Il tratto che nomina (XI, 2)

Yves Bergeret

Le trait qui nomme
Il tratto che nomina

 

XI
Contrejour

en revenant du quinzième séjour, juillet 2005

XI
Controluce

di ritorno dal quindicesimo soggiorno, luglio 2005

 

Traduzione di Viviane Ciampi.

 

II
Paroles par la pluie et le vent
Parole dalla pioggia e dal vento

La nuit lourde

Le ciel a posé sa main la plus lourde sur le dos de la terre et le frotte. De la fièvre et de l’odeur de peau chaude rampent en bas de l’air. La nuit n’apaise pas mais la main épaisse du ciel appuie et épaissit l’obscurité. Je dors dehors sur le sol, juste une natte pour ne pas manger la poussière, juste un drap pourtant déjà trop chaud. La main du ciel appuie sur mon torse. Je me retourne pour libérer mon souffle et mes bras. La main appuie sur mes coudes et sur mes hanches. Je me rendors sans voir les étoiles. Le ciel est trop bas.

 

La notte greve

Il cielo ha posato la sua mano più greve sulla schiena della terra e la strofina. Febbre e odore di pelle rovente si diffondono dal suolo nell’aria. La notte non acquieta ma la mano spessa del cielo preme e addensa l’oscurità. Dormo fuori per terra, null’altro che una stuoia per non mangiare la polvere, null’altro che un lenzuolo per quanto già troppo caldo. La mano del cielo mi preme il petto. Mi volto per liberare respiro e braccia. La mano preme sui miei gomiti e sui fianchi. Mi riaddormento senza scorgere le stelle. Troppo basso è il cielo.

 

La nuée bosselée

Pas de levée étincelante de la lumière par derrière la falaise ce matin, pas de lent chant silencieux de l’aube du monde. Une lueur grise. Le ciel reste bas. Mais n’ose plus appuyer sa main, cache ses doigts, ses mille doigts. Il les plie. Il les serre. Articulations et phalanges grises et noueuses tournées contre nous, contre le sol, contre les chameaux et les chèvres qui remuent inquiètes. Les trois arbres ne bougent pas. Mille doigts roulés et pliés, mille bourrelets de nuages sombres, bosselés, serrés, drus et gris et noirs. Qui raclent.

Longtemps nous attendons, longtemps, depuis l’aube, ce qui se tait et se prépare et tous, hommes et bêtes, retiennent leur souffle. On range les tissus, les vêtements, les calebasses, on presse les enfants vers les abris. On attend et regarde les doigts qui ne se sont pas encore ouverts et refusent, pourquoi, d’atteindre notre sol.

 

La nube deforme

Nessuna luce splendente si alza stamattina da dietro la falesia, nessun lento canto silenzioso dell’alba del mondo. Solo un grigio bagliore. Il cielo rimane basso. Ma non osa più spingere la sua mano, nasconde le sue dita, le sue mille dita. Le piega. Le stringe. Articolazioni e falangi grigie e nodose puntate contro di noi, contro il suolo, contro i cammelli e le capre che indocili scalpitano. I tre alberi non si muovono. Mille dita arrotolate e piegate, mille rigonfiamenti di nuvole scure, deformi, serrate, fitte e grigie e nere. Che raschiano.

Da molto tempo aspettiamo, da molto, fin dall’alba, ciò che tace e si prepara e tutti, uomini e bestie, trattengono il fiato. Riponiamo i tessuti, i vestiti, le calabasse, spingiamo i bambini verso i rifugi. Aspettiamo e guardiamo le dita che non si sono ancora aperte e rifiutano, chissà perché, di arrivare sul nostro suolo.

 

Le grondement derrière la montagne

Orange la falaise est grise. Elle s’est durcie dans la nuit. Elle creuse son ventre. A son point le plus haut, à son extrémité sud, là où le regard se perd, les nuages se pressent et se serrent encore plus nombreux. S’amassent avant de charger.

Un grondement derrière la falaise, dans les nuages noircis qui se massent derrière elle, là-bas. On racle et grogne. “Attends”, dit là-bas une voix de ciel et de nuée, dit là-bas une voix de sable et d’épines, “attends encore, attends”. Elle parle à tous horizons, à toute oreille, aux oiseaux effrayés, aux serpents nerveux, aux bergers qui serrent leurs lambeaux de toile bleue sur leurs longs os, aux branches des arbustes qui se crispent. Au cultivateur qui se presse de finir de biner sa terrasse à mi-pente et puis court vers la grotte. Elle grommelle. Les hordes de nuages courts s’assombrissent. La voix de poussière et de vent noir se multiplie. La voix nombreuse gratte la terre profonde sous le socle de la falaise. La voix se cogne à son ombre qui racle sol et roche. La voix nombreuse s’étrangle. La voix remonte et roule contre les mille nuages noirs qui piétinent, tête en bas, et n’arrivent plus à voir les montagnes, les falaises et les hommes. La voix tend ses bras, trente deux bras vers rien et tout lui échappe mais ne s’enrage pas.

 

Il rombo dietro la montagna

La falesia arancione è diventata grigia. Si è indurita durante la notte. Svuota il suo ventre. Nella sua parte più alta, all’estremità meridionale, laddove lo sguardo si perde, le nuvole si accostano e si stringono ancor più numerose. Si ammassano prima di caricare.

Un rombo dietro la falesia, nelle nuvole annerite che le si addensano alle spalle, là in fondo. Raschiano e rimbombano. “Aspetta”, dice laggiù una voce di cielo e di nube, dice laggiù una voce di sabbia e di spine, “aspetta ancora, aspetta”. Parla ad ogni orizzonte, ad ogni orecchio, agli uccelli spaventati, ai serpenti nervosi, ai pastori che stringono i loro lembi di tela azzurra sulle lunghe ossa, ai rami degli arbusti che si irrigidiscono. Parla al contadino che si affretta a concludere la sarchiatura del suo terrazzamento a metà pendio e poi corre verso la grotta. Borbotta. I cumuli di nubi passeggere si oscurano. La voce di polvere e di nero vento si moltiplica. La voce molteplice graffia la terra profonda sotto lo zoccolo della falesia. La voce si scontra con la sua ombra che raschia suolo e roccia. La voce molteplice si strozza. La voce risale e ruzzola contro le mille nuvole nere che scalpitano, a testa in giù, e non riescono più a vedere le montagne, le falesie e gli uomini. La voce tende le sue braccia, trentadue braccia verso niente, tutto le sfugge ma non si avventa

 

Le vent de poussière

Trente deux nuages jaunes surgissent du sol derrière l’extrémité sud de la falaise. Nuages jaunes qui enflent très vite et roulent leurs épaules et se hissent, regardent par dessus la montagne, vont manger la montagne. Mais : boursouflures jaunes sans yeux ni bouche ni orifice. On les aperçoit ici depuis l’abri de roche, depuis le seuil de la hutte de branchages, on se dresse sur la pointe des pieds pour les voir par dessus les murs de briques de terre, par dessus l’échine des bœufs. Oui, c’est le grand vent qui lime, c’est “kunso”, le vent de poussière. Il accourt très vite. Les trente deux nuages jaunes grandissent cent trente deux et six cents et montent en roulant jusqu’aux bourrelets de nuages gris et déferlent sur nous avec la violence des plus grandes vagues sèches. Très violent le vent jaune rage en tous sens. Pas le vent. La poussière violente jaune qu’il soulève partout, les débris, la paille, les cailloux, les familles de grains et les hordes de feuilles sèches, les cailloux, les herbes blanches et les brindilles, les crottes des chèvres et les cailloux. La poussière jaune noue ma gorge, rampe sous mes vêtements et crisse sur ma langue. Est-ce que j’arrive à respirer? Je ne vois plus la falaise. Je ne vois plus mes pieds sur le sol que les cailloux strient. Je ne vois plus mes jambes que le vol des grains de sable et des épines lime. La poussière, la poussière jaune en rage court plus vite que les yeux et que le vent. Et soudain l’air fraîchit.

 

Il vento di polvere

Trentadue nuvole gialle spuntano dal suolo dietro l’estremità meridionale della falesia. Nuvole gialle. Nuvole che presto si gonfiano e ruotano le spalle e si sollevano, guardano dall’alto della montagna, stanno per mangiare la montagna. Ma sono rigonfiamenti gialli senza occhi né bocca né orifizio. Li intravediamo da qui, dal riparo di roccia, dalla soglia della capanna di ramaglie; ci leviamo sulla punta dei piedi per vederli al di sopra dei muri di mattoni, al di sopra della schiena dei buoi. Sì, è il grande vento che spazza, è “kunso”, il vento di polvere. Arriva velocissimo. Le trentadue nuvole gialle crescono fino a diventare centotrentadue, seicento, e salgono rotolando fino agli ammassi di nuvole grigie e si riversano su di noi con la violenza delle più grandi onde asciutte. Violentissimo, il vento giallo impazza in tutte le direzioni. Non il vento, ma l’impetuosa polvere gialla che solleva dappertutto, i detriti, la paglia, i sassi, gli sciami di semi e i cumuli di foglie secche, i sassi, le erbe bianche e i ramoscelli, lo sterco delle capre e i sassi. La polvere gialla mi stringe la gola, striscia sotto i miei vestiti e stride sulla lingua. Riesco a respirare? Non vedo più la falesia. Non vedo più i miei piedi sul suolo che i sassi graffiano. Non vedo più le mie gambe, che il volo dei granelli di sabbia e delle spine sfrega. La polvere, la polvere gialla, furiosa, corre più veloce degli occhi e del vento. E d’un tratto l’aria rinfresca.

 

Les grands déversements

Scindant la poussière jaune épaisse, la main a plongé dans le sol ses dix mille doigts gris. D’un seul coup quelque chose de lourd tombe sans bruit et cogne et pénètre le sol. Et tombe. Ecarte la poussière. La falaise, j’ai juste le temps de la voir, encore plus sombre, arc-boutée sur sa dure soif. Encore tombent les sept cents doigts d’eau tiède, gouttes épaisses qui cognent la tête et les épaules, trente mille doigts. Vêtements trempés, l’eau roule entre mes cotes, entre mes jambes, dans ma bouche. J’entre trop tard sous l’abri. C’est alors que les grands fracas commencent. La foudre tombe très près. La pluie se rue. Les rideaux d’eau se précipitent sans cesse. Le sol se creuse sous les chutes, les flaques, les mares montent partout. La foudre tombe trente fois. Je n’arrive pas à voir tous les éclairs. Si drue la pluie que la falaise disparaît à nouveau. Et la foudre. Et le torrent qui se forme et cherche son chemin de serpent entre les levées de sable et les pierres. Et la foudre et les roulements incessants du tonnerre à tous les points de l’horizon que plus personne ne voit.

Ici la voix joint les coups de tonnerre et leur fait lancer: “tu veux l’eau. Tu as crié de soif. Tu as rêvé de la mer douce et immense dont tu ne connais même pas la forme et le sel. Tu quémandes tout le long de tes journées. Tu passes tes nuits à retenir ta langue qui se dessèche à force de chanter tes demandes sableuses. Tu te tiens à cheval sur l’échine du rêve et crois le guider vers moi. J’aime que tu me cherches. Je n’aime pas que tu me veuilles. Même proche de toi, je vis par l’éloignement. Je t’abreuve mais tu ne verras jamais mon visage. Je ne montre que mes doigts, et encore jamais tous, je les serre et un matin, je les pointe vers toi quand j’ai décidé de t’aimer. Je dis et refuse. Je pénètre, traverse et te, toi, laisse éreinté sur le sol que j’ai gorgé plus que toi. Je t’ai nourri. Je te nourris ce matin à nouveau. Tu grandis par mes nouvelles phrases, toi qui les entends comme des cris et t’efforces d’en garder les bribes et les minces fibres que tu confonds avec ce qui t’a éraflé les jambes, c’était le vent de la poussière, mon fils qui court en jouant juste devant moi.”

 

I grandi scrosci

Scindendo la spessa polvere gialla, la mano ha conficcato nel suolo le sue diecimila dita grigie. In un solo colpo qualcosa di pesante cade senza rumore e urta e penetra il suolo. E cade. Spazza la polvere. La falesia, ho appena il tempo di vederla, è ancora più scura, inarcata sulla sua dura sete. Ancora cadono le settecento dita d’acqua tiepida, gocce dense che colpiscono la testa e le spalle, trentamila dita. Inzuppati i vestiti, l’acqua rotola tra le mie costole, in mezzo alle gambe, dentro la bocca. Entro troppo tardi nel rifugio. È allora che cominciano i grandi fragori. Il fulmine cade molto vicino. La pioggia si abbatte. Le cortine d’acqua precipitano senza sosta. Il suolo si apre sotto i suoi getti, le pozzanghere, i guazzi si allargano ovunque. Il fulmine cade trenta volte. Non riesco a vederli tutti. La pioggia è così fitta che la falesia scompare di nuovo. E poi il fulmine. E poi il torrente che si forma e cerca il suo sentiero ondeggiante tra i cumuli di sabbia e le pietre. E ancora il fulmine e il tambureggiare incessante del tuono in ogni punto dell’orizzonte che nessuno vede più.

Qui la voce si unisce ai rombi del tuono e gli fa dire con forza: “Tu vuoi l’acqua. Hai gridato per la sete. Hai sognato il mare dolce e immenso di cui neppure conosci la forma e il sale. Supplichi per l’intero arco delle tue giornate. Passi le notti a frenare la lingua che si secca a furia di cantare le tue richieste sabbiose. Stai a cavallo sulla groppa del sogno convinto di guidarlo verso di me. Io amo che tu mi cerchi. Non amo che tu mi voglia. Anche vicino a te, vivo di distacchi. Ti disseto ma non vedrai mai il mio volto. Non mostro che le mie dita, anzi, mai tutte quante, le stringo e un mattino le punto verso di te quando ho deciso di amarti. Dico e rifiuto. Penetro, attraverso e ti lascio stremato al suolo che ho intriso più del tuo corpo. Ti ho nutrito. Ti nutro stamani di nuovo. Cresci con le mie nuove frasi, tu che le senti come delle grida e ti sforzi di trattenerne i frammenti e le fibre sottili che confondi con ciò che ti ha graffiato le gambe: era il vento della polvere, mio figlio, che corre giocando proprio davanti a me.” […]

 

Continua a leggere

Paroles par la pluie et le vent

Parole dalla pioggia e dal vento

Annunci

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione /  Modifica )

Google+ photo

Stai commentando usando il tuo account Google+. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione /  Modifica )

Connessione a %s...

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.