Il tratto che nomina (II, 1)

Yves Bergeret

Le trait qui nomme
Il tratto che nomina

 

II
Trois jours

(parmi ceux du séjour de juillet 2003)

II
Tre giorni

(tra quelli del soggiorno del luglio 2003)

 

Traduzione di Antonio Devicienti.

 

1
Bonsiri toko

Je suis monté à Koyo le 11 juillet par un itinéraire dont Hamidou Guindo m’avait parlé en février et qui me paraissait mystérieux; pour ainsi dire incompréhensible. De la plaine au loin, Hamidou m’avait montré un léger affaissement en haut de la falaise orange qui encercle toute la montagne de Koyo: c’est par là que, l’été, les deux ou trois jours qui suivent les orages très violents, toute l’eau recueillie sur le plateau sommital vient se jeter dans le vide. “Dans la falaise à droite de la cascade, il y a un passage; je t’y emmènerai.”

Plus d’un au village de Koyo désapprouve ce projet. On m’évoque des chutes mortelles, dont encore un en mai dernier. Trop de vide, trop difficile…m’assure-t-on. Hamidou et moi quittons Boni, la bourgade oasis au pied de la montagne de Koyo, dès l’aube; longue montée oblique par des ressauts et de courtes falaises, par de minces terrasses cultivées et encore des blocs rocheux et des blocs. Nous nous faufilons jusqu’au pied de la falaise elle-même, tout à fait verticale. Un long et très étroit balcon, une pente raide en dessous, car nous sommes déjà assez haut. Curieusement on a édifié ici une sorte de muret de pierres sèches, avec des petites niches: vides. Greniers? Tombes anciennes? C’est alors que Hamidou me montre, là-bas à droite, une grande écaille rocheuse orange: elle se détache de la paroi. Le vide entre la paroi et l’écaille, étroit, sombre, monte, monte, vers le haut de la falaise, vers le ciel, vers quelque chose d’invisible qui se perd dans de grands surplombs, trop haut, où mes yeux se perdent. C’est l’itinéraire.

Bon, j’ai décidé de faire confiance à Hamidou. Il va devant et s’engage dans la fissure, dans le fond de la fissure; il y fait sombre, je vois à peine la peau noire d’Hamidou. Mais aux pieds je sens des pierres, posées les unes sur les autres et dès que les yeux s’habituent à l’obscurité, je vois Hamidou déjà quatre mètres plus haut et, entre lui et moi, une superposition savante de grosses pierres plates. On a édifié ici une sorte d’escalier pour ainsi dire vertical. Essoufflant. D’autant plus que la chaleur est déjà considérable. Plus haut, l’itinéraire sort de la fissure, trop étroite, emprunte son bord, au dessus d’un à-pic généreux; plus haut encore, ce sont des portions de troncs d’arbre, blanchis de soleil, superposées, qu’il faut grimper; puis à nouveau le fond de la fissure, et ainsi de suite des dizaines et des dizaines de mètres de haut, les unes à la suite des autres.
Tant d’intelligence dans la mise en œuvre du terrain vertical, tant d’élégance dans le tracé de l’itinéraire entre vide et paroi verticale, tant d’ingéniosité dans l’imbrication des morceaux d’arbre, des pierres plates – portées jusqu’ici comment?-, tant d’opiniâtreté dans l’édification robuste du chemin vertical…
Des générations sans doute pour le bâtir(1). Du péril, il est vrai, car le vide est sans concession; une poussière grasse et glissante couvre la roche. Pourtant, une sorte d’évidence heureuse et agissante dans le corps qui monte, les jambes qui s’arc-boutent, les mains qui agrippent, les yeux qui n’ont qu’à peine à chercher et à anticiper, tant la netteté de la géologie et l’intelligence des traceurs d’itinéraire rient de tout cœur, ensemble, tandis que l’eau de la cascade plonge en étincelant dans le vide.

Vers le haut, la falaise perd son unité et se fragmente. Les grands surplombs, d’en bas si énigmatiques, sont séparés par des sortes de profondes gorges verticales où l’érosion a coincé de larges blocs. Ici encore pierres plates et morceaux de tronc d’arbre judicieusement agencés, escalades fines parfois, font avancer jusqu’à la sortie, en plein soleil, en plein vent. Je remercie Hamidou de m’avoir fait connaître un si bel itinéraire. Nous regardons, entre les grands créneaux rocheux, la plaine en bas, Boni déjà loin, le village des tisserands, Nissanata, là-bas au Nord, la brume qui avale le Sahara. Des oiseaux de proie planent près de nous. Le vide, juste en dessous, respire et siffle en riant. Les grands blocs, de vingt ou trente mètres de haut chacun, qui font le bord du plateau et le rebord de la falaise s’y sont mis aussi et agencent une sorte de théâtre de roc et de vent. Des bourrasques de vent claquent dans les surplombs. Quelque chose d’aérien et de spirituel allège la roche, la montagne, la chaleur.

L’eau de l’orage d’avant-hier coule ici lentement, en pente douce, avant de serpenter vers les blocs et les surplombs. Dans de grandes vasques où elle se recueille, avec Belco et Hama, d’autres peintres qui, visiblement, sont soulagés de bien nous retrouver, nous nous baignons longuement; sur la dalle plate au bord de la grande vasque, le soleil brûlant nous sèche immédiatement.

Peu avant le soir, au village de Koyo à l’autre bout du plateau sommital, nous avons déjà créé ensemble une demie douzaine de poèmes-peintures sur tissu. Le travail a été long, harmonieux, simple. Rien n’aurait pu paraître facile, lorsque nous décidons de commencer; rien, ni les mots d’un poème court et droit qui sache dire l’esprit des lieux, qui sache énoncer, éclairer, interroger la vie des lieux, qui sache ouvrir le vent d’une lumière d’aube dans les champs de la mémoire ou de l’inconnu. Mais les mots viennent à leur bon rythme, sans heurt ni contention et se mettent en place dans ma tête, dans ma main, sur le tissu au sol où je les peins. Rien n’aurait pu paraître facile à Hamidou ni à tel autre peintre, mais les traits, les lignes et les courbes viennent à leur bon rythme se poser sur la tissu au sol, avec une évidence tranquille, accord évident de la main, de la pensée, du trait et du mot, de la surface vierge et de la surface peinte; tout est à cru, direct, simple, sans “repentir”, comme on dit pour les peintres. La main, la pensée, la sensibilité, l’intuition créatrice avancent comme les jambes, le torse et les mains sur les rochers verticaux au long de la cascade et voilà, au bout de deux ou trois heures, le poème-peinture sèche déjà sur une dalle plate, alors que je prépare déjà un autre tissu à l’ombre du grand baobab du village.

Nos yeux et nos mains avancent de tissu en tissu, d’œuvre en œuvre dans le jour qui commence à décliner; je sens que nous avons ensemble ce bon rythme délié, simple et comme félin qui permet beaucoup. Je déplie alors au sol un grand tissu vierge, rouge, de cinq mètres de long sur un et demi de large. Nous en avons déjà réalisé quatre de ce format. Œuvre à plusieurs, plus “collective” encore, non seulement parce que la poésie y dialogue avec la peinture, mais aussi par ce que ce sont plusieurs peintres qui y travaillent ensemble et en même temps. “Ris aussi clair que la cascade qui tremble dans la falaise”: je le peins en grandes lettres jaunes. Sept peintres se répartissent la surface. Les voici concentrés, simples, posant signes et lignes, bâtissant, bâtissant, édifiant dans la surface rouge l’itinéraire de leur pensée, installant l’expression de leurs rêves et de leurs désirs, et l’œuvre s’agence, se dégage de son silence, monte jusqu’au plein vent du soir et jusqu’à nos yeux et jusqu’aux yeux de tous ceux, du village, qui font cercle autour de nous, qui regardent le beau théâtre simple et de plein vent que nous jouons encore ce soir; et ils prennent active part avec le jeu de leurs conversations et de leurs rires roulant sur le vide et le rouge et le vent.

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(1) Note de novembre 2010: c’est plusieurs années après ce récit (que j’ai écrit en 2003) que les peintres m’apprendront que cette faille verticale merveilleuse a été équipée en une seule nuit par ces pierres-paroles magiques qu’un Ancêtre mythique, Ogo ban, avait fait se déplacer et s’agencer toutes seules.

 

 

1
Bonsiri toko

Sono salito fino a Koyo l’11 luglio lungo un sentiero di cui mi aveva parlato Hamidou Guindo a febbraio e che mi sembrava misterioso; incomprensibile, per così dire. Dalla pianura in lontananza Hamidou mi aveva indicato un leggero abbassamento in alto sulla falesia arancione che circonda l’intera montagna di Koyo; è di là che, in estate, nei due o tre giorni che seguono i violentissimi temporali, tutta l’acqua raccolta sulla spianata sommitale finisce per precipitarsi nel vuoto. “Nella falesia a destra della cascata esiste un passaggio; ti ci porterò io”.

Più d’uno del villaggio di Koyo disapprova quest’intenzione. Mi raccontano, evocandole, cadute mortali, tra le quali una avvenuta appena nel maggio scorso. Troppi vuoti, troppo difficile… mi assicurano. Con Hamidou lasciamo Boni, il villaggio-oasi ai piedi della montagna di Koyo, fin dall’alba; lunga ascesa in obliquo attraverso delle salite e delle brevi falesie, attraverso piccole terrazze coltivate e ancora blocchi di roccia e altri ancora. Ci insinuiamo fino ai piedi della stessa falesia, completamente verticale. Un lungo e strettissimo ripiano, una ripida pendenza al di sotto, perché siamo già abbastanza in alto. Stranamente hanno costruito una specie di muretto di pietre a secco, con delle piccole nicchie: vuote. Dei granai? Delle antiche tombe? È in quel momento che Hamidou mi mostra, laggiù a destra, una grande scaglia di roccia arancione: essa si distacca dalla parete. Il vuoto fra la parete e la scaglia, stretto, buio, sale, sale, verso l’alto della falesia, verso il cielo, verso qualcosa d’invisibile che svanisce nei grandi strapiombi, troppo in alto, lì dove si perde il mio sguardo. Questo è il sentiero.

Bene, ho deciso di fidarmi di Hamidou; va avanti lui e s’infila nella fenditura, nel fondo della fenditura. C’è ombra, distinguo appena il nero della pelle di Hamidou. Ma sotto i piedi avverto delle pietre, posate le une sulle altre e, non appena gli occhi si sono abituati all’oscurità, scorgo Hamidou già quattro metri più in alto, e tra lui e me una sapiente sovrapposizione di grandi pietre piatte. Hanno costruito una sorta di scala, per dir così, verticale. Sfinente. In sovrappiù il caldo è già considerevole. Più in alto, il sentiero esce dalla fenditura, troppo stretta, ne percorre il bordo, al di sopra di una cima notevole; più in alto ancora ci sono avanzi di tronchi d’albero, sbiancati dal sole, sovrapposti e sui quali bisogna arrampicarsi; poi nuovamente il fondo della fenditura, e così via per decine e decine di metri d’altezza, le une dopo le altre.
Così tanta intelligenza nella sistemazione del terreno in verticale, tanta eleganza nel tracciato del sentiero tra vuoto e parete verticale, tanta ingegnosità nell’embricare i pezzi d’albero, le piatte pietre – portate fin qua in che maniera? -, così tanta testardaggine nella robusta costruzione del sentiero verticale…
Alcune generazioni, senza dubbio, per costruirlo(1). Pericolo, è vero, ché il vuoto non lascia scampo; una polvere grassa e scivolosa ricopre la roccia. Tuttavia, una specie di intensità felice e agente nel corpo che sale, le gambe che s’inarcano, le mani che artigliano, gli occhi che hanno appena il tempo di cercare e di anticipare, a tal punto la nettezza della geologia e l’intelligenza di coloro che tracciarono il sentiero se la ridono di cuore, insieme, mentre l’acqua della cascata cade scintillando nel vuoto.

Verso l’alto la falesia viene a perdere la sua unitarietà e si frammenta. I grandi strapiombi, così enigmatici se visti dal basso, sono separati da una sorta di gola verticale nella quale l’erosione ha fissato dei grandi blocchi. Qui di nuovo pietre piatte e pezzi di tronco giudiziosamente sistemati, talvolta raffinate scale, fanno avanzare verso l’uscita, in pieno sole, in pieno vento. Ringrazio Hamidou per avermi fatto conoscere un sentiero così bello. Guardiamo, tra le grandi creste rocciose, la piana in basso, Boni già lontana, il villaggio dei tessitori, Nissanata, laggiù a nord, la bruma che inghiotte il Sahara. Uccelli predatori ci planano accanto. Il vuoto, proprio sotto, respira e soffia ridendo. I grandi blocchi, ognuno di venti o trenta metri d’altezza, che formano il ciglio della spianata e il limite della falesia ci si sono messi anche loro e inscenano una specie di teatro di roccia e di vento. Tempeste di vento risuonano negli strapiombi. Qualcosa d’aereo e di spirituale alleggerisce la roccia, la montagna, la calura.

L’acqua del temporale dell’altro ieri scorre qui lentamente, in dolce pendenza, prima di avviarsi serpeggiando verso i blocchi di pietra e gli strapiombi. Ci bagniamo a lungo nelle grandi vasche in cui si raccoglie, con Belco e Hama, con altri pittori che sono visibilmente sollevati nel rivederci sani e salvi; sulla lastra piatta sul bordo della grande vasca il sole ardente ci asciuga subito.

Poco prima della sera nel villaggio di Koyo sull’altro lato del pianoro sommitale abbiamo già creato insieme una mezza dozzina di poemi-pitture su tessuto. Il lavoro è stato lungo, compiuto in armonia, semplice. Niente sarebbe potuto sembrare facile nel momento in cui abbiamo deciso di cominciare; nulla, né le parole di una poesia breve e diretta che sapesse esprimere lo spirito dei luoghi, che sapesse enunciare, spiegare, interrogare la vita dei luoghi, che sapesse dischiudere il vento di una luce albale nei campi della memoria o dell’ignoto. Ma le parole finiscono per trovare il loro giusto ritmo, senza urti né limitazioni e si collocano al loro posto nella mia testa, nella mia mano, sul tessuto steso per terra dove dipingo. Nulla sarebbe potuto sembrare facile né a Hamidou né a qualunque altro pittore, ma i tratti, le linee e le curve raggiungono il loro giusto ritmo nel posarsi sul tessuto steso per terra, con tranquilla evidenza, accordo palese della mano, del pensiero, del tratto e della parola, della superficie vergine e di quella dipinta; tutto è assolutamente diretto, semplice, senza “pentimenti”, come è d’uso dire dei pittori. La mano, il pensiero, la sensibilità, l’intuizione creatrice vanno avanti come fanno le gambe, il torso e le mani sulle rocce verticali lungo la cascata ed ecco, alla fine di due o tre ore, il poema-pittura già si asciuga su di una lastra piatta mentre preparo già un altro tessuto all’ombra del grande baobab del villaggio.

I nostri occhi e le nostre mani avanzano di tessuto in tessuto, d’opera in opera nel giorno che inizia a sfumare; avverto con chiarezza che insieme possediamo questo ritmo armonico, semplice e quasi felino che ci consente molte cose. Allora dispiego per terra un grande tessuto vergine, rosso, di cinque metri di lunghezza per uno e mezzo di larghezza. Ne abbiamo già realizzati quattro in questo formato. Opera di molti, ancora più “collettiva”, non solo perché la poesia dialoga con la pittura, ma anche perché sono più pittori a lavorarci insieme e contemporaneamente. “Riso chiaro come la cascata che tremola nella falesia”: lo dipingo in grandi lettere gialle. Sette pittori si suddividono la superficie. Eccoli concentrati, semplici, posano segni e linee, costruiscono, edificano sulla superficie rossa il sentiero del loro pensiero, vi installano l’espressione dei loro sogni e dei loro desideri e l’opera si armonizza, si libera del suo silenzio, sale fino al vento pieno della sera e fino ai nostri occhi e sino agli occhi di tutti coloro, nel villaggio, che formano un cerchio intorno a noi, che guardano il bel teatro semplice e colmo di vento che mettiamo in scena questa sera ancora; e vi prendono parte attiva con il contributo gioioso delle loro conversazioni e delle loro risate che rotolano sul vuoto e sul rosso e sul vento.

____________________
(1) Nota del novembre 2011: sarà molti anni dopo questo racconto (che ho scritto nel 2003) che i pittori mi faranno sapere che questa meravigliosa faglia verticale è stata allestita in una sola notte da pietre-parole magiche che un Antenato mitico, Ogo ban, aveva fatto spostare e sistemarsi da sole.

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