Solitudini

Yves Bergeret

Les Solitudes
Solitudini

 

Tratto da Carnet de la langue-espace.
Traduzione di Francesco Marotta

 

Premier solitaire

Sur son sulky le jockey n’a pas de jambes.
Ah, il y a les quatre jambes du cheval,
deux pour le cheval, deux pour lui,
qui l’emmènent dans l’éther et l’alizé,
en somme oiseau qui file en battant l’air et la terre
comme le rameur la surface des eaux de la mort.

 

Primo solitario

Sul suo sediolo il fantino non ha gambe.
Ah, ci sono le quattro gambe del cavallo,
due per l’animale, due per lui,
che lo trasportano nell’etere e nel vento,
insomma un uccello che corre battendo l’aria e la terra
come il rematore la superficie delle acque della morte.

 

*

 

Deuxième solitaire

Celui-là, très grand, très maigre, entre,
salue, apporte sa mélancolie sur un
tout petit plateau en ivoire
puis s’en va à reculons
dans le sourire légèrement amer
que juste derrière lui le ciel ouvre
comme une baie ou même un golfe.
Il faut dire que s’il est triste
il a tout de même les épaules très larges.
D’ailleurs il a laissé ici le petit plateau,
qui est la première dent de son enfance
dans l’autre monde.

 

Secondo solitario

Quell’altro, molto alto, molto magro, entra,
saluta, porta la sua malinconia su un
piccolissimo vassoio d’avorio
poi se ne va a ritroso
nel sorriso leggermente amaro
che il cielo apre proprio dietro di lui
come una baia o addirittura un golfo.
Va detto che anche se è triste
ha comunque le spalle molto larghe.
Inoltre, ha lasciato qui il piccolo vassoio
che è il primo dente della sua infanzia
in un altro mondo.

 

*

 

Troisième solitaire

On l’a chassé du ventre de sa mère.
On l’a chassé de la maison basse
et de l’ombre du figuier de la cour.
On l’a chassé du sable. On l’a chassé de la roche.
En mer les vagues n’ont pas accepté de l’engloutir.
On l’a chassé de sa langue puis de son nom.
A présent il s’assied. Il fait la somme des éjections :
il s’installe au centre d’une assiette si creuse
que personne ne comprend que ce parfait
grain de riz c’est lui,
minuscule grain d’humanité auquel mènent
trente ficelles du monde,
autrement dit tant et tant de récits.

 

Terzo solitario

L’hanno cacciato dal ventre di sua madre.
L’hanno cacciato dalla casa bassa
e dall’ombra del fico nel cortile.
L’hanno cacciato dalla sabbia. L’hanno cacciato dalla roccia.
In mare le onde si sono rifiutate di inghiottirlo.
L’hanno cacciato dalla sua lingua e poi dal suo nome.
Ora siede. Fa la conta delle espulsioni:
si piazza al centro di un piatto tanto vuoto
che nessuno capisce che quel perfetto
chicco di riso è lui,
minuscolo granello di umanità su cui convergono
trenta fili del mondo,
in altre parole, tante e tante storie.

 

*

 

Quatrième solitaire

Il court sous la pluie
et traverse vaillamment la rue
et traverse hardiment le détroit.
Si ni les requins ni les camions ne le tuent
c’est qu’il connaît les passages sains
et qu’il a la clef de tous les cadenas.
Il est bien le seul à connaître leurs combinaisons
car son esprit est le cheval fou
échappé à toute écurie
et broutant l’avoine des séismes.

 

Quarto solitario

Corre sotto la pioggia
e attraversa audacemente la strada
e attraversa con coraggio lo stretto.
Se né gli squali né i camion lo uccidono
è perché conosce i passaggi sicuri
e possiede la chiave di tutti i lucchetti.
E’ l’unico a conoscerne le combinazioni
perché il suo spirito è il cavallo pazzo
fuggito da tutte le scuderie
e che si nutre dell’avena dei sismi.

 

*

 

Elle, coréenne de l’île de Jindo

Sa voix à elle avance en fendant
la vapeur sombre d’un océan en furie.
C’est sans doute la nuit.
Eh bien si c’est la nuit, elle la transperce.
C’est sans doute le fond d’un océan qui jaillit
lourdement. Jaillit à l’appel de sa voix.

Elle marche devant.
Les monstres tentent de la suivre
gauchement, et la nuit la suit gauchement,
et l’océan la suit, suppliant.
Les noyés la suivent, les abandonnés,
les torturés, les mutilés.
Sans se retourner c’est pour eux qu’elle chante
et avance en fendant la vapeur sombre
que fait le plomb de la vie.
Elle chante et avance et leur verse la beauté.
Sur les plaies. Et tous réapprennent à marcher.

 

Lei, coreana dell’isola di Jindo

La sua voce la precede mentre attraversa
il vapore scuro di un oceano in tempesta
Deve essere notte.
Ebbene, se è la notte, lei la squarcia.
E’ senz’altro il fondo di un oceano che sgorga
con forza. Erompe al richiamo della sua voce.

Cammina davanti.
I mostri tentano di seguirla
goffamente, e la notte la segue goffamente,
e l’oceano, supplicante, la segue.
Gli annegati la seguono, i derelitti,
i torturati, i mutilati.
Senza voltarsi, è per loro che canta
e avanza fendendo il vapore scuro
che aggruma il piombo della vita.
Canta e avanza e versa su di loro la bellezza.
Sulle piaghe. E tutti imparano di nuovo a camminare.

 

*

 

L’homme aux grains noirs

Dans le sillage de la voix de la femme
il avance.
Lui qui a bu l’eau des trois sources
qui jaillissent entre les trois montagnes
plus hautes que le ciel,
car il est né près des sources.

Cette voix, la voici qui fend la douleur des hommes;
elle va, elle vient, elle serpente par là-bas
derrière la chaîne des montagnes rouges
et lui depuis ses trois montagnes blanches
plus hautes que le ciel
s’est dit que l’insupportable aliénation
ne devait pas lui broyer le corps à son tour.

Alors il s’est levé, a pris son sac de voyage
et des grains noirs.
Du haut de la combe aux trois sources
il s’est jeté dans le piémont,
il s’est jeté dans le lointain.

Il s’est jeté dans la pente.
Pleins sont ses poumons de l’air du vide-plein
qu’il respira entre les trois montagnes.
Aller par les pentes et les ravins lui est facile.
Sans heurt il avance
dans le sillage de la voix de la femme.

Long et patient est son chemin.
Long et ardent est son chemin.
La voix de la femme glisse devant lui.
Elle est le fleuve noir
et le lit du fleuve noir
où il roule,
voilà déjà, il est l’eau aux bras courts,
il est l’eau aux bras noués,
il est l’eau aux bras dénoués.

Il va son dur chemin dans le noir.
S’il se retourne il voit son chemin comme
long et patient fil d’araignée, noir et or,
or et noir, son sillage à peine,
un pointillé de quartz et de nacre.

 

L’uomo dai grani neri

Avanza
nella scia della voce della donna.
Lui che ha bevuto l’acqua delle tre sorgenti
che scaturiscono fra le tre montagne
più alte del cielo,
lui che è nato vicino alle sorgenti.

Quella voce, eccola che fende il dolore degli uomini;
va, viene, serpeggia giù verso valle
dietro la catena delle montagne rosse
e lui dalle sue tre montagne bianche
più alte del cielo
si è detto che l’opprimente alienazione
non avrebbe distrutto anche il suo corpo.

Allora si è alzato, ha preso la sua sacca da viaggio
e dei grani neri.
Dall’alto della conca delle tre sorgenti
si è precipitato verso valle,
si è lanciato nella lontananza.

Si è precipitato lungo il pendio.
I suoi polmoni sono pieni dell’aria del vuoto-pieno
respirata fra le tre montagne.
Andare per i pendii e le gole è facile per lui.
Si fa strada senza inciampi
nella scia della voce della donna.

Lungo e paziente è il suo cammino.
Lungo e ardente è il suo cammino.
La voce della donna scivola davanti a lui.
Essa è il fiume nero
e il letto del fiume nero
in cui si muove,
ed egli è già l’acqua con le braccia corte,
l’acqua con le braccia annodate,
l’acqua con le braccia sciolte.

Va per la sua dura strada nel buio.
Se si volta, vede il suo cammino come
un lungo e paziente filo di ragno, nero e oro,
oro e nero, ne vede a malapena la scia,
una linea punteggiata di quarzo e madreperla.

 

*

 

Les doigts glacés

Ce matin un peu devant lui
la voix de la femme chante
le surgissement d’une voile
qui enfle, dure, concave et ferme,
qui lui offre le miroir sans fard
où se voit la tribulation de son destin
jeune et cassant.

Effrayé d’être si seul
dans la foule d’une ville au piémont,
effrayé de voir dans le miroir
combien il est friable
car si loin est la triple source
et si ténu désormais l’air du vide-plein…
Il prend au hasard la main ballante
d’un passant qui comme lui va
dans la nuit.
La main anonyme ne réagit pas,
elle est glacée.

Il n’y a personne
dans la manche d’où sort la main glacée.
Il a beau marcher au même pas
que les doigts glacés serrés dans sa main,
personne n’est là ni ne lui parle
ni ne cherche à se dégager.

Mais ce sont les pas de la voix
de la femme qui chante,
ce sont eux qui font aller de l’avant dans cette nuit
les arbres et les nuages bas de la ville
et les corps qui ne se parlent pas
mais vont,
et son corps aussi, son corps aux bras courts
aux bras noués aux bras dénoués,
et les grains noirs qui brillent au fond de son sac,
et même ces doigts glacés d’aucune personne
qui lui tracent le double ombreux de sa vie…

Mais la voix de la femme
sent qu’il s’essouffle,
mais la voix le tire le tire
funèbre funèbre rageuse rageuse
parturiente parturiente et le tire
et le tire, avance enfant faible
des trois montagnes plus hautes que le ciel.

La voix de la femme le griffe
et le tire vers la nouvelle peau
dans laquelle il ne parvient encore à se glisser.
Tant d’autres n’ont plus de peau
ni de vêtement et ne sont plus que
des doigts froids au bout d’une manche.
Mais ses yeux noirs brillent
et les grains noirs cherchent où germer.

 

Le dita ghiacciate

Stamattina, appena davanti a lui
la voce della donna canta
il levarsi di una vela
che si gonfia, dura, concava e ferma,
e gli offre lo specchio senza finzioni
ove si vede la tribolazione del suo destino
giovane e squassante.

Sgomento nel ritrovarsi solo
tra la folla di una città della pianura,
angosciato nel vedere nello specchio
la sua debolezza
perché lontanissima è la triplice sorgente
e ormai affievolita l’aria del vuoto-pieno…
Afferra a caso la mano ciondolante
di un passante che come lui cammina
nella notte.
La mano anonima non reagisce,
è ghiacciata.

Non c’è nessuno
nella manica da cui sporge la mano ghiacciata.
Anche se cammina allo stesso passo
delle dita gelide strette nella sua mano,
non c’è nessuno là, nessuno che gli parla
né cerca di divincolarsi.

Sono i passi della voce
della donna che canta, sono loro
che questa notte spingono in avanti
gli alberi e le nuvole nel centro città
e i corpi che non si parlano
ma proseguono,
anche il suo corpo, il suo corpo dalle braccia corte
dalle braccia annodate dalle braccia sciolte,
e i grani neri che brillano in fondo allo zaino,
e anche quelle dita ghiacciate di nessun uomo
che disegnano il doppio oscuro della sua vita.

Ma la voce della donna
sente che egli sta soffocando,
e quella voce lo trascina lo trascina
funerea funerea rabbiosa rabbiosa
partoriente partoriente e lo trascina
e lo trascina, vai avanti debole figlio
delle tre montagne più alte del cielo.

La voce della donna lo graffia
e lo trascina verso la nuova pelle
nella quale non riesce ancora ad entrare.
Tanti non hanno più nemmeno la pelle
né indumenti e non sono altro che
dita fredde sporgenti da una manica.
Ora i suoi occhi scuri brillano
e i grani neri trovano dove germogliare.

 

*

 

Chant de tous

La voix qui chante à l’avant
n’est pas seule. Elle est une forêt,
forêt parmi les forêts sur les collines
et les collines. Forêt parmi les longues forêts
trébuchant sombres, errant sur les
pentes basses des montagnes.

C’est ainsi que notre terre se vêt
de ce que laissent en se mouvant les forêts.
Chants puis lambeaux de forêts.
Comme par des lambeaux de récit se vêt
la personne, par des garigues de généalogies,
par des effilochages de narrations.

Mais ne vois-tu pas que la chanteuse
sait aussi soulever les branches,
soulever les lambeaux, soulever ces tissus
vieux et lustrés qui t’engoncent?

Mais ne vois-tu pas que la chanteuse
soulève les sous-bois et les futaies,
écarte les pendrillons,
et la montagne se met à sourire
dans sa géologie sauvage?

Car la montagne révèle qu’elle sourit dans
les reprises de souffle de la femme qui chante
et si elle sourit ce n’est pas que pour elle-même.
C’est aussi pour la personne dont les bouts
de costume se réajustent ou tombent.

Il s’est retourné sur son propre sillage,
l’homme aux grains noirs.
Son sillage est un fil d’or et d’argent
dans les sous-bois.
Son sillage est un filon de quartz et de nacre
dans l’arrière-cour schisteuse des tyrans.
Là où c’est boue noire, lui laisse sillage
en forme de vent ahurissant,
en forme de vent hérissant.

 

Canto di tutti

La voce che canta davanti
non è sola. Essa è una foresta,
una foresta tra le foreste su colline
e colline. Una foresta tra le vaste foreste
che traballano oscure, vagando sui
bassi pendii delle montagne.

E’ così che la nostra terra si veste
di ciò che muovendosi le foreste lasciano.
Canti e poi frammenti di foreste.
Come si veste la persona con lacerti
di racconto, con fioriture di genealogie,
con filamenti di narrazioni.

Ma non ti accorgi che la cantante
sa anche sollevare i rami,
spostare i brandelli, rimuovere quei tessuti
vecchi e lucidi che ti immobilizzano?

Ma non vedi che la cantante
rialza il sottobosco e le fustaie,
spalanca i sipari,
e la montagna si mette a sorridere
nella sua geologia selvaggia?

Perché la montagna rivela il suo sorriso
nei respiri della donna che canta
e se sorride non è solo per se stessa.
Lo fa anche per la persona i cui brandelli
d’abito si riaggiustano o cadono.

Si è girato verso la propria scia,
l’uomo dai grani neri.
La sua scia è un filo d’oro e d’argento
nel sottobosco.
La sua scia è un filone di quarzo e di madreperla
nella corte di scisto dei tiranni.
Là dove c’è nero fango, lascia una traccia
in forma di vento impressionante,
in forma di vento sconvolgente.

1 commento su “Solitudini”

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