Il tratto che nomina (VII, 2)

Yves Bergeret

Le trait qui nomme
Il tratto che nomina

 

VII
La peau, l’eau

Remarques sur le onzième séjour au Mali, août 2004

VII
La pelle, l’acqua

Note sull’undicesimo soggiorno nel Mali, agosto 2004

 

Traduzione di Giuseppe Zuccarino.

 

2
Kaga toko et l’orage
Kaga toko e la tempesta

Après de terribles maux de dos qui m’ont vraiment gêné à la fin de la nuit, nous prenons ce matin l’itinéraire qui est peut-être le plus amène pour monter de Boni à Koyo: une longue marche vers le Nord, jusqu’à proximité du Carrefour de la piste et de la route goudronnée, et, de là, par des tours et détours dans la pente d’éboulis, on gagne le pied même de la falaise verticale. Le chemin que les Dogon ont aménagé ici dans un pli profond de la falaise s’appelle Kaga toko. Je l’ai parcouru à plus d’une reprise. J’aime son long tracé oblique dans la pente, les vues lointaines qu’il offre, son étape à mi parcours dans le creux d’une cascade que l’hivernage fait ruisseler sous le couvert de grands arbres; et on finit par gagner le plateau par un étroit couloir qu’ombragent des parois lisses, de beaux arbres frais parmi un léger courant d’air. L’inverse du climat fort rude de la région.

Dopo i terribili dolori alla schiena che mi hanno davvero tormentato verso la fine della notte, stamattina imbocchiamo il sentiero forse più bello per salire da Boni a Koyo, una lunga marcia verso il Nord, fino all’Incrocio tra la pista e la strada asfaltata, e, da lì, con molti giri e rigiri sul pendio franoso, fino a raggiungere la base stessa della falesia verticale. Il sentiero che i Dogon hanno apprestato qui in una piega profonda della falesia si chiama Kaga toko. L’ho percorso più volte. Mi piace il suo lungo tracciato obliquo nel pendio, i panorami lontani che offre, la tappa a metà cammino nella cavità di una cascata, che la stagione delle piogge fa sgorgare sotto il boschetto di grandi alberi; e si finisce coll’arrivare al pianoro tramite uno stretto corridoio reso ombroso dalle pareti lisce, dai begli alberi freschi in mezzo a una lieve corrente d’aria. Tutto l’opposto del clima, duro da sopportare, della regione.

Ce matin, le temps est lourd, le ciel plombé de nuages gris serrés, le vent continuel souffle de l’Est. Les deux peintres qui marchent avec nous nous pressent d’aller d’un meilleur pas. Mais la cascade est trop belle et, je dois bien le dire, trop rare pour que nous ne nous y arrêtions pas, ne serait-ce que, pour un instant, une bonne douche. Dembo et Hamidou nous pressent encore, montrent les nuages plus sombres. Derrière la dernière partie de la falaise que je vois au bout du plateau au Nord, les nuages sont très sombres; “l’orage arrive, allons vite, vite!”, insiste Hamidou.

Stamani il tempo è pesante, cielo plumbeo per via delle nubi fitte e grigie, vento continuo che soffia dall’Est. I due pittori che camminano con noi ci spingono a procedere con passo più rapido. Ma la cascata è troppo bella e, devo pur dirlo, troppo rara perché non ci fermiamo, foss’anche solo per fare, un attimo, una buona doccia. Dembo e Hamidou ci mettono ancora fretta, indicano le nuvole più scure. Dietro l’ultima parte della scogliera, che vedo all’estremità del pianoro a Nord, le nuvole sono in effetti scurissime; “la tempesta sta arrivando, andiamo, veloci, veloci”, insiste Hamidou.

Nous reprenons la montée, de blocs en blocs, grimpant les troncs entaillés que les Dogon ont coincés sur les empilements de blocs dans le fond de la gorge, nous montons. La gorge se resserre, deux mètres au plus séparent les deux parois lisses, il fait presque sombre et bientôt les premiers arbres du fond de la gorge l’obscurcissent, tandis que des bourrasques très violentes brassent en tous sens leurs branches et déjà de grosses gouttes tombent. Nous pressons encore le pas, mes épaules ruissellent vite de la pluie, bonne, tiède qui se déclenche et le tonnerre éclate. Nous courons presque, à perdre souffle, la pente se fait beaucoup moins rude, la gorge très étroite grogne dans le vent enragé, les rafales de pluie, les échos du tonnerre, la pente est presque horizontale, le débouché sur le plateau sommital est à portée de regard. Mais la pluie se déchaîne, très abondante, aveuglante même. Tout notre équipement va être trempé, nous n’y voyons presque rien. Nous courons sous un surplomb de roche à gauche et trouvons un peu d’abri, les jambes quand même éclaboussées de la pluie qui rebondit sur les dalles. Des petites cascades beiges surgissent partout, des torrents naissent dans le moindre creux, la moindre faille entre les rochers. Eclairs et tonnerre, très violentes bourrasques, un bref répit avec moins de vent et d’eau, mais encore et encore toute la violence de la tornade qui secoue la montagne.

Riprendiamo la salita sui blocchi di pietra, aggrappandoci ai tronchi intagliati che i Dogon hanno collocato sulle pile di blocchi al fondo della gola. Questa si restringe, restano due metri al massimo a separare le pareti lisce, è quasi buio e ben presto i primi alberi del fondo della gola la oscurano, mentre una burrasca violentissima spazza i loro rami in tutte le direzioni e cominciano a cadere le prime grosse gocce. Affrettiamo ancora il passo, dalle mie spalle sgocciola la pioggia, buona, tiepida, che si scatena, mentre si odono scoppi di tuono. Stiamo quasi correndo a perdifiato, la china diventa meno ripida, la gola strettissima rumoreggia per via del vento furioso, delle raffiche di pioggia, degli echi di tuono, la china si è quasi appianata e appare alla vista lo sbocco della gola sul pianoro sommitale. Ma la pioggia si scatena abbondante, persino accecante. Tutto il nostro equipaggiamento sarà presto inzuppato, non si vede praticamente più nulla. Corriamo sotto una sporgenza di roccia a sinistra e troviamo un po’ di riparo, anche se ci schizza sulle gambe la pioggia che rimbalza sulle lastre di pietra. Cascatelle marroncine sorgono ovunque, torrenti nascono in ogni più piccola cavità, in ogni minima fenditura tra le rocce. Lampi e tuoni, burrasca fortissima, una breve pausa con un po’ meno di vento e acqua, poi ancora e ancora tutta la violenza dell’uragano che scuote la montagna.

Une heure après tout est fini. L’eau coule en abondance partout, le ciel presse ses nuages plus loin. Nous sortons de sous notre surplomb. Marchons encore quelques centaines de mètres, pataugeant dans les flaques fraîches parmi les dalles. Voici, venant à notre rencontre, Alabouri et les autres peintres. “Nous avons eu peur pour vous, dit tout de suite Alabouri. Vous pouviez vous noyer. Quand la pluie tombe, on ne peut plus passer dans Kaga toko et il faut encore attendre deux heures après la fin de la pluie pour que les torrents et les cascades diminuent et permettent le passage”.

Un’ora dopo è tutto finito. L’acqua scorre in abbondanza dappertutto, il cielo spreme le sue nuvole più lontano. Usciamo da sotto la nostra sporgenza. Camminiamo ancora per poche centinaia di metri, sguazzando nelle pozze fresche in mezzo alle lastre di pietra. Ecco che ci vengono incontro Alabouri e gli altri pittori. “Abbiamo temuto per voi. Avreste potuto annegare. Quando cade la pioggia non si può passare nel Kaga toko e bisogna aspettare ancora due ore dopo che ha smesso di piovere perché i torrenti e le cascate diminuiscano e consentano il passaggio”.

Nous traversons maintenant ensemble les dalles et les ravinements du plateau. Dembo va devant. Vers l’Est, loin maintenant, on entend d’autres roulements de tonnerre. Au moindre creux, à la moindre petite falaise du plateau, de l’eau file et saute, beige, noueuse, puissante et lourde, affairée, labourante, bruyante. Notre itinéraire devient compliqué, tant les tourbillons temporaires l’entravent. Je vois l’eau travailler, comme à la main et à la pioche, le grès à l’apparence soudain tendre; profondes entailles où l’eau gratte et érafle et incise en roulant les grains de roche, les bris de terre, les bouts de végétation dure.

Adesso attraversiamo insieme le lastre e i burroni del pianoro. Dembo cammina davanti agli altri. Verso l’Est, in lontananza adesso, si sentono altri rimbombi di tuono. In ogni minima cavità o falesia dell’altopiano, l’acqua scorre e salta, marroncina, nodosa, potente e pesante, affaccendata, solcante, rumorosa. Il nostro itinerario diventa complicato, perché tanti vortici temporanei lo intralciano. Vedo l’acqua modificare, quasi usasse le mani e la zappa, l’arenaria, che di colpo appare tenera; intagli profondi, nei quali l’acqua gratta e scalfisce e incide facendo rotolare i granelli di roccia, i frantumi di terra, le punte di vegetazione dura.

Impossible maintenant pour nous de travailler sur les dalles, à même le sol, pour créer de nouveaux poèmes-peintures sur tissu, comme nous l’avions prévu, tant l’humidité ravage tout. Je demande à Alabouri s’il connaît une solution de rechange. “L’humidité ne va pas rester; suis-moi.” Nous marchons longuement, montons, descendons, petites escalades parfois compliquées; au passage, je découvre de multiples recoins, qu’en ce moment la turbulence de l’eau beige chahute, mais où les Dogon entretiennent leurs cultures, menus lopins travaillés jusqu’ici : loin du village, à force de patience, d’entêtement. Toute la montagne est un grand livre de savoirs et d’histoires, de rituels, de recettes et de trouvailles, de travaux modestes, à la main, têtus où chacun passe plusieurs jours par an, vient semer, vient observer, vient biner, vient écouter, vient récolter. Mais l’eau beige brasse tout en ce moment. Puis conflue vers Zogro, entre des parois oranges plus relevées, multiples torrents tourbillonnants pour se rejoindre en un seul très puissant bras torsadé qui fend la montagne ici et se jette dans le vide : d’en bas, dans la plaine, c’est la cascade de Bonsiri. Zogro aujourd’hui déborde d’énergie, de mouvement et, surtout, de bruit. Zogro ronfle puissamment. Un “génie” puissant remue, parle et rugit dans Zogro.

Impossibile adesso per noi lavorare sulle lastre, sul suolo stesso, per creare nuovi poemi-pitture su tessuto, come avevamo previsto, tanto l’umidità sconvolge tutto. Chiedo ad Alabouri se gli viene in mente una soluzione alternativa. “L’umidità durerà poco, seguimi”. Camminiamo a lungo, saliamo, scendiamo, piccole scalate a volte complesse; passando, scopro vari cantucci, in quel momento maltrattati dall’acqua marroncina, nei quali i Dogon mantengono le loro colture, minuscoli appezzamenti finora coltivati, lontano dal villaggio, a forza di pazienza e ostinazione. Tutta la montagna è un gran libro di saperi e di storie, di rituali, di ricette e di trovate, di lavori modesti, fatti a mano, con testardaggine, ai quali ciascuno dedica parecchi giorni all’anno, viene a seminare, a osservare, a zappettare, ad ascoltare, a raccogliere. Ma in questo momento l’acqua marroncina rimescola tutto. Poi confluisce verso Zogro, tra pareti color arancio più elevate, molteplici torrenti turbinosi che si riuniscono in un unico e impetuoso ramo di fiume dal corso a spirale, che qui fende la montagna e si getta nel vuoto; in basso, nella pianura, è la cascata di Bonsiri. Zogro oggi deborda di energia, di movimento e soprattutto di rumore. Ronfa con forza. Un “genio” potente si muove, parla e ruggisce a Zogro.

Alabouri nous conduit un peu plus loin, jusqu’à un replat de dalles qui s’étire en creux entre de petites falaises. Les torrents éphémères sont plus minces ici, souvent se franchissent d’un saut. Voici l’endroit annoncé par Alabouri : Séïdou Panga, le “grenier” de Séïdou. Sous une longue ligne de surplombs assez larges, de trois ou quatre mètres d’avancée, mais dégageant une hauteur d’au plus un mètre et demi entre la dalle et le plafond, c’est un bon abri. Dans le fond, contre la paroi, on a construit, depuis quand?, ces greniers qui sont attribués, légendairement?, à Séïdou: petites chambres de briques en banco appuyées contre la paroi du fond, avec juste sur le devant une ouverture d’au plus un demi mètre carré par où on peut soi-même entrer et mettre à l’abri et au sec ce qui aurait été récolté par ici sur le plateau. Nous posons nos sacs à dos. Hamidou, qui a ramassé tout de suite des branchages secs sous les surplombs et les a embrasés à l’entrée d’un grenier, fait cuire du riz ; Hama, à côté, prépare le thé sur un lit de braises qu’il attise. Une demie heure et, en effet, les dalles nues sous le ciel, devant nos surplombs, finissent de sécher, tièdes et même presque chaudes.

Alabouri ci conduce un po’ più lontano, fino a un ripiano di lastre che si estende a cavità in mezzo a piccole falesie. Qui i torrenti effimeri sono più esili, spesso li si può varcare con un salto. Ecco il luogo annunciato da Alabouri: Seidou Panga, il “granaio” di Seidou. Sotto una lunga linea di sporgenze di roccia abbastanza larghe, di tre o quattro metri, ma tali da lasciar libera un’altezza di un metro e mezzo al massimo tra la lastra e il soffitto, c’è un buon riparo. In fondo, contro la parete, sono stati costruiti (ma da quando?) quei granai che vengono attribuiti (secondo una leggenda?) a Seidou: camerette di mattoni a forma di cassetti appoggiate contro la parete di fondo, con davanti un’apertura di circa mezzo metro quadrato, nella quale è possibile entrare di persona per mettere al riparo e all’asciutto ciò che è stato raccolto qui sul pianoro. Posiamo i nostri zaini. Hamidou, che ha riunito subito dei rami secchi sotto le sporgenze e con essi ha acceso il fuoco davanti all’ingresso di un granaio, fa cuocere del riso; Hama, vicino a lui, prepara il tè su un letto di braci che ha attizzato. Basta attendere una mezz’ora e davvero le lastre nude sotto il cielo, davanti alle nostre sporgenze, finiscono di asciugare, tiepide e quasi calde. […]

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