teatro di un grido.

Raphaël era a duecento metri circa davanti a lui. Come faceva a trovarsi là senza che Hamidou lo notasse? Il giovane lo ignorava. E come riusciva a sentire con tanta chiarezza la sua voce se era a quella distanza? Ignorava anche questo.

– Vieni, disse la voce del poeta.

Hamidou avanzò verso di lui. Fu solo quando arrivò alla sua altezza che vide Raphaël ai piedi di una specie di parete di pietra, di colore ocra. Hamidou non l’aveva notata quando aveva abbracciato con lo sguardo l’altopiano la prima volta. Ma la parete era là. Sembrava un lato di una grande roccia. Hamidou non capiva più niente, ma si abbandonò e fece corpo con la montagna.

Accanto a lui, Raphaël era di una serenità rassicurante. I suoi capelli sembravano più bianchi, e i suoi occhi più azzurri. Il poeta aprì il suo zaino e ne tirò fuori un grande pennello insieme a una tavolozza di colori che porse a Hamidou.

– Questo spazio ti è riservato, disse. Ti è riservato da tantissimo tempo. Scrivi e dipingi quello che la montagna ti dice.

– Altri l’hanno fatto prima di me? domandò il giovane.

Il vecchio poeta sorrise, e chiese a Hamidou di seguirlo. Fecero il giro della roccia. Hamidou vide dei segni incisi, dei poemi scritti, decine di raffigurazioni di cui talvolta non comprendeva né il disegno né il senso. Vide anche delle firme, nomi di persone in buona parte sconosciute, o di cui Raphaël gli aveva solo vagamente parlato. E, tra tutte quelle firme, riconobbe il nome di Emmanuelle, e anche quello del suo professore Jean Arsène.

– Ora è tuo, gli disse Raphaël.

– Sì, rispose Hamidou. Ma prima mi piacerebbe vedere ciò che tu hai scritto e dipinto su questa roccia.

Il vecchio poeta sorrise. Hamidou ben presto comprese: Raphaël non aveva scritto niente, né aveva dipinto su quella roccia. Non ne aveva bisogno, perché egli sentiva costantemente la voce della montagna. Il suo corpo era gemello della montagna, e ciò che la montagna diceva egli lo esprimeva ogni giorno, in ogni gesto, in ogni cammino, in ogni opera. Quella roccia era per coloro che avevano, poco a poco, faticosamente, appreso la lingua della montagna; lui, Raphaël, non aveva dovuto impararla: era, in qualche modo, la sua lingua materna. Il giovane, prima di cominciare a scrivere nello spazio che gli era stato riservato, gettò un’occhiata sul paesaggio che li circondava. Dall’alto, vedeva il mondo intero e tanto di più ancora.

– E’ bello, mormorò.

Poi si girò verso la parete, e chiuse gli occhi. La voce della montagna era sempre là, netta e dolce. La sua parola era chiara. Hamidou sapeva perfettamente quello che stava per scrivere.

Orsay, 7 agosto 2014.

Mohamed Mbougar Sarr

__________________________ Il testo originale di Mohamed Mbougar Sarr, nato in Senegal nel 1990 e recente vincitore del prestigioso Prix Kourouma, è tratto da qui. Traduzione di Francesco Marotta. __________________________

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo di WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione /  Modifica )

Connessione a %s...

Questo sito utilizza Akismet per ridurre lo spam. Scopri come vengono elaborati i dati derivati dai commenti.