La sentenza di Caifa

La sentenza di Caifa, 1

Yves Bergeret

Le jugement de Caïphe
(à Piazza Armerina, en Sicile)

__________________________
Tratto da Carnet de la langue-espace
Testo e immagini di Yves Bergeret
Traduzione di Francesco Marotta
__________________________

Piazza Armerina, au cœur de la Sicile, est un volcan renversé où l’image, qui est fondatrice de société et de mythe, se met soudain à fonctionner énergiquement en tout sens, oubliant presque sa fonction de stabilisation de toute communauté humaine qui cherche harmonie et paix.

A la Villa Casale, les dieux antiques et les rites de leur sacré s’étalent au sol dans des mosaïques que l’on piétinait, sur lesquelles on dormait, mangeait et marchait. Dans la cathédrale un superbe Crucifix en bois peint sur ses deux faces, suspendu haut dans la nef, surplombe étrangement la tête des fidèles. Et voici qu’on a ces tout derniers temps découvert, magnifiquement restauré (et remis sous les yeux du public ces jours-ci!) dans une galerie du cloître de Santo Pietro, église et couvent franciscain du seizième siècle, une fresque étonnamment paradoxale. Une splendeur.

Il ne reste dans le cloître que cette fresque. Quel dialogue a-t-elle dans le passé entretenu avec celles des trois autres galeries, impossible de le savoir. Elle saute à nos yeux d’aujourd’hui. Une foule. Un brouhaha. Dans des cartouches de toutes formes, des traces d’écriture en latin, usées, effacées, de travers, droites, de travers. Beaucoup d’écriture vraiment, en latin rustique. Lettres écrites avec application à une époque où peu de gens pouvait les lire, même si ce couvent était alors un lieu académique doté d’une bibliothèque. C’est l’effet de brouhaha qui s’impose en premier. Un balbutiement grandiose et polycentré. De très nombreux personnages, tous masculins, presque tous en torse, sauf principalement un, s’opposent en deux groupes de part et d’autre d’un grand personnage assis sur un trône. De part et d’autre deux autres hommes sont assis aussi, sur leurs sièges de fonction. Les têtes, parfois sous d’étranges turbans orientaux, entrent à peine dans l’individualité de l’expression. Ce n’est pas la psychologie privée qui compte. C’est bien la foule en brouhaha.

La sentenza di Caifa, 8

Pourtant un peu en avant de tous, en bas, entier dans une bure sombre sous un manteau rouge se tient debout un solitaire pensif. Venu droit d’une fresque de Masaccio.

Les autres personnages semblent de toutes provenances, certains carrément de Piero della Francesca, d’autres de quelque peintre maniériste très ultérieur. Il ne semble pas qu’une seule main a peint cette fresque tant les personnages dans leur posture diffèrent, tant les écritures varient. Une humanité en palimpseste est venue au fil des décennies se déposer sur ce mur, dans le profil et la forme de ses visages mâles, dans les lignes d’écriture qui posent de fortes déclarations, inaudibles dans le brouhaha.

Les formes d’ensemble sont souples, les couleurs tendres et nuancées, émouvantes et vibrantes. La mer des formes, des lignes et des couleurs n’est pas en tempête, elle n’est pas agitée de puissants courants, elle n’a pas de tension qui la porterait vers quelque catastrophe. La fresque montre un vaste brassage lent et intense, souple et certain, un mouvement multiple et universel. Un mouvement masculin d’apparence mais où un long accouchement de l’humanité s’engage et va se dérouler en une ample contraction qui met la parole, la claire et abondante parole en brassage, en confusion, en reformulation profonde.

La sentenza di Caifa, 3

La fresque, on le comprend peu à peu, présente le jugement de Caïphe. Qui trône au centre, nouveau grand prêtre du Sanhédrin; à ses côtés, Anne, son prédécesseur plus expérimenté, l’assiste, sur un trône plus bas; et Ponce Pilate, le Romain qui détient le pouvoir ultime de l’occupant, assiste au jugement dont il se dédouane. Le Christ, homme banal, seul et humble, est debout au premier plan, un peu décentré. Le peintre ou les peintres de la fresque fixent dans la paradoxale pérennité de leur très vaste image le moment indécis, bref et scandaleux où la Trinité du Père, du Fils et de l’Esprit est dépossédée de ses sièges et de ses instruments; au moment où justement la parole se met dans le désordre du brouhaha. On reconnaît pourtant les deux parties: à gauche, parmi les anonymes Nicodème et Joseph d’Arimathie laissent lire leurs noms sur les cartouches de leurs paroles; à droite de Caïphe, les adversaires.

L’image habituellement enseigne et stabilise, elle exerce une fascination prédictive. La parole écrite en majuscules, ennoblie dans les cartouches et les phylactères, de même enseigne et stabilise, elle exerce une fascination prédictive. La parole peut même parfois se graver dans la pierre pour commémorer, pour délimiter un territoire ou lui attribuer une consécration, pour fixer, tel un décalogue, l’ordre rituel de la vie.

Or dans cette fresque aussi splendide qu’originale l’image et la parole se sont libérées vers l’autre face du monde, cachée, qui n’est pas satanique ni violente ni destructrice ; mais vers cette face du désordre généreux où le monde se reconstruit et où le dieu rajeuni par son propre sacrifice va remettre en mouvement ordonné le monde et toute l’humanité dont la moitié manque.

La sentenza di Caifa, 4

Et pour l’accomplissement du sacrifice, les trois croix du Golgotha arrivent tout en haut à gauche, par le côté des amis du Christ, croix dansant dans la future harmonie de deux jours après.

Me viennent à l’esprit les Jugement de Caïphe de Duccio à Sienne et de Giotto à Padoue. Mais surtout ceci: dans son Evangile selon saint Mathieu, Pasolini filme, avec sa radicalité tranchante et profondément humaine, le bref procès devant le Sanhédrin. Les turbans, certains visages, sont les mêmes, les rythmes graphiques du film et de la fresque se ressemblent. Mais Pasolini montre un monde dur où la parole christique se reçoit avec difficulté. La fresque de Piazza montre le débat au tribunal où les arguments devraient s’échanger. Ils ne s’échangent pas, la foule est pourtant bruyante, insistante. Car la parole humaine, dans cette fresque, s’enfonce dans la tendresse de la couleur, comme un mystère sensible.

 

La sentenza di Caifa, 2

 

La sentenza di Caifa
(a Piazza Armerina, in Sicilia)

Piazza Armerina, nel cuore della Sicilia, è un vulcano rovesciato dove l’immagine, fondatrice di società e di mito, improvvisamente si attiva con grande energia in ogni senso, fin quasi a dimenticare la sua funzione stabilizzatrice di ogni comunità umana che aspira all’armonia e alla pace.

A Villa del Casale, le antiche divinità e i riti a loro consacrati fanno mostra di sé sul pavimento, in mosaici calpestati sui quali si dormiva, si mangiava e si camminava. Nella cattedrale un superbo Crocifisso in legno dipinto sui due lati, sospeso in alto nella navata, sovrasta in modo affatto insolito le teste dei fedeli. E, scoperto recentemente e magnificamente restaurato (ed esposto al pubblico proprio in questi giorni), in una galleria del chiostro di San Pietro, chiesa e convento francescano del sedicesimo secolo, ecco un affresco straordinariamente inconsueto. Un vero splendore.

Nel chiostro resta soltanto questo affresco. Non è dato sapere quale relazione avesse in passato con quelli delle altre tre gallerie. Oggi possiamo ammirarlo, con la sua folla di personaggi vocianti. Riquadri ornati, di svariate forme, recano tracce di iscrizioni in latino, sbiadite, cancellate, di traverso, dritte, di traverso. Sono davvero tante le scritte, in un latino popolareggiante. Lettere tracciate con cura in un’epoca nella quale poche persone erano in grado di leggerle, anche se a quei tempi il convento era una sede accademica dotata di una biblioteca. E’ proprio l’impressione di un brusio incessante ad imporsi in un primo momento, un vociare potente ovunque diffuso. Numerosi personaggi, tutti maschili, quasi tutti ritratti a mezzo busto, tranne uno in particolare, si contrappongono in due schiere da una parte e dall’altra di una figura seduta su un trono. Su entrambi i lati, altre figure, anch’esse sedute sui loro scranni utilizzati per le funzioni. Le teste, talvolta ricoperte da strani turbanti orientali, sono appena tratteggiate nella loro individualità. Ciò che conta non è la psicologia del singolo ma la folla col suo vociare.

La sentenza di Caifa, 5

E tuttavia, un po’ più in rilievo rispetto agli altri, in basso, l’intera figura rivestita di un saio scuro sotto un mantello rosso, se ne sta in piedi un solitario personaggio pensieroso. Sembra appena uscito da un affresco di Masaccio.

Gli altri personaggi sembrano di varia provenienza, alcuni decisamente da Piero della Francesca, altri da qualche artista manierista di epoca successiva. Non sembra proprio che a dipingere questo affresco sia stata una sola mano, tanta è la diversificazione dei personaggi nelle loro differenti posture e la varietà delle iscrizioni. Una umanità in palinsesto è venuta nel corso dei decenni a posarsi su questo muro, nel profilo e la forma dei suoi visi maschili, nelle frasi scritte che contengono significativi messaggi, inudibili nel frastuono.

La forma dell’insieme è delicata, i colori tenui e sfumati, emozionanti e vibranti. Quel mare di forme, di linee e di colori non è in tempesta, non è agitato da forti correnti, non vi si avverte nessuna tensione che faccia presagire una catastrofe. L’affresco mostra una vasta mescolanza lenta e intensa, duttile e sicura, un movimento molteplice e universale. Un movimento all’apparenza maschile, ma dove un lungo parto di umanità si va compiendo, dispiegandosi in un’ampia contrazione che mette la parola, la chiara e rigogliosa parola, in rimescolamento, in confusione, in riformulazione profonda.

La sentenza di Caifa, 6

L’affresco, lo si capisce un po’ alla volta, raffigura la sentenza di Caifa, che troneggia al centro, nuovo e grande sacerdote del Sinedrio. Ai suoi lati, Anna, il suo predecessore più esperto, lo assiste, seduto su un trono più in basso, e Ponzio Pilato, il Romano che detiene il potere supremo dell’occupante, presenzia al giudizio dal quale si chiama fuori. Il Cristo, un uomo comune, solo e umile, è in piedi in primo piano, leggermente decentrato. L’autore o gli autori dell’affresco fissano nella paradossale perennità delle loro grandi immagini il momento incerto, breve e scandaloso, in cui la Trinità del Padre, del Figlio e dello Spirito Santo è spossessata delle sue sedi e dei suoi strumenti; il momento preciso in cui la parola si riversa nel disordine del frastuono. Le due parti, tuttavia, sono riconoscibili: a sinistra, in mezzo a tanti anonimi, Nicodemo e Giuseppe d’Arimatea mostrano, ben visibili, i loro nomi sotto i riquadri che contengono le loro parole; alla destra di Caifa, gli avversari.

L’immagine, di solito, insegna e stabilizza, esercita un’attrazione predittiva. La stessa parola può talvolta imprimersi nella pietra per commemorare, delimitare un territorio o consacrarlo, per fissare, alla stregua di un decalogo, l’ordine rituale della vita.

Ebbene, in questo affresco tanto splendido quanto originale l’immagine e la parola si sono liberate verso l’altra faccia del mondo, quella nascosta, che non ha niente di satanico, di violento o di distruttivo, ma è quella del disordine generoso dove il mondo si ricostruisce e il dio, ringiovanito dal suo stesso sacrificio, lo rimette in movimento ordinato insieme all’intera umanità di cui la metà manca.

La sentenza di Caifa, 7

E per l’adempimento del sacrificio, le tre croci del Golgota compaiono in alto a sinistra, dal lato degli amici del Cristo, croci danzanti nella futura armonia della resurrezione.

Mi vengono in mente la Sentenza di Caifa di Duccio a Siena e quella di Giotto a Padova. Ma soprattutto Pasolini che, nel suo Vangelo secondo Matteo, con la sua radicalità sferzante e profondamente umana, filma il breve processo davanti al Sinedrio. I turbanti, taluni volti, sono gli stessi; la successione delle immagini del film e quella dell’affresco si somigliano. Ma Pasolini mostra un mondo duro dove la parola di Cristo si fa strada con difficoltà. L’affresco di Piazza Armerina raffigura la discussione in tribunale, dove gli argomenti dovrebbero scambiarsi. Ciò non avviene, la folla è pertanto rumorosa, insistente. Perché la parola umana, in questo affresco, è tutta immersa nella tenerezza del colore come un mistero sensibile.

8 pensieri riguardo “La sentenza di Caifa”

  1. Ammirato e grato per la rapidità della traduzione (l’ articolo, bellissimo, di Yves è apparso appena ieri sul suo Carnet de la langue espace), continuo a ringraziare la Dimora perché prosegue nel proporre un poeta e un intellettuale di raro rigore etico e artistico, curioso dei luoghi e delle persone, delle lingue e delle culture e generoso nei confronti degli altri qual è Bergeret.

  2. *un mistero sensibile – lo sguardo di Yves Bergeret e la precisione di ogni suo incontro – che “verifica” quella che è e potrebbe essere la condizione umana, nell’incontro, sempre e comunque. Stamattina Yves mi raccontava proprio di questa sua “sorpresa” di Piazza Armerina – ed ecco che si può leggere lo scritto, grazie alla precisione di Francesco Marotta – grazie davvero a tutti e due e a questa Sicilia che sa stupire, sempre e comunque. Giampaolo

  3. Lunedì prossimo, proprio in Sicilia, a Catania si presenterà il libro – o la serie di nuovi scritti (“cicli”, come lui li chiamerebbe) – di Yves Bergeret, “Il cerchio di pietre”, traduzioni di Francesco Marotta (Edizioni Algra).

  4. Grazie è proprio vero che ho scoperto uno  storico  professionista che vuole entrare pienamente nella cultura e nell’ arte di comunicare proprie di un popolo che ha saputo integrare l’arte alla fede e la fede all’arte. don Ettore 

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo di WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione /  Modifica )

Google photo

Stai commentando usando il tuo account Google. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione /  Modifica )

Connessione a %s...

Questo sito utilizza Akismet per ridurre lo spam. Scopri come vengono elaborati i dati derivati dai commenti.