L’etranger à Auxerre

Yves Bergeret

Les mots avancent sur les lignes des rides,
à pas alternés, sur les crêtes de la montagne
où l’on se salue, vifs, calmes, clairs.

Le parole avanzano sul filo delle rughe,
a passi alterni, sulle creste della montagna
dove ci si saluta, vivi, sereni, chiari.

 

L’etranger à Auxerre
Lo straniero a Auxerre

Deux poèmes
Due poemi

 

Tratto da Carnet de la langue-espace.
Traduzione di Francesco Marotta.

 

Sur trois diptyques horizontaux de Clairefontaine 180 g au format A4, en quatre exemplaires, poème créé avec lavis d’encre de Chine, collages et acrylique par Yves Bergeret à Auxerre les 9 et 10 mai 2017; en regardant la voûte peinte au onzième siècle dans la crypte de la cathédrale.

Poema su tre dittici orizzontali di carta Clairefontaine di 180 gr di formato A4, in quattro esemplari, creato con lavis d’inchiostro di china, collage e acrilico da Yves Bergeret a Auxerre il 9 e 10 maggio 2017, osservando la volta dipinta dell’undicesimo secolo nella cripta della cattedrale.

 

1
Silencieux n’est pas mon cheval.
Muette n’est pas son encolure.
Docile n’est pas sa croupe.

En martelant le ciel de ses sabots
mon cheval a partout fait tomber
le badigeon de la peur, la couleur blanche.

 

Non è silenzioso il mio cavallo.
Non è remissiva la sua indole.
Non è docile la sua groppa.

Battendo il cielo con i suoi zoccoli
il mio cavallo ha fatto cadere ovunque
la crosta della paura, il colore bianco.

 

2
J’ai quatre ailes,
deux longues fines blanches d’abord,
puis deux beiges ou brunes
qui battent l’air comme séismes de montagne.

Je suis le souffle de chaque montagne,
le foie de chaque montagne.

Nous n’avons pas tous bouche muette.

 

Ho quattro ali,
due lunghe sottili bianche, prima di tutto,
poi due beige o brune
che scuotono l’aria come sismi montani.

Io sono il respiro di ogni montagna,
la collera di ogni montagna.

Non tutti hanno la bocca tappata.

 

3
Je chante à lèvres mi-closes,
la montagne entre debout sous la voûte.
Je chante, couarde la violence fuit,
la misère retourne sa main.
La paume étire ses rides, ses lignes.
Le chant étend le récit
du jeune désespéré qui traverse
au milieu des morts désert, guerre et mer.
Les mots avancent sur les lignes des rides,
à pas alternés, sur les crêtes de la montagne
où l’on se salue, vifs, calmes, clairs.

 

Canto a labbra socchiuse,
la montagna entra dritta sotto la volta.
Canto, codarda la violenza fugge,
la miseria rovescia la sua mano.
Il palmo distende le sue rughe, le sue linee.
Il canto prolunga il racconto
del giovane disperato che attraversa
in mezzo ai morti deserto, guerra e mare.
Le parole avanzano sul filo delle rughe,
a passi alterni, sulle creste della montagna
dove ci si saluta, vivi, sereni, chiari.

 

 

Sur trois polyptiques horizontaux à huit volets, chacun de 5,5 cm de haut par 13, en deux exemplaires, sur Bouffant 160 g, créé par Yves Bergeret les mêmes jours à Auxerre avec lavis d’encre de Chine et acrylique.

Su tre polittici orizzontali a otto scomparti, ciascuno di cm 5,5 di altezza per 13 cm, in due esemplari su carta Bouffant di 160 gr, creati da Yves Bergeret a Auxerre negli stessi giorni con lavis d’inchiostro di china e acrilico.

 

1
Te nommer allège ma dette.

 

Nominarti alleggerisce il mio debito.

 

*

 

A la lune pleine s’arrête net au milieu du pont
celui qui entend que même les grenouilles chantent
et voit que sa vie allait rouiller.

 

Nel chiarore lunare si arresta di colpo al centro del ponte
colui che sente che anche le rane cantano
e si accorge che la sua vita stava inaridendosi.

 

*

 

Dos voûté, bouche tombante,
même le cri de la colère a déserté
l’homme au cœur mutique.

 

Schiena curva, bocca cadente
anche il grido di rabbia ha abbandonato
l’uomo dal cuore ammutolito.

 

*

 

A la terrasse du bar que désertent les gens du bourg
je m’assieds: le bar des étrangers.

 

Sulla terrazza del locale disertato dai paesani
mi siedo: il bar degli stranieri.

 

*

 

2
A la proue l’écume:
langue que nous créons,
à bâbord vierge,
à tribord veuve.

 

A prua la schiuma:
la lingua che noi creiamo,
a babordo vergine,
a tribordo vedova.

 

*

 

Genoux émaciés
pédalier silencieux,
la côte longe le cimetière des noyés.
Arriverons-nous en haut avant la haine?
Avant leur désespoir?

 

Ginocchia smagrite
pedaliera silenziosa,
il versante costeggia il cimitero degli annegati.
Arriveremo in cima prima dell’odio?
Prima della loro disperazione?

 

*

 

Dans son téléphone, des photos épouvantables
de sa traversée, des noyés.
Il brasse les photos chaque nuit en jeu à jamais de cartes.
Si, si, le destin sera bon, fraternel.

 

Nel suo cellulare foto spaventose
della sua traversata, degli annegati.
Ogni notte le rimescola come in un gioco interminabile
di carte.]
Sì, sì, la sorte sarà benigna, fraterna.

 

*

 

Dans son sillage
une odeur de brousse, de cendres humides,
de nourrisson, de lin lavé
par les tornades carnassières de la pauvreté.

 

Nella sua scia
un odore di savana, di ceneri umide,
di lattante, di lino lavato
dalle tempeste voraci della povertà.

 

 

 

3
Il porte un anneau de fiançailles.
A qui? à l’ombre au centre?

 

Porta un anello di fidanzamento.
Di chi? dell’ombra al centro?

 

*

 

Les deux paumes à plat au sol
ou même les deux oreilles collées à terre.
Une racine le ramasse.
Il s’y regroupe.
Jamais.

 

I palmi premuti contro il suolo
o addirittura le orecchie incollate a terra.
Una radice lo trattiene.
Vi si avvinghia.
In qualche modo.

 

*

 

Il est parti de Guinée en cachette.
A pensé mourir entre les mains des trafiquants.
Il brûle dans la flamme de la flamme de la bougie.

 

E’ partito di nascosto dalla Guinea.
Ha creduto di morire nelle mani dei trafficanti.
Brucia nel cuore di fiamma della candela.

 

*

 

Source de la flamme
qui ne consume rien, sauf lui,
qui ne détruit rien sur notre montagne de sel.

 

Sorgente di una fiamma
che non consuma niente, tranne lui,
che non distrugge niente sulla nostra montagna di sale.

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